Sept ans après la création des premières plateformes de coordination et d’orientation (PCO), l’ANAP publie un rapport identifiant les freins structurels qui limitent leur efficacité et propose un cadre simplifié pour 2026. Le bilan est contrasté : 140 000 enfants orientés depuis 2019, mais 30 départements sous 80 % de leurs objectifs et des délais d’admission encore excessifs. Le bilan actualisé de mai 2026 porte désormais ce chiffre à 186 000 enfants. Pour les professionnels des SESSAD, IME et équipes de pédopsychiatrie, ce rapport marque une reconnaissance officielle des difficultés de terrain.
Un rapport commandé par la délégation interministérielle TND
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Le rapport a été publié le 3 avril 2026 par l’ANAP (Agence Nationale d’Appui à la Performance des établissements de santé et médico-sociaux), à la demande de la DITND (délégation interministérielle à la stratégie nationale pour les TND). Sa parution coïncide avec la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme du 2 avril, mais son contenu dépasse largement la seule problématique autistique : il porte sur l’ensemble des troubles du neurodéveloppement (TND), dont le TDAH, les troubles dys et le trouble du développement intellectuel (TDI).
Le diagnostic de l’ANAP est sans ambiguïté : sept ans après la création des PCO dans le cadre de la 4e stratégie autisme (2018), le cadre national s’est avéré trop complexe, les missions des plateformes ont été insuffisamment clarifiées, et les équipes de terrain ont manqué d’outils pratiques pour organiser efficacement leur fonctionnement. Ce constat, posé officiellement par l’agence mandatée par l’État, représente une reconnaissance importante pour les professionnels qui alertaient depuis plusieurs années sur ces difficultés.
182 PCO en France : le bilan en chiffres
Les données officielles de handicap.gouv.fr permettent de mesurer l’ampleur du dispositif et ses limites :
- 182 PCO en activité fin 2025 (dont 49 PCO 7-12 ans)
- Plus de 140 000 enfants orientés depuis la création du dispositif en 2019
- 67 155 enfants en suivi actif en 2024
- 13 292 enfants en liste d’attente en 2024
- Délai moyen entre l’adressage et la validation du parcours : 68 jours
- Âge moyen d’entrée dans le dispositif : 4 ans 11 mois pour les PCO 0-6 ans
- 12 987 diagnostics établis en 2024
Le tableau masque des disparités territoriales importantes. Selon le bilan publié dans le cadre de la stratégie nationale TND 2023-2027, 30 départements n’atteignaient pas 80 % de leur objectif fin 2024, et 9 départements restaient sous les 50 %. Ces écarts reflètent à la fois des inégalités dans les ressources de professionnels libéraux disponibles (orthophonistes, ergothérapeutes, psychomotriciens) et des différences dans l’organisation locale des PCO.
Les trois axes de simplification recommandés par l’ANAP
Le rapport ANAP structure ses recommandations autour de trois axes :
1. Simplifier le cadre national
L’ANAP recommande de remplacer les directives nationales complexes par « des consignes centrées sur les missions fondamentales » de la PCO. L’objectif est de recentrer les équipes sur leur cœur de métier — le repérage précoce et la coordination du parcours — sans les noyer dans des exigences réglementaires secondaires qui mobilisent du temps sans valeur ajoutée pour l’enfant.
Guide pratique : Signaler sans se tromper
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2. Organiser en guichet unique lisible
La recommandation d’organisation en « guichet unique efficient et lisible » répond à un constat de terrain : les familles et les professionnels qui adressent des enfants vers les PCO peinent souvent à identifier le bon interlocuteur, la bonne porte d’entrée, et les étapes du parcours. L’ANAP préconise des étapes clairement définies, des responsabilités explicites pour chaque acteur, et des synergies renforcées entre les professionnels coordonnés par la PCO.
3. Fournir une boîte à outils opérationnelle
C’est peut-être la recommandation la plus directement utile pour les équipes de terrain. L’ANAP propose de standardiser 4 ressources pratiques :
- Fiches de clarification des rôles : qui fait quoi, à quelle étape du parcours, entre médecin adresseur, coordinateur PCO, professionnels libéraux et structures médico-sociales
- Logigrammes simplifiés : de l’adressage par le médecin jusqu’à la fin de prise en charge, avec les points de décision explicites
- Listes de contrôle préventives : check-lists pour anticiper et prévenir les dysfonctionnements récurrents (délais, relances, ruptures de parcours)
- Outil de simulation organisationnelle : permettre à chaque PCO d’adapter son organisation à son contexte local (ressources, volume d’activité, partenariats)
L’ANAP accompagne ces recommandations d’un programme de webinaires prévu de juin à octobre 2026, articulé autour de quatre thèmes : processus d’admission, suivi des parcours, repérage précoce, et animation de réseau. Ces webinaires s’adressent directement aux équipes de coordination des PCO.
Ce que ce rapport change pour les professionnels des ESMS
Pour les équipes des SESSAD et IME, la PCO est en théorie une porte d’entrée qui devrait fluidifier les orientations MDPH. En pratique, la simplification du cadre PCO ne résout pas le problème aval que vivent quotidiennement ces équipes : les listes d’attente en SESSAD peuvent atteindre 2 à 7 ans selon les territoires. L’enfant bien orienté par la PCO n’est pas pour autant accompagné rapidement.
Le rapport ANAP identifie d’ailleurs le manque de professionnels libéraux disponibles comme la principale limite opérationnelle — orthophonistes, ergothérapeutes et psychomotriciens en cabinet libéral, dont le nombre est insuffisant pour absorber les volumes d’enfants orientés par les 182 PCO. C’est une limite structurelle que la simplification du cadre PCO ne peut pas résoudre seule.
Pour les coordinateurs de PCO (souvent rattachés à un CAMSP, un CMPEA ou un établissement de pédiatrie), les outils annoncés par l’ANAP représentent une avancée concrète : les logigrammes et check-lists standardisés devraient réduire les asymétries d’information entre PCO et alléger la charge administrative des équipes.
Pour les équipes MDPH, la simplification PCO a une implication directe : si le repérage précoce s’améliore et que les délais d’admission PCO se réduisent, le nombre d’enfants arrivant en MDPH sans avoir bénéficié d’un parcours PCO préalable devrait diminuer. Cela pourrait réduire les demandes d’orientation directe vers des SESSAD ou IME sans diagnostic formalisé — un cas fréquent qui complique l’instruction des dossiers.
Articulation avec les réformes en cours
Le rapport ANAP s’inscrit dans un calendrier réglementaire chargé pour le secteur des TND. Trois réformes structurelles en cours doivent être articulées avec la simplification PCO :
- Le décret du 5 juillet 2024 sur les dispositifs intégrés IME-SESSAD (Légifrance) vise à limiter les recours systématiques à la CDAPH et à fluidifier les transitions entre accompagnements — une réforme complémentaire à la simplification PCO pour garantir la continuité du parcours de l’enfant
- La réforme tarifaire SERAFIN-PH, dont le déploiement est prévu au 1er janvier 2027 pour les ESMS enfants, changera le financement des SESSAD et IME — les équipes PCO auront intérêt à comprendre ces nouvelles logiques tarifaires pour anticiper leur impact sur les partenariats
- La stratégie nationale TND 2023-2027 prévoit 55 millions d’euros d’investissement supplémentaires pour les PCO d’ici 2027, dont une partie sera conditionnée aux améliorations du fonctionnement recommandées par l’ANAP
Pour les directeurs d’ESMS accompagnant des enfants TND, suivre les publications ANAP relatives aux PCO dans les prochains mois est une priorité. Les outils produits (logigrammes, check-lists, simulations organisationnelles) seront diffusés à l’ensemble du secteur et pourront alimenter les révisions de projets personnalisés d’accompagnement et les protocoles d’accueil des familles.
Quelle est la différence entre une PCO 0-6 ans et une PCO 7-12 ans ?
Qui peut adresser un enfant vers une PCO ?
Sources officielles : ANAP — Rapport PCO TND (3 avril 2026) — handicap.gouv.fr — Les PCO — Bilan stratégie TND 2023-2027





