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Repérage précoce des TND en crèche : le rôle des ESMS

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Repérage précoce des TND en crèche : le rôle des ESMS

Le repérage précoce des TND en crèche mobilise les professionnels de la petite enfance aux côtés de la protection maternelle et infantile (PMI), des centres d’action médico-sociale précoce (CAMSP) et des services d’éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD). Une inquiétude observée en établissement d’accueil du jeune enfant peut déclencher un test de repérage en dehors des âges recommandés et ouvrir la voie vers une orientation adaptée, avant même l’entrée à l’école.

Les fondamentaux : ce que prévoit la HAS pour le repérage en crèche

La Haute Autorité de santé (HAS) structure le repérage des troubles du neurodéveloppement autour d’un calendrier de tests standardisés : il est recommandé d’utiliser systématiquement un test de repérage global standardisé à 9, 18, 24, 30-36 mois et à 4, 5 ans. Mais ce calendrier n’est pas figé : en cas d’inquiétudes parentales ou du personnel de la petite enfance (garderie, crèche, école, etc.), un test peut être déclenché en dehors de ces âges. La crèche devient ainsi un point d’observation à part entière, au même titre que la famille ou l’école.

Ce rôle de vigilance s’accompagne d’une recommandation explicite sur le maintien en collectivité : il est recommandé de mettre en établissement d’accueil du jeune enfant (halte-garderie, crèche, lieu de rencontre parents), le plus tôt possible, les enfants avec un TND suspecté. Une suspicion de TND ne doit donc pas interrompre l’accueil en crèche : c’est souvent au fil du quotidien que se joue la continuité de l’accompagnement, autour des missions de l’auxiliaire de puériculture face au handicap en crèche inclusive.

Sur le terrain, le médecin de première ligne recherchera des signes d’alerte de TND selon la grille Repérer un développement inhabituel chez les enfants de moins de 7 ans : un outil que les observations transmises par la crèche peuvent utilement nourrir, sans que l’équipe petite enfance ait à en maîtriser le contenu détaillé. Quel que soit l’âge de l’enfant, toute inquiétude des parents concernant le neurodéveloppement de leur enfant doit être considérée comme un signe d’appel — une inquiétude qu’une équipe de crèche est souvent la première à recueillir et à relayer aux familles.

Une fois le repérage engagé, le médecin traitant de l’enfant assure le repérage des signes d’alerte de TND, avant, le cas échéant, d’orienter l’enfant et sa famille vers une consultation spécialisée en neurodéveloppement ou vers la plateforme de coordination et d’orientation des TSA/TND. Pour être exploitable, cette consultation doit être dédiée au repérage, suffisamment longue, disjointe d’autres objectifs de soin ou de suivi, ce qui suppose une bonne coordination entre le médecin traitant, la PMI et l’équipe de crèche. Concrètement, l’orientation vers une plateforme répond à des seuils précis : pour la tranche de 0 à 3 ans : 2 signes dans au moins 2 des 4 domaines de développement, et pour la tranche de 4 à 6 ans : 3 signes dans au moins 2 des 5 domaines de développement.

Au-delà de la crèche, la suite du parcours mobilise d’autres acteurs de proximité, détaillée dans un précédent article sur les trois parcours de repérage précoce du handicap jusqu’à 20 ans ainsi que sur le repérage, diagnostic et intervention précoce du handicap sur la tranche 0-6 ans. L’enjeu de calendrier n’est pas anodin : selon la délégation interministérielle à la stratégie nationale pour les TND, les interventions précoces et intensives, notamment pendant la période de plasticité cérébrale des 1000 premiers jours, peuvent durablement améliorer la trajectoire développementale de l’enfant ayant un trouble du neurodéveloppement.

Analyse approfondie : formation des professionnels et articulation avec les ESMS

La recommandation de bonnes pratiques professionnelles HAS/ANESM sur les CAMSP ne se contente pas d’évoquer la crèche en passant : elle en fait une cible explicite de sensibilisation. Il s’agit de Sensibiliser au repérage précoce, en visant en priorité les professionnels des crèches et les assistants maternels et familiaux, et plus largement de sensibiliser et former les acteurs de la petite enfance au repérage précoce des troubles du développement. Ce principe repose sur une conception large du repérage : le repérage est une action qui peut être mise en œuvre par tout acteur : parents, professionnels de santé ou non — une définition qui inclut de plein droit les équipes de crèche, comme le rappelle la recommandation HAS/ANESM sur l’accompagnement précoce en CAMSP.

Cette articulation se concrétise par un rôle de ressource confié au CAMSP, qui intervient en participant à la sensibilisation/formation des acteurs de la petite enfance sur les étapes du développement du nourrisson et de l’enfant, sur les facteurs de risques et les signaux d’alerte. La HAS/ANESM va plus loin en positionnant directement l’établissement comme appui de terrain : le Camsp est une ressource pour l’aide au repérage pour les acteurs de la petite enfance. Cet appui vient compléter celui d’un autre acteur de proximité, puisque la protection maternelle et infantile (PMI) figure elle aussi parmi les acteurs susceptibles d’orienter un enfant vers un CAMSP après un repérage initié en crèche.

Sur le plan des outils, la littérature scientifique recensée par la HAS dans son argumentaire sur le trouble du spectre de l’autisme mentionne plusieurs tests utilisés dans les études pour identifier des signes précoces dépistés par First Years Inventory, M-CHAT, ADOS, ou SACS-R — sans que la HAS ne détaille, dans les sources disponibles, le contenu ou le mode de cotation de ces grilles pour un usage en crèche. C’est un rappel utile : l’équipe petite enfance n’a pas vocation à passer elle-même un outil de dépistage, mais à documenter une observation et à la transmettre aux professionnels de santé compétents, un principe également valable pour les enfants suivis pour un trouble du spectre de l’autisme et pris en charge selon les méthodes ABA, TEACCH ou PECS en ESMS.

Cette articulation entre crèche, PMI et CAMSP prend tout son sens face à la tension observée en aval du parcours, du côté des centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP). Selon la CNSA, près de 33 800 enfants et adolescents sont en attente d’un premier rendez-vous, un niveau en forte hausse en CMPP fin 2024, alors que l’âge moyen de ces enfants est de 10,4 ans — bien après la période de la crèche. Les CMPP ont pourtant accompagné plus de 141 000 enfants et adolescents en 2024. Ce décalage d’âge, documenté aussi dans notre article sur ce que la réforme des CMPP et des CAMSP change pour les professionnels, plaide pour un repérage le plus en amont possible — et donc pour un rôle renforcé de la crèche.

Impact concret par profil métier : crèche, SESSAD, PMI

Le repérage précoce en établissement d’accueil du jeune enfant (EAJE), à savoir les crèches, haltes-garderies, etc., et les assistants maternels et familiaux engage plusieurs profils métiers, chacun avec un rôle distinct mais complémentaire dans la chaîne d’observation et d’orientation.

Profil métierRôle dans le repérage précocePoint d’appui institutionnel
Professionnels de crèche / EAJEObservent le développement au quotidien, peuvent motiver un test de repérage hors calendrier standard dès qu’une inquiétude apparaîtMaintien de l’accueil recommandé par la HAS en cas de TND suspecté
PMIRelaie et oriente les familles, aux côtés de la protection de l’enfance, vers un CAMSPActeur identifié par la RBPP HAS/ANESM sur les CAMSP
CAMSPForme et sensibilise les équipes petite enfance, accueille les rééducations des enfants de moins de 6 ansRessource pour l’aide au repérage pour les acteurs de la petite enfance
SESSADPrend le relais du CAMSP pour les rééducations, en lien avec d’autres structures sanitaires ou médico-socialesCité comme structure d’intervention par la HAS

Le CAMSP, en particulier, accueille des rééducations pour les enfants de moins de 6 ans, tandis que d’autres rééducations peuvent se poursuivre dans d’autres structures sanitaires ou médico-sociales : Service d’éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD). Les missions, l’organisation et les modalités d’accès au SESSAD sont détaillées dans un guide dédié, utile pour les équipes de crèche qui accompagnent une famille vers ce type de structure après un repérage.

Mise en œuvre : la démarche pour une équipe de crèche

Pour une équipe de crèche, structurer sa contribution au repérage précoce ne suppose pas de compétence diagnostique, mais une méthode d’observation et de transmission cohérente avec le cadre HAS.

  1. Documenter les observations du quotidien sur le développement de l’enfant (langage, motricité, interactions), en gardant à l’esprit que le repérage est une action qui peut être mise en œuvre par tout acteur : parents, professionnels de santé ou non.
  2. Partager l’observation avec les parents sans poser de diagnostic, et les orienter vers le médecin traitant ou la PMI si l’inquiétude persiste.
  3. Solliciter le CAMSP du secteur pour un temps de sensibilisation de l’équipe, conformément à son rôle de ressource pour l’aide au repérage pour les acteurs de la petite enfance.
  4. Maintenir l’accueil de l’enfant en crèche pendant toute la phase de repérage et d’orientation, sans attendre une confirmation diagnostique.
  5. Assurer le relais d’informations avec les professionnels de santé impliqués (médecin traitant, PMI, CAMSP) au moment de l’orientation vers une consultation spécialisée ou une plateforme.

Cette méthode place la crèche dans une position d’observatoire continu, en complément du suivi médical classique, et s’inscrit dans la même logique que celle décrite pour l’ensemble des dispositifs de repérage, diagnostic et intervention précoce du handicap sur la tranche 0-6 ans.

Perspectives

Le cadre national continue d’évoluer autour de cette logique d’intervention précoce. La loi de financement de la sécurité sociale 2026 prévoit la mise en place d’un dispositif de solvabilisation des séances de guidance parentale afin de favoriser la mise en œuvre précoce des interventions recommandées dans le champ des TND, un levier qui pourrait faciliter l’accompagnement des familles dès la phase de repérage en crèche. Le bilan de la stratégie nationale rapporte par ailleurs que 92 000 enfants bénéficiaires d’un forfait PCO ont été recensés, un chiffre qui s’inscrit dans le prolongement du bilan à mi-parcours de la stratégie nationale pour les TND déjà présenté sur ce site.

Pour les crèches, l’enjeu des prochaines années tient moins à un nouveau texte réglementaire qu’à la diffusion effective de la culture du repérage dans les équipes petite enfance, et à la fluidité de l’articulation avec la PMI, les CAMSP et les SESSAD. Les réflexions en cours sur la simplification des dispositifs, comme celles rappelées dans notre article où l’ANAP recommande un cadre simplifié pour les plateformes après sept ans de fonctionnement, vont dans ce sens : rendre plus lisible, pour les professionnels de terrain, le chemin entre une observation en crèche et une orientation adaptée.

Mini-FAQ : repérage des TND en crèche

Une crèche peut-elle déclencher un test de repérage TND en dehors des âges recommandés ?
Oui. La HAS précise qu’en cas d’inquiétudes parentales ou du personnel de la petite enfance (garderie, crèche, école, etc.), un test de repérage peut être utilisé en dehors des âges recommandés (9, 18, 24, 30-36 mois, 4 et 5 ans).
Le CAMSP forme-t-il les professionnels de crèche au repérage ?
Oui, la RBPP HAS/ANESM recommande de sensibiliser et former les acteurs de la petite enfance au repérage précoce des troubles du développement, et positionne le CAMSP comme une ressource pour l’aide au repérage pour les acteurs de la petite enfance.
Un enfant chez qui un TND est suspecté doit-il quitter la crèche ?
Non, au contraire : la HAS recommande de mettre en établissement d’accueil du jeune enfant (halte-garderie, crèche, lieu de rencontre parents), le plus tôt possible, les enfants avec un TND suspecté, afin de maintenir la socialisation et l’observation en collectivité.

Sources officielles

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