Le rapport de l’ANAP (Agence nationale d’appui à la performance) sur les plateformes de coordination et d’orientation (PCO), publié en avril 2026, met en lumière les articulations encore fragiles avec les CMPP (centres médico-psycho-pédagogiques) et les CAMSP (centres d’action médico-sociale précoce) — structures dont le cadre réglementaire est en cours de refonte pour la première fois depuis leur création dans les années 1960-1976. Comprendre ces évolutions est indispensable pour tous les professionnels accompagnant des enfants présentant un trouble du neurodéveloppement (TND) ou des difficultés neuropsychiques.
CMPP et CAMSP : 232 000 enfants suivis, des délais qui ont doublé depuis 2010
Les CMPP et CAMSP constituent deux piliers essentiels du dispositif médico-social pour les enfants présentant des troubles du développement ou des difficultés neuropsychiques. Leur poids dans le paysage est considérable.
Selon l’étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), publiée en mars 2025 sur les données 2022 :
- 475 CMPP actifs fin 2022, accueillant 158 600 enfants et adolescents (75 % entre 7 et 15 ans)
- 347 CAMSP actifs fin 2022, accompagnant 73 100 jeunes enfants (quasi-totalité de moins de 6 ans)
- 232 000 enfants suivis simultanément dans les deux types de structures
- 15 700 professionnels mobilisés (9 600 ETP), dont 27 % de psychologues en CMPP et 15 % de psychomotriciens en CAMSP
La même étude DREES révèle une dégradation préoccupante des délais : en CMPP, il faut en moyenne 6 mois entre la demande et la première consultation, puis encore 5 mois avant le début de la prise en charge. En CAMSP, les délais atteignent 3 mois pour la première consultation et à nouveau 3 mois avant la prise en charge effective. Ces délais ont doublé depuis 2010. Autre signal d’alerte : les CMPP comptent -16 % de pédopsychiatres par rapport à 2010, et les CAMSP -21 %, reflet d’une pénurie nationale qui traverse l’ensemble du secteur médico-social et de la psychiatrie infanto-juvénile.
Le décret du 5 août 2025 : une nouvelle architecture des parcours coordonnés
Publié au Journal officiel le 7 août 2025, le décret n°2025-770 du 5 août 2025 constitue la modification réglementaire la plus significative pour les CMPP et CAMSP depuis leurs textes fondateurs. Il crée un cadre unifié pour trois parcours coordonnés de soins pluridisciplinaires :
- Parcours TND (0-12 ans) : porté par les PCO, pour le repérage et le bilan précoce des troubles du neurodéveloppement (autisme, TDAH, dys, déficience intellectuelle)
- Bilan et intervention précoce (0-6 ans) : pour les enfants susceptibles de présenter un trouble durable — les CAMSP sont explicitement désignés comme porteurs potentiels de ce parcours
- Rééducation et réadaptation (0-20 ans) : pour les enfants avec polyhandicap ou paralysie cérébrale
Les dispositions opérationnelles clés : la prescription médicale doit être délivrée dans les 15 jours suivant la demande ; le démarrage du parcours est possible sans notification MDPH préalable ; les durées sont encadrées (6 mois pour le volet diagnostique, 1 an renouvelable pour l’intervention renforcée) ; la prise en charge des professionnels libéraux — orthophonistes, ergéothérapeutes, psychomotriciens — s’effectue sans avance de frais pour les familles.
Pour les équipes de CAMSP et de CMPP, ce décret clarifie leur positionnement dans l’architecture nationale des parcours TND — mais il soulève aussi de nouvelles questions sur la délimitation des rôles entre PCO, CMPP et secteur libéral conventionné.
L’ANAP tire le bilan des PCO en avril 2026 : 182 plateformes, des disparités marquées
Publié en avril 2026, le rapport de l’ANAP sur les PCO TND dresse un bilan de sept années de déploiement (2019-2025) avec des données inédites :
- 182 PCO actives fin 2025 (contre 150 un an plus tôt)
- 140 000+ enfants orientés depuis 2019
- 67 155 enfants en suivi actif en 2024
- 13 292 enfants sur liste d’attente en 2024
- 68 jours en moyenne entre adressage et validation du parcours
- Âge moyen d’entrée PCO (0-6 ans) : 4 ans 11 mois, jugé trop tardif au regard des recommandations de dépistage précoce
L’ANAP note des disparités importantes : 30 départements atteignent moins de 80 % de leurs objectifs, et 9 sont en dessous de 50 %. Elle recommande de simplifier le cadre national des PCO avec un guichet unique lisible et des missions recentrées. Cette préconisation renforce l’enjeu pour les CMPP et CAMSP : si les PCO se recentrent, quel rôle précis incombera aux CMPP et CAMSP dans la séquence de prise en charge ? Notre article sur le rapport ANAP et les PCO TND revient en détail sur ces recommandations.
La réforme des annexes réglementaires — enjeux pour les équipes
Au-delà du décret de 2025, les textes fondateurs des CMPP et CAMSP sont en cours de révision en profondeur. Les CMPP fonctionnent depuis 1963 sur la base de l’annexe XXXII du décret n°63-146 — un texte de plus de 60 ans. Les CAMSP sont régis par l’annexe 32 bis du décret n°76-389 du 15 avril 1976, soit un cadre réglementaire de 50 ans. Ces deux décrets n’ont jamais été intégralement reformulés depuis leur adoption.
Un groupe de travail piloté par la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS), lancé dès 2022, travaille à l’actualisation de ces annexes pour intégrer les réalités contemporaines : montée en charge des TND, développement des PCO, pénurie de pédopsychiatres, évolution des pratiques pluridisciplinaires. Selon des sources sectorielles, un projet de décret spécifique serait en consultation en 2026 — sans que le texte soit encore publié au Journal officiel à la date de rédaction de cet article.
Les enjeux identifiés par les représentants professionnels sont significatifs. Une expérimentation conduite en Nouvelle-Aquitaine a servi de terrain d’observation : une ARS y a imposé un cahier des charges recentré sur les seuls TND selon les classifications du DSM-V, au détriment des prises en charge globales intégrant l’environnement familial et scolaire. Des organisations professionnelles — dont l’AFPEP-SNPP et la Fédération française des psychologues et de la psychologie (FFPP) — ont exprimé leur inquiétude face à une réduction potentielle du spectre clinique des CMPP à un modèle centré sur l’évaluation TND.
Ce que les équipes pluridisciplinaires doivent anticiper
Psychologues, orthophonistes, psychomotriciens, neuropsychologues : La réforme des annexes redéfinira probablement les missions de chaque profil dans l’offre de service. Les équipes ont intérêt à suivre les travaux via leurs fédérations représentatives (FDCMPP, ANECAMSP, FFPP). La question du pluralisme des approches thérapeutiques — enjeu central de la controverse autour de l’expérimentation néo-aquitaine — concernera directement les pratiques. Voir notre guide sur l’accompagnement éducatif et social en ESMS pour une mise en perspective.
Directeurs et chefs de service de CMPP/CAMSP : Trois points de vigilance s’imposent. D’abord, l’articulation opérationnelle avec les PCO du territoire : qui oriente qui, selon quel protocole ? Ensuite, le positionnement dans les parcours lors de la transition vers l’âge adulte, une question directement liée à l’amendement Creton et aux ruptures de parcours en IME. Enfin, les implications de la désignation comme structure coordinatrice d’un parcours bilan et intervention précoce.
Professionnels des SESSAD et IME : Les CMPP et CAMSP constituent des partenaires de premier rang dans les parcours d’orientation précoce. Une réforme qui redéfinit leurs missions aura des effets en cascade sur les files d’attente d’entrée en IME et SESSAD. Les équipes soignantes doivent également intégrer les évolutions dans les recommandations de la HAS sur l’accompagnement des TSA en ESMS. Le lien avec la santé mentale, Grande Cause nationale 2026, apporte un cadre politique favorable.
Le volet paramédicaux mérite une attention particulière : la pénurie de pédopsychiatres dans les CMPP interagit directement avec les pratiques des équipes soins et paramédicales en ESMS, notamment pour la gestion des co-morbidités psychiatriques dans les IME, MAS et FAM.
Plan national TND 2023-2027 — état des lieux à mi-parcours
Lancé en novembre 2023 avec un budget de 680 millions d’euros (et 1,5 milliard jusqu’en 2030), le Plan national TND 2023-2027 structure le développement du dispositif à travers 81 actions organisées en 6 engagements : diagnostic précoce, scolarité inclusive, accompagnement tout au long de la vie, soutien aux familles, recherche, et transition adolescent/adulte.
Au bilan du premier anniversaire (novembre 2024) :
- 150 PCO actives à cette date (182 fin 2025 selon l’ANAP)
- Près de 100 000 enfants de moins de 12 ans adressés depuis 2019
- 326 unités d’enseignement maternel autisme (UEMA) et 158 UEEA en activité
- 589 dispositifs d’accompagnement TND en milieu scolaire couvrant 4 900 élèves
- Objectif 2027 : au moins une PCO par département et par tranche d’âge (0-6 ans et 7-12 ans)
Pour les CMPP et CAMSP, leur rôle reste celui de relais aval après les parcours PCO — mais la simplification souhaitée par l’ANAP pourrait les repositionner comme structures de référence pour les situations complexes dépassant le cadre des PCO. Dans ce contexte d’évolution accélérée, le suivi des publications de la délégation interministérielle TND sur handicap.gouv.fr constitue la démarche prioritaire pour rester informé des évolutions réglementaires à venir.
Pour comprendre l’articulation avec le projet personnalisé d’accompagnement en ESMS et le volet formation des professionnels, voir également notre guide VAE éducateur spécialisé 2026.
