L’activité physique adaptée (APA) s’impose comme un levier de santé de premier plan pour les personnes en situation de handicap accompagnées en établissement et service médico-social (ESMS). Alors que 54 % des personnes handicapées âgées de 16 à 64 ans vivant à domicile déclarent un mauvais ou un très mauvais état de santé contre 7 % dans la population, le cadre du « sport sur ordonnance » offre aux équipes un outil thérapeutique reconnu. État des lieux du déploiement de l’APA en 2026 et de son appropriation par les professionnels du médico-social.
Un enjeu de santé majeur chez les personnes handicapées
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Les données du Panorama de la DREES dressent un constat sans appel sur la santé des personnes handicapées. Outre l’écart d’état de santé déclaré, 58 % d’entre elles sont en situation de surpoids ou d’obésité, contre 42 % de l’ensemble de la population. Ce sur-risque, conjugué à la sédentarité, fait de l’activité physique un axe de prévention prioritaire. Comme le souligne la DREES, les personnes handicapées déclarent plus souvent avoir besoin de soins que l’ensemble de la population du même âge et sont pourtant plus nombreuses à y renoncer.
Le public concerné est large : en 2022 en France métropolitaine, 14,5 millions de personnes de 15 ans ou plus (28 %) vivant à domicile déclarent avoir au moins une limitation fonctionnelle sévère. Côté établissements, 321 500 personnes sont accompagnées dans des établissements et services médico-sociaux dédiés aux adultes handicapés, auxquelles s’ajoutent 174 200 enfants et adolescents handicapés accompagnés dans les établissements et services qui leur sont dédiés. Pour ces publics, intégrer l’APA dans le projet personnalisé prolonge la logique de soin développée dans le guide des soins et du paramédical en ESMS.
L’APA, une thérapeutique non médicamenteuse encadrée par la loi
L’APA n’est pas une simple pratique sportive : c’est une intervention thérapeutique cadrée. Selon la Haute Autorité de santé, les programmes en APA sont des thérapeutiques non médicamenteuses validées chez les personnes en situation de handicap comme chez les patients atteints de maladie chronique. En France, un programme national de promotion de l’activité physique sur ordonnance a été initié par les lois du 26 janvier 2016 de modernisation du système de santé et du 2 mars 2022 visant à démocratiser le sport.
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Concrètement, l’Assurance maladie précise qu’un programme d’APA à visée thérapeutique se compose de 2 à 3 séances par semaine, sur une période de 3 mois éventuellement renouvelable, chaque séance durant entre 45 et 60 minutes. Il s’adresse aux personnes atteintes d’affection de longue durée ou d’une maladie chronique ou présentant des facteurs de risques et des personnes en perte d’autonomie.
La HAS distingue plusieurs niveaux d’intervention. Le niveau 1 correspond à la rééducation et la réadaptation dispensées par des professionnels de santé de la rééducation : masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychomotriciens. Le niveau 2 correspond aux programmes en APA dispensés par des professionnels de l’APA, qui peuvent être des enseignants en APA-santé ou des professionnels de santé de la rééducation. Cette gradation détermine qui, dans l’équipe, peut intervenir et à quel moment du parcours — une question centrale pour l’ergothérapeute exerçant en ESMS.
Ce que l’APA change pour les équipes d’ESMS
L’appropriation de l’APA mobilise plusieurs métiers de l’établissement, chacun à sa place dans la chaîne de prescription et d’animation.
- Kinésithérapeutes, ergothérapeutes et psychomotriciens interviennent sur le niveau 1 (rééducation) et peuvent encadrer des programmes APA. Ils articulent l’APA avec les autres dispositifs d’accès aux soins des personnes handicapées.
- Enseignants en APA-santé (filière STAPS) : les professionnels titulaires d’un diplôme dans le domaine de l’activité physique adaptée conçoivent et animent les séances de niveau 2, en lien avec le médecin prescripteur.
- Médecin coordonnateur et IDEC sécurisent la prescription et le suivi : le programme est élaboré et supervisé par un professionnel de l’APA, en coordination avec le médecin prescripteur.
- Éducateurs, AES et moniteurs d’atelier relaient la motivation au quotidien et favorisent l’adhésion, dans la continuité de l’accompagnement éducatif et social.
L’argument clinique est solide : la HAS rappelle que les bénéfices sur la santé de l’activité physique chez les adultes et les enfants sont bien démontrés et que toute augmentation du niveau d’activité physique, même inférieure aux recommandations de l’OMS, est bénéfique pour la santé et doit être encouragée. Pour les établissements éloignés des plateaux techniques, l’APA peut se combiner à d’autres organisations innovantes comme la télésanté en ESMS ou les dispositifs de consultations dédiées tels qu’HandiConsult.
2026 : un contexte budgétaire favorable au déploiement
Le maillage territorial du sport-santé progresse. Le ministère des Sports et le ministère de la Santé ont créé le programme des Maisons Sport-Santé en 2019 ; on compte aujourd’hui 581 Maisons Sport-Santé sur l’ensemble des départements métropolitains et la quasi-totalité des territoires et collectivités d’Outre-mer. Depuis leur lancement, les Maisons Sport-Santé ont déjà accompagné 870 000 personnes malades ou éloignées de la pratique sportive, dont les personnes en situation de perte d’autonomie liée à l’avancement en âge et/ou au handicap.
Le contexte financier 2026 conforte cette dynamique. Le conseil de la CNSA a adopté un budget dans lequel l’objectif global de dépenses pour les établissements et services pour les personnes âgées et en situation de handicap s’établit à 34,3 milliards d’euros, dont 16 milliards pour le handicap. En parallèle, le plan « 50 000 solutions », annoncé par le président de la République lors de la Conférence nationale du handicap de 2023, s’appuie sur une enveloppe inédite de 1,5 milliard d’euros financée par la branche Autonomie et gérée par la CNSA. À ce jour, 17 500 solutions articulant droit commun et accompagnement médico-social sont déjà déployées en France, les agences régionales de santé en étant les chefs de file. Autant de cadres dans lesquels les ESMS peuvent inscrire des projets d’activité physique adaptée.
Mini-FAQ : activité physique adaptée en ESMS
Qui peut dispenser de l’activité physique adaptée à des personnes handicapées ?
Combien de séances comporte un programme d’APA ?
L’APA est-elle reconnue comme un soin ?
Sources officielles
- HAS — Consultation et prescription médicale d’activité physique à des fins de santé
- Assurance maladie — Prescription d’activité physique adaptée
- Ministère des Sports — Maisons Sport-Santé
- DREES — Panorama du handicap 2024
- CNSA — Plan national 50 000 solutions
- CNSA — Budget 2026 et OGD
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