Le Projet Personnalisé de Scolarisation (PPS) est bien connu des chefs de service, directeurs d’établissement médico-social et coordonnateurs. Mais au quotidien, sa mise en œuvre soulève des questions pratiques : Comment s’articulent les rôles de chacun ? Quels délais respecter ? Comment gérer un accord familial qui évolue en cours d’année ? Ce guide complète le guide PPS existant en mettant l’accent sur les points de vigilance opérationnels que les équipes médico-sociales rencontrent en pratique.
Fondamentaux du PPS : qui fait quoi
Ceux qu'on confie
Le guide des familles et des tuteurs pour faire respecter les droits d’un proche handicapé en établissement.
- Pour chaque situation : le droit en clair et le bon interlocuteur
- Du dialogue au juge, sans risquer de représailles
Le projet personnalisé de scolarisation (PPS) est un document qui définit les modalités d’aménagement de la scolarité et les actions répondant aux besoins particuliers des élèves en situation de handicap. Comprendre la chaîne de responsabilité est essentiel pour les ESMS, car plusieurs acteurs interviennent en parallèle.
La CDAPH prend les décisions. La CDAPH prend les décisions relatives au parcours de formation sur la base du projet personnalisé de scolarisation. C’est elle qui notifie les aménagements (aide humaine, aménagements, transport, etc.) en fonction de l’évaluation pluridisciplinaire et du GEVA-sco.
Le directeur d’école et le chef d’établissement mettent en œuvre. Les directeurs d’école et les chefs d’établissement sont responsables de la mise en œuvre du PPS de l’élève en situation de handicap. Point crucial : cette responsabilité pèse sur l’Éducation nationale, pas sur l’ESMS. Mais les ESMS doivent comprendre que leurs actions doivent soutenir cette mise en œuvre.
L’enseignant référent assure le suivi. L’enseignant référent veille au suivi, à la continuité et à la cohérence de la mise en œuvre du PPS. C’est votre interlocuteur principal à l’école. Pour une scolarisation à temps partagé, l’enseignant référent assure un lien constant entre l’équipe de suivi de la scolarisation, l’équipe pluridisciplinaire de la maison départementale des personnes handicapées et la famille. Sollicitez-le régulièrement pour des bilans informels.
L’Équipe de Suivi de Scolarisation (ESS) se concerte régulièrement. L’équipe de suivi de scolarisation se concerte au moins une fois dans l’année en fonction des besoins et des progrès de l’élève. L’ESS est composée des parents, des enseignants, du psychologue de l’Éducation nationale, du médecin, et des AESH. C’est l’occasion de lever les doutes et d’ajuster le PPS en cours d’année. Pour les enfants accueillis en ESMS, le coordonnateur ou directeur pédagogique doit être présent lors de cette réunion, même s’il n’est pas nommément invité.
L’AESH : rôle clé, parfois mal compris. L’accompagnant des élèves en situation de handicap (AESH) constitue une aide humaine qui répond aux besoins particuliers de l’enfant handicapé. L’AESH peut accompagner l’élève dans les actes de la vie quotidienne, l’accès aux activités d’apprentissage, et les activités de la vie sociale et relationnelle. Important : l’AESH est un agent de l’Éducation nationale, pas de l’ESMS. Mais une crise d’attractivité des AESH signifie que leur disponibilité peut être contrainte. L’aide humaine peut être mutualisée (l’AESH accompagne plusieurs élèves) ou individualisée (dans certains cas, l’élève requiert une attention soutenue et continue). Cette distinction influe sur le PPS et l’organisation de la journée type.

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Délais, révision et GEVA-sco : les pièges à éviter
Les délais réglementaires sont souvent mal connus et génèrent des frictions entre ESMS et familles. Voici ce qu’il faut savoir. Pour la partie évaluation, la manière de renseigner le GEVA-Sco transmis à la MDPH conditionne aussi la fluidité du parcours.
Délai de 4 mois initial et communication famille. La MDPH dispose de 4 mois réglementairement pour étudier la situation. Mais les délais peuvent parfois être plus longs. Sans action de la famille dans un délai de 4 mois, la MDPH prend le relai pour engager un dialogue avec la famille. Point de vigilance : si la famille n’a pas reçu la notification CDAPH après 4 mois, c’est à la MDPH de relancer. Mais les ESMS reçoivent souvent les appels de parents paniqués. Expliquez que ce délai dépasse parfois 4 mois en réalité.
Révision annuelle et renouvellement. Le projet personnalisé de scolarisation (PPS) est évalué chaque année et révisé au moins à chaque changement de cycle ou d’orientation scolaire de l’élève. Le PPS est mis à jour au minimum à chaque changement de cycle scolaire. Pour les enfants en classe de 3e (orientation vers la voie professionnelle), le PPS est revu automatiquement.
Le GEVA-sco : document clé, souvent compliqué. Le GEVA-sco est le guide d’évaluation des besoins de compensation en matière de scolarisation. Le GEVA-sco fournit à l’équipe pluridisciplinaire d’évaluation les informations nécessaires pour identifier les besoins de l’élève et proposer des adaptations. Pour une première demande, c’est l’équipe éducative de l’école qui remplit le GEVA-sco première demande. Pour le renouvellement, le GEVA-Sco réexamen est un document à fournir obligatoirement, que l’enfant soit scolarisé dans un établissement public, privé sous contrat ou privé hors contrat. Point opérationnel : si l’enfant est accueilli en ESMS, l’équipe de l’établissement doit contribuer au GEVA-sco réexamen (observations sur les progrès, les besoins actuels). Ne pas déléguer cette tâche uniquement à l’école.
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Réunion ESS annuelle : un timing à respecter. L’équipe de suivi de scolarisation se réunit chaque année pour faire un bilan du parcours scolaire. Cette réunion doit avoir lieu AVANT la notification CDAPH de renouvellement du PPS, sinon les avis de l’ESS ne pèsent pas sur les décisions. Coordonnez avec l’enseignant référent pour la planifier en novembre-décembre au plus tard si la notification doit paraître en janvier.
Impact par profil professionnel : qui fait quoi dans l’ESMS
Selon votre rôle dans l’ESMS, vos responsabilités vis-à-vis du PPS diffèrent.
Directeur / Responsable pédagogique : Vous devez vous assurer que le PPS est connu et mis en œuvre. Assistez aux réunions ESS (en présentiel ou par écrit). Vérifiez que l’enseignant référent et votre équipe se rencontrent au moins une fois par an. Préparez un bilan de l’enfant pour cette réunion (points forts, acquis, difficultés). Portez le lien avec la MDPH et l’Éducation nationale.
Éducateur spécialisé / AES en SESSAD : L’orientation d’un élève en situation de handicap vers un accompagnement par un SESSAD est décidée par la CDAPH dans le cadre du plan personnalisé de scolarisation. Les SESSAD interviennent dans les différents lieux de vie et d’activité de l’enfant. Votre mission : assurer que les objectifs du PPS (inclusion scolaire, compétences sociales) sont travaillés dans tous les contextes (école, domicile, loisirs). Signalez à l’enseignant référent si vous détectez une baisse d’inclusion ou des difficultés non prises en compte par l’école. Les 5 leviers du SESSAD incluent cette coordination étroite.
Coordonnateur ULIS (si l’enfant est en ULIS) : Le coordonnateur ULIS organise le travail des élèves en fonction des indications des projets personnalisés de scolarisation. L’enseignant coordonnateur d’une ULIS est un enseignant titulaire du CAPPEI. une aide humaine collective avec un accompagnant d’élève en situation de handicap (AESH), présent en permanence au sein du dispositif Votre rôle croise celui de l’enseignant référent. Coordonnez avec lui pour les évaluations et les réunions ESS.
Scolarisation à temps partagé et coordination ESMS-École
Un grand nombre d’enfants accueillis en ESMS sont en scolarisation partielle ou partagée. Cela pose des enjeux de coordination pratiques.
Une scolarisation à temps partagé combine une école ou un établissement scolaire et l’unité d’enseignement d’un établissement ou service médico-social dans cet article. La scolarisation en établissement médico-social peut se faire à temps plein ou à temps partiel. Les modalités sont définies dans le PPS. Le nombre de places en établissement médico-social étant limité, les délais d’attente peuvent être longs.
Vigilance 1 : Établissement de référence. Tout enfant handicapé est inscrit dans l’école la plus proche de son domicile qui constitue son établissement de référence. Cet établissement doit figurer dans le PPS, même si l’enfant n’y suit que quelques heures par semaine. C’est auprès de cet établissement que l’enseignant référent est nommé.
Vigilance 2 : L’orientation reste portée par le PPS. Cette orientation est inscrite dans le projet personnalisé de scolarisation (PPS). Si vous envisagez une modification (réduction du temps d’école, augmentation du temps en ESMS), cette modification doit passer par une nouvelle orientation CDAPH, donc une nouvelle ESS.
Vigilance 3 : Coordination ESS-ESMS. Si l’enfant est accueilli en ESMS, l’ESS doit se tenir à l’école de référence, avec l’enseignant référent comme pilote. L’ESMS (directeur ou responsable pédagogique) doit y participer ou envoyer un représentant. Ne pas le faire c’est accepter que votre vision de l’enfant ne pèse pas sur l’orientation scolaire.
Points de vigilance : accord familial et droits de rétractation
L’une des sources les plus importantes de tensions est l’accord familial lors de modifications du PPS. Voici les règles, souvent mal appliquées.
L’accord du jeune et/ou de sa famille ou de ses représentants légaux doit être constaté pour toutes modifications des modalités d’accompagnement ou de scolarisation. Ce n’est pas un simple email ou un coup de téléphone. L’accord doit être documenté, de préférence écrit (compte-rendu d’ESS, formulaire spécifique). Point de vigilance : certaines modifications (un changement d’AESH, une réduction des heures d’accompagnement) relèvent d’ajustements mineurs mais modifient légalement le PPS. Elles nécessitent accord et ESS.
Une équipe de suivi de la scolarisation est réunie systématiquement dès lors que les adaptations des modalités d’accompagnement modifient le projet de scolarisation et/ou l’orientation scolaire. Cela signifie que même une réduction « temporaire » des heures d’AESH (pour étapes d’autonomisation) doit passer par une ESS, pas par un accord informel.
Délais de rétractation : une seconde chance pour les familles. La famille dispose d’un délai de rétractation de 15 jours pour revenir à la situation antérieure, et de 30 jours en ce qui concerne les modifications du projet personnalisé de scolarisation. Cette fenêtre commence après la notification ou la signature du compte-rendu d’ESS. Si une famille utilise ce droit, vous ne pouvez pas appliquer la nouvelle modalité. À titre d’exemple, si vous aviez prévu de réduire l’AESH de 20h à 15h et que la famille rétracte dans les 30 jours, vous devez revenir à 20h.
Mises en œuvre après accord. Dès lors qu’il y a accord, les nouvelles modalités d’accompagnement sont mises en œuvre sans que la CDAPH soit à nouveau saisie. Ce point est crucial pour les ajustements mineurs. Si l’ESS conclut à une modification et que la famille accepte, vous pouvez l’appliquer immédiatement (dans la limite des droits ouverts par la notification antérieure). Vous n’attendez pas une nouvelle notification CDAPH. Cependant, documentez toujours cette modification par écrit.
Inclusion en milieu ordinaire : fondements juridiques
Tout enfant, tout adolescent présentant un handicap ou un trouble invalidant de la santé est inscrit dans l’école ou dans l’un des établissements scolaires le plus proche de son domicile. Ce droit est fondamental : il signifie qu’aucun enfant ne peut être exclu d’emblée d’une école ordinaire au motif de son handicap. La CDAPH et les écoles ont l’obligation d’explorer les solutions de scolarisation inclusive avant de proposer une orientation spécialisée. Pour les ESMS, cela signifie aussi que vous devez soutenir activement la scolarisation en milieu ordinaire quand elle est possible et envisagée par la famille, même si elle demande une investissement pédagogique plus important.
Les ULIS (Unités Localisées pour l’Inclusion Scolaire) constituent un intermédiaire : les enfants y reçoivent un enseignement spécialisé mais suivent certains cours en classe ordinaire. Cet aménagement reste de l’inclusion, au sens où l’établissement de référence est toujours l’école ordinaire.
Pour l’insertion professionnelle, l’enjeu se pose dès la fin de l’école élémentaire. Les modalités d’insertion doivent être anticipées et préparées, en lien avec l’équipe pluridisciplinaire de la MDPH. Si l’enfant est orienté vers une ULIS LP (lycée professionnel), le PPS doit préciser les objectifs d’insertion. Ne pas attendre la 3e pour amorcer cette réflexion.
Mini-FAQ : questions des équipes médico-sociales sur le PPS
Un enfant scolarisé en ESMS a-t-il besoin d’un PPS ?
Faut-il une ESS chaque fois qu’on change quelque chose pour l’enfant ?
L’AESH peut-il être affecté sans accord de la famille ?
Si la famille refuse une modification du PPS, pouvons-nous la mettre en œuvre ?
Combien de temps avant qu’une ESS soit fixée après une demande de révision PPS ?
Quel est notre rôle si l’enfant n’a pas d’AESH ou que l’aide est insuffisante ?
Sources officielles
- Définition du PPS — Mon Parcours Handicap
- Accompagnements notifiés dans le PPS — Mon Parcours Handicap
- Scolarisation en établissement médico-social — Mon Parcours Handicap
- GEVA-sco : guide d’évaluation — Mon Parcours Handicap
- Dépôt de dossier MDPH — Mon Parcours Handicap
- PPS et droits de l’enfant — Service-public.fr
- Annexe 2-12 CASF — Légifrance (droits de rétractation)
- Code de l’éducation L112-1 — Légifrance (droit à scolarisation)
- ULIS et coordonnateur — Éduscol
- Insertion professionnelle et MDPH — Éduscol
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