Emploi & OETH

OETH et seuil de 20 salariés : calculer l’effectif d’assujettissement

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OETH et seuil de 20 salariés : calculer l’effectif d’assujettissement

Le seuil de 20 salariés qui déclenche l’OETH ne s’apprécie ni au 31 décembre ni établissement par établissement : il repose sur un effectif calculé selon les modalités prévues à l’article L. 130-1 du code de la sécurité sociale, lissé sur plusieurs années civiles. DRH, référents handicap et dirigeants d’EA/ESAT doivent maîtriser cette mécanique du seuil avant même de raisonner sur le nombre de travailleurs handicapés à employer.

Les fondamentaux : un effectif calculé selon le Code de la sécurité sociale

L’article L5212-1 du Code du travail pose le principe : les articles L. 5212-2 à L. 5212-17 s’appliquent à tout employeur occupant au moins vingt salariés. Ce texte fondateur, et l’ensemble du dispositif qu’il encadre, sont détaillés dans notre guide complet consacré à l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés. Mais avant de parler de taux ou d’unités bénéficiaires, il faut déterminer quand une entreprise franchit ce seuil — et c’est là que la mécanique se complique.

Le même article opère un renvoi précis vers l’article L. 130-1 du code de la sécurité sociale : l’effectif salarié et le franchissement de seuil sont déterminés selon les modalités prévues à l’article L. 130-1 du code de la sécurité sociale. Ce n’est donc pas le droit du travail qui fixe la méthode de calcul, mais le droit de la sécurité sociale — la même règle qui sert de base au calcul des autres seuils sociaux de l’entreprise.

Concrètement, l’effectif salarié annuel de l’employeur, y compris lorsqu’il s’agit d’une personne morale comportant plusieurs établissements, correspond à la moyenne du nombre de personnes employées au cours de chacun des mois de l’année civile précédente. Ce périmètre « personne morale » a une conséquence directe pour toute organisation multi-sites : le calcul agrège tous les établissements d’une même entreprise identifiée par son SIREN. Un siège de 9 salariés et deux antennes de 6 salariés chacune ne forment pas trois structures isolées sous le seuil : additionnés, ils constituent un effectif unique de 21 salariés, potentiellement assujetti à l’OETH.

L’article D5212-1 confirme cette architecture : l’assujettissement à l’obligation d’emploi mentionnée au premier alinéa de l’article L. 5212-2 est déterminé en fonction de l’effectif calculé selon les modalités fixées à l’article L. 130-1 du code de la sécurité sociale. Une fois cet effectif d’assujettissement connu, le taux d’obligation s’applique : tout employeur emploie des bénéficiaires de l’obligation d’emploi mentionnés à l’article L. 5212-13 dans la proportion minimale de 6 % de l’effectif total de ses salariés. Deux fiches pratiques de service-public.gouv.fr résument cette double mécanique en une phrase : l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés (OETH) impose à toute entreprise d’au moins 20 salariés d’employer des travailleurs handicapés à hauteur de 6 % de l’effectif moyen annuel (EMA), une formulation reprise presque à l’identique dans une seconde fiche destinée aux employeurs privés : l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés (OETH) impose à tout employeur comptant au moins 20 salariés d’employer des travailleurs handicapés à hauteur de 6 % du total des salariés.

Analyse approfondie : le lissage sur cinq ans et ses effets pratiques

La détermination du franchissement de seuil ne se limite pas à un instantané annuel. le franchissement à la hausse d’un seuil d’effectif salarié est pris en compte lorsque ce seuil a été atteint ou dépassé pendant cinq années civiles consécutives. Autrement dit, une entreprise qui passe de 18 à 22 salariés en janvier N n’est pas assujettie dès N : il faut qu’elle reste à 20 salariés ou plus pendant cinq années civiles consécutives. La fiche pratique service-public.gouv.fr formule la même règle du point de vue de l’OETH : toute entreprise qui atteint ou dépasse le seuil des 20 salariés pendant 5 années civiles consécutives est soumise à l’obligation d’emploi.

Ce lissage n’est pas à sens unique. le franchissement à la baisse d’un seuil d’effectif sur une année civile a pour effet de faire à nouveau courir la règle des cinq années consécutives. Une entreprise qui atteint 21 salariés pendant quatre années puis redescend à 17 salariés la cinquième année ne franchit jamais le seuil : le compteur des cinq ans repart de zéro dès l’année de baisse, y compris si l’effectif repasse ensuite au-dessus de 20 l’année suivante.

Cet effectif d’assujettissement n’est pas qu’un seuil binaire de déclenchement : il sert aussi de base de calcul une fois l’entreprise assujettie. le nombre de bénéficiaires de l’obligation d’emploi devant être employés résulte du produit de l’effectif d’assujettissement par le taux d’obligation d’emploi défini à l’article L. 5212-2, arrondi à l’entier inférieur. Ce chiffre — et non l’effectif d’assujettissement lui-même — est le nombre d’unités bénéficiaires que l’entreprise doit atteindre ; son décompte fait l’objet d’un calcul distinct, détaillé dans notre article sur le décompte des unités bénéficiaires de l’obligation d’emploi, à ne pas confondre avec le calcul de l’effectif d’assujettissement présenté ici.

Le secteur public applique une architecture voisine mais distincte : tout employeur public d’au moins 20 équivalents temps plein (ETP) a l’obligation d’employer des personnes en situation de handicap dans une proportion minimale de 6 % de l’effectif total. Le taux de 6 % est identique, mais l’unité de mesure change — équivalents temps plein pour le public, effectif moyen annuel pour le privé — une nuance que les groupes gérant à la fois des ESMS publics et des structures privées ne peuvent pas ignorer.

Impact concret par profil métier

DRH d’entreprise en croissance

Pour un DRH d’une entreprise multi-sites en croissance, l’enjeu est de suivre l’effectif au niveau du SIREN, pas de l’établissement où il travaille au quotidien : le calcul vaut y compris lorsqu’il s’agit d’une personne morale comportant plusieurs établissements. Il doit aussi surveiller la composition de cet effectif : l’effectif d’assujettissement à l’OETH est calculé en moyenne annuelle (EMA), consultable en détail sur la page dédiée de l’Agefiph, mais certaines catégories de salariés n’y entrent pas. Les apprentis et les titulaires d’un contrat de professionnalisation en sont exclus, de même que les salariés temporaires (intérimaires) — ces derniers restent comptabilisés chez l’entreprise de travail temporaire qui les emploie, pas chez l’entreprise utilisatrice. Un DRH qui recourt massivement à l’intérim pour absorber un pic d’activité doit donc raisonner en deux temps : cela ne change pas son propre effectif d’assujettissement, mais cela peut modifier son décompte de BOETH si des travailleurs handicapés figurent parmi ces intérimaires — une question traitée en détail dans notre article sur le décompte des BOETH externes en intérim.

Référents handicap en entreprise

Le référent handicap, souvent en charge du suivi de la déclaration, doit surveiller un troisième effectif, moins connu que l’effectif d’assujettissement ou le décompte des BOETH : l’effectif ECAP. l’effectif de salariés relevant d’un emploi exigeant des conditions d’aptitude particulière, calculé selon les modalités fixées à l’article D. 5212-1 pour l’effectif d’assujettissement, ce qui explique pourquoi il est calculé de la même manière et communiqué au même moment. C’est justement ce que prévoit l’Urssaf ou la MSA : ces organismes transmettent à l’employeur, au plus tard le 15 mars de l’année suivant celle au titre de laquelle cette déclaration est effectuée l’effectif d’assujettissement de référence. Le référent handicap dispose donc d’un chiffre officiel, transmis par l’organisme collecteur, plutôt que de devoir le recalculer lui-même à partir des DSN mensuelles. Cet effectif d’assujettissement notifié conditionne aussi le calcul de la déduction ECAP, dont le mode d’emploi est détaillé dans notre article consacré à la déduction ECAP en entreprise. La déclaration DOETH proprement dite obéit ensuite à un calendrier propre, présenté dans notre décryptage annuel des évolutions de la déclaration DOETH.

Dirigeants d’EA/ESAT sous-traitants

Pour les dirigeants d’entreprises adaptées (EA) ou d’ESAT proposant des prestations en sous-traitance, la question du seuil de 20 salariés se pose côté client : c’est parce que leurs clients franchissent ce seuil, avec un effectif calculé selon les modalités prévues à l’article L. 130-1 du code de la sécurité sociale, qu’ils deviennent des prospects potentiels pour de la sous-traitance valorisable au titre de l’OETH. Le mode de valorisation de ces achats dans la déclaration du client — hors du périmètre de cet article, centré sur le calcul du seuil — est détaillé dans notre article sur la sous-traitance EA/ESAT et la valorisation des achats. Ce qui compte pour un service commercial d’ESAT ou d’EA, c’est de savoir qu’une entreprise cliente peut être assujettie même si le site visité compte moins de 20 salariés : le calcul se fait y compris lorsqu’il s’agit d’une personne morale comportant plusieurs établissements, ce qui élargit le vivier de prospects potentiellement assujettis au-delà des seuls sites de plus de 20 salariés.

Mise en œuvre : étapes, calendrier et points de vigilance

La mise en œuvre opérationnelle suit un enchaînement précis. Première étape : reconstituer, au niveau du SIREN et non de l’établissement, la moyenne mensuelle des effectifs de l’année civile précédente — la moyenne du nombre de personnes employées au cours de chacun des mois de l’année civile précédente. Deuxième étape : neutraliser les catégories exclues de ce calcul, notamment les salariés temporaires (intérimaires), puisque, dans les entreprises de travail temporaire, groupements d’employeurs et structures de portage salarial, seuls les effectifs permanents sont décomptés c’est-à-dire après exclusion des effectifs intérimaires. Troisième étape : ne pas s’arrêter au résultat d’une seule année civile — conserver un historique sur cinq ans pour vérifier si le seuil est franchi pendant cinq années civiles consécutives ou si une année de baisse a pour effet de faire à nouveau courir la règle.

Quatrième étape, hors du contrôle direct de l’employeur : attendre la notification officielle. Les organismes de recouvrement transmettent à l’employeur, au plus tard le 15 mars de l’année suivant celle au titre de laquelle cette déclaration est effectuée, l’effectif d’assujettissement officiel de l’entreprise — un calendrier fixé par l’article D5212-5 du Code du travail. Ce chiffre notifié fait foi et sert de base à la déclaration DOETH qui suit, dans un calendrier distinct présenté par ailleurs.

Cinquième étape, à ne jamais négliger : les conséquences d’une absence de déclaration. En cas de non-déclaration, ce montant correspond au produit, majoré de 25 %, du coefficient applicable, et le taux de majoration est augmenté de cinq points à chaque échéance non déclarée consécutive. Le détail de ce mécanisme de majoration progressive, ainsi que de la surcontribution forfaitaire, est développé dans notre article sur les contrôles Agefiph et la surcontribution forfaitaire. Plus lourd encore : une entreprise assujettie durablement inactive s’expose à une sur-contribution dont le montant est fixé à 1 500 fois le salaire horaire minimum de croissance, quel que soit le nombre de salariés employés, prévue à l’article D5212-21 du Code du travail.

Perspectives

Le calcul de l’effectif d’assujettissement reste une mécanique stable, mais son environnement continue d’évoluer. Le taux d’emploi réellement constaté au niveau national fait l’objet d’un suivi annuel détaillé par ailleurs, dans notre tableau de bord annuel du taux d’emploi OETH. Côté ESMS, la fin de certains mécanismes d’écrêtement de la contribution, présentée dans notre article sur la fin de l’écrêtement de la contribution OETH pour les ESMS, ne change rien à la méthode de calcul du seuil d’assujettissement elle-même : elle porte sur le montant dû une fois l’entreprise assujettie, pas sur le déclenchement de l’obligation. Pour les directions de structures en forte croissance d’effectifs, la vigilance porte donc moins sur le taux de 6 % — stable depuis plusieurs années — que sur le suivi rigoureux, mois par mois et sur cinq années civiles, du passage du seuil des 20 salariés.

Mini-FAQ : calcul du seuil de 20 salariés et de l’effectif d’assujettissement

Le seuil de 20 salariés se calcule-t-il par établissement ou par entreprise ?
Par entreprise. L’effectif salarié annuel de l’employeur, y compris lorsqu’il s’agit d’une personne morale comportant plusieurs établissements, correspond à la moyenne du nombre de personnes employées au cours de chacun des mois de l’année civile précédente. Le calcul agrège donc tous les établissements d’une même personne morale (SIREN), et non chaque site pris isolément.
Que se passe-t-il si l’effectif redescend sous 20 salariés avant les cinq ans ?
Le franchissement à la baisse d’un seuil d’effectif sur une année civile a pour effet de faire à nouveau courir la règle des cinq années civiles consécutives. L’entreprise repart de zéro : il lui faudra à nouveau atteindre ou dépasser 20 salariés pendant cinq années civiles consécutives pour devenir assujettie.
Les intérimaires comptent-ils dans l’effectif d’assujettissement de l’entreprise qui les accueille ?
Non. Les salariés temporaires (intérimaires) sont exclus de l’effectif d’assujettissement de l’entreprise utilisatrice ; dans les entreprises de travail temporaire elles-mêmes, seuls les effectifs permanents sont décomptés c’est-à-dire après exclusion des effectifs intérimaires.

Sources officielles

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