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Pair-aidance en ESSMS : ce que prépare la HAS pour vos équipes

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Pair-aidance en ESSMS : ce que prépare la HAS pour vos équipes

La Haute Autorité de santé a lancé l’élaboration de recommandations de bonnes pratiques sur la pair-aidance dans l’ensemble des organisations sanitaires, sociales et médico-sociales. Un chantier inédit qui va structurer l’intégration des pairs-aidants dans les ESSMS, alors que le mot entre dans le Larousse en 2026 et que le critère 1.8.5 du référentiel d’évaluation est déjà opposable depuis janvier 2023.

Un signal institutionnel fort : la HAS engage une recommandation nationale

En janvier 2025, la HAS a publié la note de cadrage officielle lançant les travaux d’élaboration d’une recommandation de bonnes pratiques (RBPP) sur la pair-aidance. Les travaux ont démarré au deuxième trimestre 2025. Cette RBPP couvrira l’ensemble des organisations sanitaires, sociales et médico-sociales — une première dans l’histoire des recommandations nationales sur ce sujet.

Cinq domaines d’intervention sont explicitement identifiés : la santé mentale et la psychiatrie, l’addictologie, les maladies chroniques et l’oncologie, l’inclusion et le handicap, et la précarité et les vulnérabilités sociales. Pour les professionnels des ESSMS accompagnant des personnes en situation de handicap, ce dernier axe représente un enjeu direct.

Les objectifs de la future recommandation sont précisés dans la note de cadrage : clarifier le rôle, les compétences et les responsabilités des pairs-aidants au sein des équipes ; définir la complémentarité entre savoir expérientiel et expertise professionnelle ; et soutenir l’autodétermination des personnes accompagnées. Pour les directeurs d’ESSMS, c’est le signal qu’un cadre national de référence est désormais en construction — et qu’il faut anticiper.

Qu’est-ce qu’un pair-aidant dans un ESSMS ?

La définition officielle retenue par la HAS — et désormais inscrite dans le Larousse 2026 — décrit la pair-aidance comme un « mode d’accompagnement d’une personne dans son chemin vers le rétablissement, qui repose sur le partage d’expérience de personnes ayant eu le même parcours de vie ». Cette définition met en avant le savoir expérientiel : une forme de compétence distincte du savoir théorique ou pratique des professionnels formés, née de l’expérience directe de la maladie, du handicap ou d’une vulnérabilité.

Dans le secteur médico-social, un pair-aidant peut ainsi être une personne accompagnée en rétablissement d’un trouble psychique, ou une personne en situation de handicap ayant développé des compétences dans la compréhension et le soutien d’autres personnes vivant des situations similaires. Ce n’est pas un rôle bénévole informel : c’est un rôle structuré, avec une posture professionnelle, une formation et un cadre éthique spécifiques.

Un critère d’évaluation déjà opposable : le 1.8.5 du référentiel HAS

Avant même la publication de la future RBPP, la pair-aidance est déjà ancrée dans le cadre réglementaire des ESSMS. Le critère 1.8.5 du manuel d’évaluation HAS ESSMS (version V1.1, mis à jour en juillet 2025) stipule explicitement : « Les professionnels encouragent le recours à la pair-aidance et autres dispositifs facilitant l’entraide entre les personnes accompagnées. »

Ce critère est évalué lors des évaluations externes menées par les organismes accrédités par la HAS. Il ne s’agit pas d’une recommandation optionnelle mais d’un élément d’appréciation de la qualité de l’accompagnement. Les ESSMS qui n’ont engagé aucune réflexion ni action en matière de pair-aidance s’exposent à un signalement lors de leur prochain cycle d’évaluation. Retrouvez l’ensemble du cadre dans notre guide sur l’évaluation HAS des ESMS.

Les Groupes d’Entraide Mutuelle : un dispositif institutionnel de pair-aidance à grande échelle

Les Groupes d’Entraide Mutuelle (GEM), créés par la loi du 11 février 2005 sur le handicap, constituent le premier dispositif institutionnel de pair-aidance en France. Selon le rapport annuel de la CNSA publié en 2025, on compte aujourd’hui 679 GEM financés à hauteur de 72,9 millions d’euros, accueillant 61 192 personnes par an. Depuis 2005, leur nombre a été multiplié par six.

À côté des GEM, le programme des Médiateurs de Santé Pairs (MSP), co-porté par le Centre Collaborateur de l’OMS pour la Recherche et la Formation en Santé Mentale (CCOMS) depuis 2012, a permis de former des pairs-aidants disposant d’un diplôme reconnu par licence professionnelle. On en dénombre environ 170 en exercice en France (données Psycom, janvier 2023), répartis dans des services hospitaliers et médico-sociaux.

Comment recruter et intégrer un pair-aidant dans votre structure ?

Il n’existe pas encore de statut légal unifié du pair-aidant en France. Les structures qui franchissent le pas recourent à différentes formes contractuelles : bénévolat associatif, contrat de travail salarié en CDI ou CDD, service civique. L’absence de cadre d’emploi standardisé est précisément l’une des raisons pour lesquelles la future RBPP HAS est attendue — elle devrait contribuer à stabiliser ces pratiques.

Le recrutement suit un processus classique (offre d’emploi publiée). Le CCOMS accompagne les structures dans la construction du projet d’intégration : définition de la fiche de poste, positionnement dans l’organigramme, suivi de la première année d’exercice. Sur le plan de la formation, plusieurs licences professionnelles co-portées par le CCOMS existent, ainsi que des diplômes universitaires (DU) dans plusieurs universités (Côte d’Azur, Lyon 1, Bordeaux/Corse). Des formations continues permettent également de préparer les équipes à accueillir et collaborer avec des pairs-aidants.

L’intégration dans une équipe pluridisciplinaire nécessite un accompagnement managérial spécifique. Les questions de légitimité, de positionnement par rapport aux professionnels formés et de gestion des émotions liées au vécu partagé requièrent un cadre clair posé par le chef de service. La pair-aidance est un levier complémentaire à la démarche de co-construction du projet personnalisé d’accompagnement — pas un substitut au travail pluridisciplinaire.

Ce que ça change pour chaque profil professionnel

Pour les directeurs d’ESSMS : la RBPP HAS en cours d’élaboration va créer un cadre de référence national. Il est temps d’inscrire la réflexion sur la pair-aidance dans le projet d’établissement et d’anticiper en créant les conditions d’un premier recrutement expérimental. Se rapprocher du CCOMS dès à présent permet de bénéficier d’un accompagnement méthodologique avant que la recommandation ne soit opposable.

Pour les chefs de service et cadres intermédiaires : l’enjeu est double. D’une part, lever les représentations au sein des équipes professionnelles, qui peuvent percevoir le pair-aidant comme une concurrence ou une remise en question de leurs compétences. D’autre part, créer les conditions d’une collaboration réelle, où le savoir expérientiel du pair-aidant vient enrichir — et non supplanter — l’expertise professionnelle. La formation continue des équipes sur le thème de la pair-aidance est un investissement pertinent dans le cadre du plan de développement des compétences.

Pour les éducateurs spécialisés et AES : la pair-aidance requalifie leur rôle de facilitateurs. Ils ne sont plus uniquement des experts de l’accompagnement mais aussi des passeurs entre le savoir théorique et le vécu des personnes accompagnées. Cette dimension s’articule naturellement avec les pratiques d’accompagnement éducatif et social centrées sur l’autodétermination.

Historique : d’une pratique militante à une recommandation nationale

La pair-aidance n’est pas une invention récente. Les premiers exemples documentés remontent au XIXe siècle. En France, la crise du VIH dans les années 1980 a fortement structuré les associations de patients, jetant les bases de ce qui deviendrait la pair-aidance formalisée. La création des GEM en 2005, dans le cadre de la loi handicap, a constitué le premier dispositif institutionnel pérenne. En 2012, l’expérimentation des Médiateurs de Santé Pairs a posé les bases d’un vrai métier avec formation reconnue. En 2023, l’intégration dans le référentiel HAS ESSMS a franchi un nouveau cap. L’entrée dans le Larousse en 2026 confirme que la pair-aidance est désormais un fait social établi, pas une niche expérimentale.

Ce que votre structure peut faire dès maintenant

  • Évaluer votre positionnement sur le critère 1.8.5 : lors de votre prochaine auto-évaluation HAS, documentez concrètement les actions engagées pour « encourager le recours à la pair-aidance ».
  • Cartographier les ressources locales : un GEM est-il présent dans votre territoire ? Des MSP exercent-ils dans des structures partenaires ? Ces partenariats peuvent être valorisés dans votre documentation d’évaluation.
  • Former vos équipes : plusieurs organismes proposent des formations continues sur l’intégration de la pair-aidance en ESSMS. La valorisation des compétences expérientielles rejoint par ailleurs les dynamiques VAE et de reconnaissance des parcours.
  • Inscrire la réflexion dans le projet d’établissement : même sans pair-aidant recruté à ce stade, documenter la démarche de réflexion montre une volonté institutionnelle.

FAQ — Questions fréquentes sur la pair-aidance en ESSMS

Les ESSMS ont-ils l’obligation d’avoir des pairs-aidants ?
Il n’existe pas d’obligation légale de recruter des pairs-aidants à ce stade. Cependant, le critère 1.8.5 du référentiel HAS ESSMS (version V1.1, juillet 2025) impose que les professionnels « encouragent le recours à la pair-aidance et autres dispositifs facilitant l’entraide ». Cela crée une obligation de démarche, documentée et évaluée. La future RBPP HAS, en cours d’élaboration depuis le T2 2025, apportera un cadre de référence plus précis.
Quel statut juridique pour un pair-aidant recruté en ESSMS ?
Il n’existe pas encore de statut légal unifié. Les structures ont recours à différentes formes : salarié en CDI, CDD, bénévolat associatif ou service civique. Le CCOMS (Centre Collaborateur de l’OMS) accompagne les structures dans la construction juridique du poste et le suivi de la première année d’exercice. La future recommandation HAS devrait contribuer à standardiser ces pratiques.
Quand la HAS va-t-elle publier ses recommandations sur la pair-aidance ?
La HAS a lancé les travaux au 2e trimestre 2025 après la publication de sa note de cadrage en janvier 2025. Aucune date officielle de publication n’est communiquée. La durée habituelle d’élaboration d’une RBPP HAS est de 18 à 24 mois après le lancement des travaux, ce qui situe une publication probable courant 2026 ou début 2027.

Sources officielles et références

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Approfondir les sujets liés à la pair-aidance et à l’accompagnement en ESSMS :

Pour aller plus loin : la pair-aidance constitue un levier direct de l’autodétermination des personnes accompagnées ; les deux RBPP HAS sont articulées.

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