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Canicule 2026 : la surmortalité n’a pas commencé à 75 ans

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Canicule 2026 : la surmortalité n’a pas commencé à 75 ans

Canicule et ESMS handicap : le bilan national de Santé publique France, daté du 22 juillet 2026, déplace la question. L’excès de mortalité mesuré pendant l’épisode de chaleur qui a débuté le 17 juin 2026 n’a pas frappé que les personnes très âgées : il a été observé de manière inédite pour toutes les classes d’âge à partir de 15 ans. Pour des structures dont le public est plus jeune que celui des EHPAD, la vigilance chaleur cesse d’être un dossier de grand âge.

Un excès de mortalité inédit par son ampleur et son étendue

L’épisode a couvert la quasi-totalité du territoire : 92 départements ont été concernés par cet épisode de canicule, soit 98,5 % de la population hexagonale. Le bulletin national de Santé publique France retient qu’au moins 5 764 décès toutes causes en excès (+ 36,2 %) ont été estimés sur la base des 21 674 décès toutes causes observés et des 15 910 décès toutes causes attendus.

Trois grandeurs distinctes circulent donc dans ce bilan, et elles sont régulièrement confondues dans les reprises : les décès effectivement constatés, les décès qu’un modèle statistique laissait attendre à cette période, et l’écart entre les deux. Seul ce troisième chiffre mesure l’effet de la chaleur.

La comparaison historique donne l’échelle. Cet excès de mortalité toutes causes pendant un épisode de canicule est le plus élevé observé depuis 2003, sans toutefois en atteindre les niveaux. L’épisode s’est par ailleurs concentré sur une poignée de journées. Plus de la moitié (56 %) des excès de décès sont concentrés sur les journées du 25 au 27 juin — ce qui signifie, côté établissement, que la capacité à tenir trois jours d’affilée compte davantage que la moyenne de l’été.

Toutes les régions ont été concernées par un excès de mortalité toutes causes à l’exception des régions Corse, Occitanie et Provence-Alpes-Côte-d’Azur, moins exposées sur cette période. La plus touchée est la région Ile-de-France avec 1 999 décès en excès (+ 81,2 %).

Une réserve méthodologique s’impose et l’agence la pose elle-même : Ces premières estimations sont établies 3 semaines après la fin de la période de canicule étudiée (17/06 au 02/07) et sont issues de données de mortalité toutes causes et non consolidées. Les chiffres bougeront à la consolidation ; l’ordre de grandeur, lui, est posé.

Le point qui concerne directement les structures du handicap

Le constat le plus important du bulletin n’est pas le nombre total de décès. C’est leur répartition par âge : Un excès de mortalité toutes causes a été observé de manière inédite pour toutes les classes d’âge à partir de 15 ans, soulignant l’intensité remarquable et la durée de l’exposition à la chaleur.

En volume, la hiérarchie reste celle que l’on attend. Les personnes âgées de 75 ans et plus constituent les deux tiers de ce bilan provisoire avec au moins 3 719 décès en excès (+ 33,3 %). Mais rapporté à la mortalité attendue, l’ordre s’inverse. Pour la tranche 45-64 ans, le tableau du bulletin recense 2 747 décès observés contre 1 768 attendus, soit 979 décès en excès et une hausse de 55,4 % — sensiblement au-dessus des 33,3 % mesurés chez les 75 ans et plus.

Autrement dit : la surmortalité de cet épisode n’a pas été un phénomène de grand âge, mais un phénomène de vulnérabilité. Or la vulnérabilité, dans une MAS, un FAM ou un foyer d’hébergement, ne se lit pas sur la date de naissance. Elle se lit sur les traitements psychotropes qui altèrent la thermorégulation, sur les troubles de la déglutition qui compliquent l’hydratation, sur l’impossibilité, pour une partie du public, de signaler un inconfort. Les équipes qui accompagnent le vieillissement précoce en MAS et en FAM le savent : leurs résidents de cinquante ans cumulent des facteurs de risque que la statistique classe encore dans les tranches « jeunes ».

La ventilation par lieu de décès mérite la même prudence : près de la moitié (46 %) sont survenus en établissement hospitalier, 34 % à domicile et 16 % en EHPAD/Maison de retraite. Le bulletin ne distingue pas les établissements du champ du handicap dans cette répartition. Aucune donnée publique ne permet donc, à ce jour, de mesurer ce qui s’est joué dans ces structures pendant l’épisode — ce qui est en soi une information pour le secteur.

Ce que cela change concrètement pour les équipes

Pour les directions et les chefs de service, la première marche est documentaire. Les recommandations des ARS aux établissements sociaux et médico-sociaux demandent de s’assurer de l’opérationnalité de son organisation interne (plan bleu à jour, ressources humaines, référent canicule désigné, etc.) et de Vérifier l’état des équipements destinés à garantir le rafraîchissement des locaux, la disponibilité en matériels.

Le contenu attendu de ce plan n’est pas laissé à l’appréciation de chacun. Un cahier des charges publié au Journal officiel impose notamment la désignation d’un référent, directeur ou médecin coordonnateur, responsable en situation de crise, les recommandations de bonnes pratiques préventives en cas de canicule à destination des personnels et un protocole sur les modalités d’organisation de l’établissement en cas de déclenchement du plan d’alerte et d’urgence. C’est le même socle méthodologique que celui d’un protocole d’urgence en établissement médico-social, et il gagne à être construit dans la continuité du DUERP et de son plan d’action plutôt qu’en parallèle.

Pour les infirmiers coordinateurs et les équipes de soins, la Haute Autorité de santé ramène l’enjeu à trois gestes : permettre aux personnes de rester au frais et de s’hydrater, puis Les personnes les plus vulnérables doivent faire l’objet d’une surveillance particulière. Elle demande aussi aux établissements médico-sociaux de disposer d’un planning et des coordonnées de référents canicule et des médecins mobilisables si besoin. Cette anticipation des relais médicaux relève typiquement de la fonction d’infirmier coordinateur en ESMS handicap, et elle se documente utilement dans les protocoles de soins remis à l’équipe.

L’information ne doit pas rester dans le bureau de direction. La HAS vise explicitement une diffusion auprès des professionnels, des personnes et de leurs proches, des représentants des usagers, du conseil de la vie sociale.

Pour les éducateurs, AES et moniteurs d’atelier, la gradation est opérationnelle. En vigilance jaune, les consignes portent sur la gestion des locaux, surveillance renforcée des personnes accueillies, adaptation des activités et de l’alimentation. En orange ou en rouge, elles basculent sur la mise en œuvre des procédures prévues en cas de canicule dans le plan bleu. Concrètement : déplacer un atelier, décaler une sortie, revoir un menu ne sont pas des libertés prises avec le projet personnalisé, ce sont des mesures prévues.

Pour les services accompagnant à domicile — SAVS, SAMSAH, SESSAD — un point est régulièrement négligé : il revient aussi aux professionnels d’inviter les personnes fragiles et isolées à se faire connaître auprès de leur mairie pour inscription sur les registres communaux. Ce dispositif a précisément fait l’objet d’un encadrement réglementaire récent du registre communal, et il reste sous-utilisé faute d’être proposé lors des visites à domicile.

Le retour d’expérience se fait maintenant, pas au printemps

La consigne des agences ne s’arrête pas à la gestion de l’épisode. Ce retour d’expérience est précisément l’un des points que le référentiel HAS évalue au titre du plan de gestion de crise, détaillé dans notre article sur l’objectif 3.14 et l’appui terrain de l’ANAP. Une fois la vague passée, deux actions sont attendues :

  • Dresser un bilan des mesures prises durant l’épisode, en mesurant les écarts entre ce qui était prévu et ce qui a réellement été fait ;
  • Mettre à jour le plan bleu en intégrant les enseignements du retour d’expérience.

Le calendrier n’est pas neutre. Un retour d’expérience conduit en août, quand les équipes se souviennent encore de la pièce rafraîchie saturée à quatorze heures et du remplacement qui n’est jamais arrivé, ne produit pas le même document qu’un exercice formel repris en mai suivant. C’est aussi la période où se discutent les demandes d’équipement, alors que les crédits de prévention et de matériel se programment à l’automne.

Reste une distinction à ne pas manquer, parce qu’elle fait croire à tort qu’on est couvert. La loi relative à la solidarité pour l’autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées institue, dans chaque département, un plan d’alerte et d’urgence au profit des personnes âgées et des personnes handicapées en cas de risques exceptionnels, qui prend en compte, le cas échéant, la situation des personnes les plus vulnérables du fait de leur isolement. Ce dispositif départemental, piloté par le préfet et le conseil départemental, ne se confond pas avec le plan bleu, qui est un document propre à l’établissement. L’existence du premier ne dispense en rien du second.

Enfin, le statut de public vulnérable n’est pas une interprétation du secteur : les recommandations publiques face aux fortes chaleurs rangent explicitement parmi les personnes à risque les personnes âgées, les enfants en bas âge, les femmes enceintes, les personnes en situation de handicap ou souffrant de maladies chroniques. Ce qui manque n’est pas la reconnaissance du risque, c’est la donnée qui permettrait d’en mesurer les effets dans les établissements du handicap. Une préparation formalisée du plan canicule en ESMS reste, en attendant, le seul levier réellement entre les mains des équipes, et elle relève pleinement des réflexes de gestion d’un établissement médico-social.

Mini-FAQ : canicule et établissements du handicap

Le plan bleu concerne-t-il aussi les établissements du handicap ?
Les recommandations des ARS en période de vague de chaleur sont adressées aux établissements et services sociaux et médico-sociaux dans leur ensemble, et la Haute Autorité de santé vise nommément les établissements médico-sociaux. Le cahier des charges de référence a toutefois été conçu pour les établissements accueillant des personnes âgées : une structure du handicap ne s’y réfère pas à l’identique, mais y trouve le socle attendu — un référent identifié, des bonnes pratiques écrites pour les personnels, un protocole d’organisation en cas de déclenchement du plan d’alerte et d’urgence.
Que doit contenir le retour d’expérience après un épisode de chaleur ?
Deux éléments sont attendus : un bilan des mesures effectivement prises pendant l’épisode, comparé aux dispositions qui avaient été prévues, puis une mise à jour du plan bleu intégrant les enseignements tirés. L’intérêt de le faire immédiatement après l’épisode est pratique : les écarts entre le document et la réalité du terrain — matériel indisponible, effectifs de remplacement, locaux réellement rafraîchis — ne se reconstituent pas de mémoire plusieurs mois plus tard.
Dispose-t-on de chiffres de surmortalité propres aux ESMS du handicap ?
Non. Le bilan national ventile les décès observés entre l’établissement hospitalier, le domicile et les EHPAD ou maisons de retraite, sans catégorie distincte pour les établissements du champ du handicap. Aucune comparaison chiffrée entre ces structures et les EHPAD n’est donc possible à partir des données publiées. Ce qui est établi, en revanche, c’est que l’excès de mortalité a concerné toutes les classes d’âge à partir de quinze ans, ce qui interdit de traiter la vigilance chaleur comme un sujet réservé au grand âge.

Sources officielles

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