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Fonction publique : la promotion par détachement des agents BOE

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Fonction publique : la promotion par détachement des agents BOE

Fonction publique et handicap : quatre arrêtés publiés au Journal officiel en juin et juillet ouvrent des emplois réservés, non pas à des candidats extérieurs, mais à des fonctionnaires déjà en poste bénéficiaires de l’obligation d’emploi. Ces agents peuvent accéder à un corps de niveau ou de catégorie supérieurs sans passer de concours, par une voie de détachement dérogatoire. Le dispositif reste largement méconnu des services de ressources humaines comme des agents concernés, et il est régulièrement confondu avec le recrutement contractuel de travailleurs handicapés, qui obéit à des règles entièrement différentes.

Les faits : quatre arrêtés, une dizaine de postes

Les quatre textes suivent une trame identique : ils fixent, corps par corps, le nombre d’emplois ouverts au titre de l’année en cours. Pour le ministère de l’intérieur, l’arrêté relatif au corps des ingénieurs des systèmes d’information et de communication précise que l’accès au corps des ingénieurs des systèmes d’information et de communication selon les modalités prévues par le décret du 13 mai 2020 susvisé, est fixé à 1 (un) au titre de l’année 2026. Le même ministère ouvre davantage de places sur un corps de catégorie B, l’accès au corps des secrétaires administratifs de l’intérieur et des outre-mer selon les modalités prévues par le décret du 13 mai 2020 susvisé, le nombre d’emplois offerts est fixé à 4 (quatre) au titre de l’année 2026.

Côté défense, deux arrêtés complètent le tableau. L’un porte sur l’accès au corps des secrétaires administratifs, dans le grade de secrétaire administratif de classe normale, pour les services relevant du ministre de la défense selon les modalités prévues par le décret du 13 mai 2020 susvisé, le nombre d’emplois offerts est fixé à 4 au titre de l’année 2026. L’autre concerne un corps d’ingénieurs : l’accès au corps des ingénieurs civils de la défense pour les services relevant du ministre de la défense selon les modalités prévues par le décret du 13 mai 2020 susvisé, le nombre d’emplois offerts est fixé à 2 au titre de l’année 2026.

Les volumes sont donc modestes, et c’est en soi une information : là où le débat public se concentre sur le taux d’emploi, cette voie de progression de carrière reste confidentielle. Les arrêtés renvoient d’ailleurs à des supports de publicité ministériels — les informations relatives au poste offert sont consultables sur le site dédié aux inscriptions aux recrutements du ministère de l’intérieur et des outre-mer — et non à une plateforme interministérielle unique, ce qui n’aide pas à leur visibilité.

Une promotion sans concours, encadrée par des conditions strictes

Tous ces arrêtés reposent sur le même socle. Ils visent expressément le décret n° 2020-569 du 13 mai 2020 fixant pour une période limitée les modalités dérogatoires d’accès par la voie du détachement à un corps ou cadre d’emplois de niveau supérieur ou de catégorie supérieure instituées en faveur des fonctionnaires bénéficiaires de l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés. Le portail de la fonction publique résume l’apport du texte : il a créé une procédure dérogatoire permettant à un fonctionnaire en situation de handicap d’accéder à un corps ou cadre d’emploi de niveau ou de catégorie supérieure par la voie d’un détachement suivi d’une intégration.

La dérogation ne signifie pas l’absence de conditions. L’ancienneté d’abord : dans le silence du statut particulier, les candidats doivent justifier, au 1er janvier de l’année considérée, de dix ans de services publics dans un corps, un cadre d’emplois ou un emploi. La sélection ensuite, confiée à une commission ad hoc : cette commission, dont les membres sont nommés par l’autorité de recrutement, est composée : 1° D’un agent d’un corps de niveau équivalent ou supérieur au corps de détachement, complétée par d’autres membres. Enfin, la durée du détachement est bornée — lorsque le statut particulier n’en prévoit pas, le détachement est prononcé pour une durée d’un an — avant l’examen de l’intégration. Ce sont ces mêmes logiques de trajectoire professionnelle sécurisée que l’on retrouve dans les dispositifs de reclassement pour inaptitude et les aides du FIPHFP.

La confusion à ne pas faire : détachement n’est pas recrutement

C’est l’erreur la plus fréquente en service RH. Les arrêtés eux-mêmes visent, à côté du texte de 2020, un second décret : le décret n° 95-979 du 25 août 1995 modifié relatif au recrutement des travailleurs handicapés dans la fonction publique. Ce dernier organise une voie d’entrée dans la fonction publique pour des personnes qui n’en sont pas encore membres : les candidats qui remplissent les conditions fixées aux articles ci-dessus peuvent être recrutés par contrat pour une période d’un an, avant titularisation éventuelle.

Les deux mécanismes n’ont donc ni le même public, ni le même effet. Le premier ouvre la porte d’entrée à un candidat extérieur ; le second fait progresser un agent déjà titulaire vers un corps supérieur. Un référent handicap qui oriente un agent vers la « voie contractuelle » alors que celui-ci est déjà fonctionnaire lui fait perdre une année de campagne. Cette distinction complète utilement le panorama des obligations d’employeur détaillé dans notre guide complet de l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés.

Un point de vigilance sur la durée du dispositif

Le dispositif a été conçu comme une expérimentation bornée dans le temps, et la lecture des textes fondateurs mérite d’être faite avec précision. L’article de la loi de transformation de la fonction publique qui l’institue dispose qu’il s’applique à compter du 1er janvier 2020 et jusqu’au 31 décembre 2025, par dérogation à l’article 13 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires. Le décret d’application retient la même borne : les fonctionnaires concernés peuvent en bénéficier jusqu’au 31 décembre 2025. Le législateur avait par ailleurs prévu un rendez-vous d’évaluation — au plus tard un an avant son terme, le Gouvernement présente au Parlement un rapport d’évaluation de cette expérimentation.

Or le portail officiel de la fonction publique indique aujourd’hui une échéance différente : jusqu’au 31 décembre 2026, si vous êtes fonctionnaire handicapé, bénéficiaire de l’obligation d’emploi, vous pouvez être détaché dans un corps ou cadre d’emplois de niveau supérieur. La publication d’arrêtés au titre de l’année en cours confirme que l’administration considère le dispositif comme applicable. Nous n’avons pas identifié, dans une source officielle, le texte qui a opéré ce report d’un an ; nous nous en tenons donc au constat de l’écart entre la rédaction des textes fondateurs et l’information publiée par le portail ministériel. Un service RH qui monte un dossier a tout intérêt à faire confirmer par sa direction des ressources humaines ministérielles la base juridique retenue pour la campagne en cours.

Ce que cela change, métier par métier

  • Référent handicap d’un employeur public — c’est le premier destinataire de l’information. Le repérage des agents remplissant la condition d’ancienneté relève de sa mission, et la campagne se joue sur des délais courts, corps par corps. Une veille sur les publications du Journal officiel et sur les sites de recrutement ministériels est indispensable, faute de guichet unique.
  • Gestionnaire RH en établissement public — la distinction entre les deux voies conditionne la validité du dossier. Vérifier le statut de l’agent (titulaire ou non) avant toute instruction évite un rejet en fin de procédure. La composition de la commission de sélection et la durée du détachement doivent également être anticipées dans le calendrier de gestion.
  • Agent public en situation de handicap — cette voie constitue une alternative au concours interne, qui reste souvent inaccessible dans les faits pour des raisons d’aménagement d’épreuves ou de disponibilité. Elle suppose de réunir la reconnaissance ouvrant droit à l’obligation d’emploi et l’ancienneté requise. Les droits attachés à cette reconnaissance sont détaillés dans notre guide complet consacré à la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé.
  • Professionnel de MDPH ou conseiller en insertion — les agents publics font aussi partie des personnes accompagnées. Savoir que la carrière dans la fonction publique ne se limite pas au concours permet de proposer une orientation réaliste à un agent en réflexion sur son évolution professionnelle.

Qui est concerné, et dans quel paysage

Le périmètre des bénéficiaires de l’obligation d’emploi est plus large que la seule reconnaissance délivrée par les commissions des droits et de l’autonomie. Le FIPHFP y range notamment les travailleurs reconnus handicapés par la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées ainsi que les titulaires de la carte « mobilité inclusion » portant la mention « invalidité ». Le portail de la fonction publique y ajoute les agents en reclassement ou préparation au reclassement. Un agent qui ignore relever de l’une de ces catégories ignore aussi qu’il peut candidater — c’est un enjeu direct d’information interne.

L’échelle du sujet, elle, n’a rien de marginal. Le fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique relève que la Fonction publique compte, en 2023, près de 270 000 bénéficiaires de l’obligation d’emploi, dans un cadre où l’obligation d’emploi s’impose aux employeurs publics : tout employeur public d’au moins 20 équivalents temps plein (ETP) a l’obligation d’employer des personnes en situation de handicap dans une proportion minimale de 6 % de l’effectif total. Le rapport entre ce vivier et la dizaine de postes ouverts par les arrêtés commentés ici mesure, à lui seul, le chemin restant à parcourir sur le volet « déroulement de carrière » — un angle mort que nous avions déjà relevé en analysant le taux d’emploi des travailleurs handicapés dans la fonction publique et la comparaison entre secteur public et secteur privé.

Pour les employeurs publics qui souhaitent structurer leur politique handicap au-delà de la seule conformité, les leviers de financement et d’accompagnement sont décrits dans notre article sur les obligations et les aides du FIPHFP, complété par le bilan et les nouveaux outils mis à disposition des employeurs publics.

Mini-FAQ : le détachement dérogatoire des agents bénéficiaires de l’obligation d’emploi

Faut-il passer un concours pour bénéficier de cette voie ?
Non : c’est précisément l’objet de la dérogation. Le portail de la fonction publique indique que le texte de référence a créé une procédure dérogatoire permettant à un fonctionnaire en situation de handicap d’accéder à un corps ou cadre d’emploi de niveau ou de catégorie supérieure par la voie d’un détachement suivi d’une intégration. La sélection est opérée par une commission, pas par des épreuves.
Quelle ancienneté faut-il justifier ?
La règle par défaut est fixée par le décret d’application : dans le silence du statut particulier, les candidats doivent justifier, au 1er janvier de l’année considérée, de dix ans de services publics dans un corps, un cadre d’emplois ou un emploi. Un statut particulier peut prévoir une condition différente, qui prime alors.
Un agent contractuel peut-il candidater ?
Non. Les arrêtés visent des emplois offerts aux fonctionnaires bénéficiaires de l’obligation d’emploi. Un agent non titulaire relève, lui, de la voie de recrutement organisée par le décret n° 95-979 du 25 août 1995 modifié relatif au recrutement des travailleurs handicapés dans la fonction publique, qui prévoit un recrutement par contrat avant titularisation éventuelle.

Sources officielles

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