Actualité Inclusion en milieu ordinaire

Sport et handicap : l’écart de pratique en milieu ordinaire

7 min de lecture
Partager
Sport et handicap : l’écart de pratique en milieu ordinaire

Sport et handicap : 47 % des personnes en situation de handicap pratiquent une activité physique ou sportive, contre 80 % dans l’ensemble de la population. Face à cet écart, l’État a présenté, à l’occasion d’un déplacement à Angers, ce vendredi 30 janvier, la Stratégie nationale Sport et Handicap 2030 : un plan pour faire du club ou de l’association de droit commun une option réelle, et non une exception, pour les personnes accompagnées par les ESAT, ESMS et services d’insertion professionnelle.

Les faits : un écart de pratique documenté et chiffré

Le chiffre de référence est connu depuis l’état des lieux publié par l’Injep en octobre 2024 : moins d’une personne en situation de handicap sur deux (47 %) pratique une activité physique ou sportive au moins une fois par an, contre 80 % dans l’ensemble de la population. La fiche 3.12 de la DREES consacrée à la pratique sportive et au handicap précise ce chiffre par tranche d’âge : en 2020, 64 % des personnes handicapées de 15 à 64 ans avaient eu une activité au moins une fois dans l’année, contre 86 % dans l’ensemble de cette tranche d’âge, et 43 % en pratiquaient une chaque semaine, contre 70 % pour l’ensemble des 15-64 ans.

L’écart se creuse avec l’âge : le taux de pratique atteint 80 % chez les personnes handicapées de 15 à 34 ans, mais retombe à 55 % entre 50 et 64 ans, puis à 29 % après 65 ans. Autre indicateur retenu par la DREES : en 2020, plus d’un tiers des personnes handicapées de 15 à 64 ans n’avaient pratiqué aucune activité physique ou sportive dans l’année, soit deux fois et demie plus que la moyenne nationale. Les activités les plus investies restent de faible intensité : natation (18 %), pétanque (14 %) et vélo de ville (12 %), avec un écart selon le sexe puisque 48 % des hommes handicapés de 15-64 ans avaient une pratique régulière en 2020, contre 39 % des femmes handicapées. Un frein revient souvent dans les enquêtes de terrain : près d’un quart des personnes handicapées interrogées par l’étude Onaps/FNORS citent le manque d’information sur les équipements et les offres adaptés comme un frein à leur pratique.

Ces chiffres ne portent que sur le sport : aucune donnée officielle chiffrée équivalente n’existe à ce jour sur l’écart de participation culturelle des personnes handicapées en milieu ordinaire, un point que les professionnels de l’accompagnement doivent garder à l’esprit avant de généraliser le constat sportif à d’autres champs de la vie sociale.

Mise en perspective : une stratégie 2030 qui articule accompagnement humain et financements

La Stratégie nationale Sport et Handicap 2030, présentée à l’occasion d’un déplacement à Angers, ce vendredi 30 janvier, s’articule autour de cinq objectifs prioritaires : donner envie de pratiquer, rendre accessibles la pratique sportive, les équipements et les événements, accompagner et former l’ensemble des acteurs, renforcer l’observation du parasport, et territorialiser l’action publique. Le texte s’inscrit explicitement dans la perspective des Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030, avec une déclinaison spécifique sur l’accès à la montagne et aux espaces naturels pour les personnes en situation de handicap.

Le levier central pour le milieu ordinaire est le lancement d’un appel à projets pour soutenir les clubs et associations proposant un accompagnement humain vers et dans la pratique sportive. Son antécédent direct donne une idée de l’ordre de grandeur : 32 projets (22 territoriaux et 10 fédéraux) ont été soutenus dans le cadre de l’Appel à projets « aide humaine dans le parasport » en 2025 à hauteur de 500k€ (AAP Impact 2024 de l’ANS). S’y ajoutent des dispositifs financiers déjà actifs : un fonds annuel de 2,5 millions d’euros pour la mise en accessibilité des équipements sportifs et l’achat de matériels et véhicules adaptés, la prise en charge à 100 % de tous les fauteuils roulants sportifs par l’Assurance Maladie depuis le 1er décembre 2025, et un pass Sport 2025 de 70 euros pour les jeunes handicapés bénéficiaires de l’AEEH (6-19 ans) ou de l’AAH (16-30 ans).

Ce type de mécanisme n’est pas inédit : dès 2016, un appel à projets de la CNSA visait déjà à mieux repérer les activités de loisirs souhaitées par les personnes et à construire des partenariats pour élargir l’offre de loisirs accessible, avec 1,2 million d’euros mobilisés pour 15 projets lauréats, financés entre 26 400 et 120 000 euros chacun. La nouveauté de 2026 tient moins au principe qu’à son intégration dans une stratégie interministérielle chiffrée et pilotée dans la durée, avec un maillage territorial explicite : le Handiguide des sports recense 6 000 structures sportives et 6 500 lieux de pratique para-accueillants, et 2 500 structures ont été sensibilisées depuis 2022 par le programme « Club inclusif ».

Impact concret par profil métier

Cette stratégie ne concerne pas l’activité physique adaptée (APA) prescrite ou organisée en établissement — un sujet distinct, déjà encadré par l’obligation, depuis 2023, pour chaque ESMS de désigner un référent chargé d’informer les personnes accompagnées sur l’offre d’activités disponibles. Elle porte sur l’orientation vers le milieu ordinaire, c’est-à-dire vers des clubs et associations de droit commun, ce qui change concrètement le travail de plusieurs professionnels :

  • Chefs de service et éducateurs spécialisés/AES : ils deviennent le premier point de contact pour orienter une personne accompagnée vers un accompagnement sportif de proximité, en s’appuyant sur le Handiguide des sports plutôt que sur la seule offre interne à l’établissement.
  • Référents APS en ESMS : leur mission de repérage de l’offre s’élargit désormais au tissu associatif local labellisé « Club inclusif », au-delà des seules activités organisées en interne.
  • Responsables d’insertion professionnelle et d’entreprises adaptées : le même principe de passerelle vers le milieu ordinaire irrigue le volet sportif de l’accompagnement global des parcours.
  • Animateurs socio-culturels et responsables loisirs : le volet culturel et de loisirs des appels à projets régionaux les concerne directement pour sécuriser des inscriptions en structures de loisirs de droit commun.

Perspectives : territorialisation et échéances 2026

La gouvernance de la stratégie est pensée à l’échelle régionale : les stratégies régionales Sport et Handicap sont pilotées par les DRAJES, en lien avec les services de l’État, le comité paralympique et sportif français et les collectivités locales, en tenant compte des spécificités territoriales. Une première déclinaison concrète est déjà engagée en Corse, où l’ARS a ouvert un appel à projets « Santé et société inclusive » : ce dispositif porte sur l’inclusion sociale, sportive, culturelle et de loisirs comme levier de santé et de bien-être, avec une clôture des candidatures fixée au 10 septembre 2026. D’autres déclinaisons régionales sont attendues sur le même modèle dans les mois qui viennent, avec un enjeu partagé pour les professionnels du secteur : documenter et faire remonter les initiatives locales d’inclusion en milieu ordinaire pour qu’elles puissent s’inscrire dans ce cadre national.

Le calendrier national reste, à ce stade, moins précis sur l’appel à projets « accompagnement humain » lui-même : aucune date de clôture ni montant 2026 n’a encore été publié au-delà de son antécédent 2025 chiffré. Les équipes qui orientent des personnes vers une inclusion en milieu ordinaire, scolaire ou extrascolaire, ont donc intérêt à suivre les prochaines publications du ministère chargé du Handicap et du ministère des Sports pour anticiper l’ouverture de ce guichet.

Mini-FAQ : sport et handicap en milieu ordinaire

Quel est l’écart de pratique sportive entre personnes handicapées et population générale ?
47 % des personnes en situation de handicap pratiquent une activité physique ou sportive, contre 80 % dans l’ensemble de la population, selon l’état des lieux publié par l’Injep en 2024 et repris dans le dossier de presse de la Stratégie nationale Sport et Handicap 2030.
La Stratégie nationale Sport et Handicap 2030 concerne-t-elle l’activité physique adaptée en établissement ?
Quelles aides financières existent pour la pratique sportive des personnes handicapées ?
Notamment un fonds annuel de 2,5 millions d’euros pour l’accessibilité des équipements et le matériel adapté, la prise en charge à 100 % des fauteuils roulants sportifs par l’Assurance Maladie depuis le 1er décembre 2025, et un pass Sport 2025 de 70 euros pour les jeunes bénéficiaires de l’AEEH ou de l’AAH.

Sources officielles et références

Solution partenaire — Famileo ProLe PAI n’est pas qu’un document : comment en faire un vrai outil d’inclusion familiale

Contrat de séjour, projet personnalisé, PPA : ce que demandent le droit et la HAS, et quatre gestes pour que la personne…

Lire l’article

Restez à jour sur le secteur du handicap

Recevez chaque semaine les actualités, nouvelles réglementations et guides experts pour les professionnels du médico-social.

  • Veille réglementaire hebdomadaire
  • Guides experts en avant-première
  • Aucune publicité, désinscription en 1 clic

Gratuit. Pas de spam.