Désinsertion professionnelle : chaque service de prévention et de santé au travail doit organiser une cellule pluridisciplinaire dédiée à l’accompagnement des salariés fragilisés par la maladie ou le handicap. Cette cellule PDP articule son action avec l’Assurance Maladie et, en aval, avec l’AGEFIPH et Cap emploi pour sécuriser le maintien dans l’emploi, en articulation avec le protocole de retour après arrêt de travail. Pour les référents handicap, les équipes RH et la médecine du travail, comprendre cette chaîne d’acteurs conditionne la réussite des maintiens en poste les plus complexes.
Les fondamentaux : le cadre légal de la cellule PDP
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Le service de prévention et de santé au travail comprend une cellule pluridisciplinaire de prévention de la désinsertion professionnelle, prévue par l’article L4622-8-1 du Code du travail. Cette obligation est confirmée par l’INRS, pour qui le SPST doit comprendre une cellule pluridisciplinaire de prévention de la désinsertion professionnelle. Concrètement, la cellule est animée et coordonnée par un médecin du travail ou par un membre de l’équipe pluridisciplinaire désigné par lui et agissant sous sa responsabilité, ce qui place la médecine du travail au centre du dispositif.
Pour les structures de taille modeste, elle peut être mutualisée entre plusieurs services de prévention et de santé au travail agréés dans la même région. Cette mutualisation n’est toutefois pas automatique : cette cellule peut être mutualisée, sur autorisation de la DREETS, entre plusieurs SPST agréés dans la même région, précise l’INRS dans sa fiche démarche consacrée aux services de santé au travail.
La cellule PDP n’agit pas seule. Sa mission légale est de participer à l’accompagnement du travailleur éligible au bénéfice des actions de prévention de la désinsertion professionnelle prévues à l’article L. 323-3-1 du code de la sécurité sociale, ce qui suppose une coordination étroite avec les organismes locaux et régionaux d’assurance maladie et le service social. Cette articulation se matérialise notamment par le rendez-vous de liaison : la suspension du contrat de travail ne fait pas obstacle à l’organisation d’un rendez-vous de liaison entre le salarié et l’employeur, associant le service de prévention et de santé au travail.
Ce temps d’échange a un objet précis : le rendez-vous de liaison est un temps d’échange, non médical, proposé pendant un arrêt de travail de plus de 30 jours. Il reste à l’initiative du salarié, qui conserve toute latitude : le rendez-vous de liaison n’est pas une obligation pour le salarié. Il peut être refusé sans conséquence sur sa situation professionnelle. Côté organisation, l’employeur doit également prévenir le service de prévention et de santé au travail (SPST) au moins 8 jours avant la tenue du rendez-vous — un délai que les équipes RH ont tout intérêt à sécuriser dans leur suivi des arrêts longs.
Analyse approfondie : comment la cellule PDP s’articule avec l’AGEFIPH et Cap emploi
En amont de toute sollicitation de l’AGEFIPH, l’Assurance Maladie propose un socle de dispositifs pendant l’arrêt de travail. L’objectif affiché est de vous maintenir dans votre entreprise soit à votre poste de travail soit sur un autre poste. Concrètement, bilan de compétences, formation, adaptation ou aménagement du poste de travail, essai d’un autre poste, temps partiel thérapeutique ou reprise de travail léger, convention de rééducation professionnelle en entreprise constituent la palette mobilisable, aux côtés de l’essai encadré, organisé selon des modalités définies par décret.
La convention de rééducation professionnelle mentionnée à l’article L. 5213-3-1 du code du travail ouvre droit à des indemnités versées par l’Assurance Maladie, mais ces actions restent conditionnées : elles ne sont mobilisables que sous réserve qu’après avis du médecin-conseil la durée de ces actions soit compatible avec la durée prévisionnelle de l’arrêt de travail. De même, le bilan de compétences peut être réalisé pendant un arrêt de travail sur autorisation de l’Assurance maladie, au titre des actions de remobilisation précoces, souligne la Haute Autorité de Santé dans ses recommandations sur le maintien en emploi.
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Le déclenchement de cet accompagnement n’attend pas toujours une démarche du salarié : c’est l’Assurance Maladie qui détecte, parmi les assurés en arrêt de travail, ceux qui présentent un risque de désinsertion. Une fois le risque identifié, l’assistant de service social, avec votre accord, vous aide à évaluer votre situation, avant d’orienter, le cas échéant, vers Cap emploi ou l’AGEFIPH.
En aval de la cellule PDP, deux acteurs prennent le relais. Cap emploi conseille et accompagne les personnes en situation de handicap et les employeurs à toutes les étapes du parcours professionnel : recrutement, intégration, suivi en emploi, maintien dans l’emploi, y compris lors des périodes de mise en situation en milieu professionnel organisées avec Cap emploi pour tester une reprise. De son côté, l’Agefiph est l’un des principaux acteurs au service de l’insertion professionnelle et de maintien dans l’emploi des personnes en situation de handicap, tandis que l’Assurance Maladie gère par ailleurs des dispositifs spécifiques pour prévenir les risques de désinsertion.
Lorsque le retour au poste initial n’est pas envisageable, un dispositif spécifique existe : permettre l’élaboration d’un nouveau projet professionnel, tenant compte de l’état de santé, lorsque le maintien au poste de travail initial n’est pas possible — c’est l’objet de la Prestation Spécifique d’Orientation Professionnelle (PSOP). La Haute Autorité de Santé situe précisément la cellule PDP dans cette chaîne de prescription, aux côtés de Cap Emploi – Sameth – Cellules de prévention de la désinsertion professionnelle de l’Assurance maladie – Cellules de maintien de la MSA – Assistantes sociales du FASTT. Pour les salariés dont le poste ne peut être conservé, réussir un reclassement professionnel en cinq étapes pour sécuriser le parcours devient alors l’enjeu central.
En amont, la HAS recommande aux médecins du travail un cadre d’analyse structuré : le schéma ci-dessous, inspiré du « modèle de l’aréna », récapitule les dimensions du diagnostic de la situation à risque de désinsertion. Ce maillage d’acteurs a un coût que les entreprises financent indirectement : selon l’IGAS, elle reste le principal financeur des Cap emploi (à hauteur des 2/3), un point à garder à l’esprit alors que la fin de l’écrêtement de la contribution Agefiph modifie les équilibres budgétaires des employeurs assujettis.
Impact concret par profil métier : RH, médecine du travail, référent handicap
Pour les équipes RH
Les services RH sont en première ligne dès qu’un arrêt dépasse 30 jours : ils doivent proposer le rendez-vous de liaison et prévenir le SPST dans les délais évoqués plus haut. Une fois le retour envisagé, ils peuvent mobiliser des aides financières dédiées, à l’image de l’aide à la recherche et la mise en oeuvre de solution pour le maintien dans l’emploi proposée par l’AGEFIPH. Pour cadrer ces démarches, notre panorama des aides au maintien dans l’emploi mode d’emploi actualisé pour 2026 détaille les conditions d’éligibilité, tout comme notre présentation des différentes aides Agefiph mobilisables pour l’emploi des travailleurs handicapés.
Pour la médecine du travail
Le médecin du travail conserve un rôle pivot puisqu’il anime ou désigne l’animateur de la cellule PDP. Il est aussi le premier destinataire du diagnostic structuré recommandé par la HAS, qui objective les freins organisationnels, médicaux et sociaux avant toute orientation vers l’Assurance Maladie ou l’AGEFIPH. Lorsqu’un aménagement de poste est envisagé, le médecin du travail formalise ses préconisations, qui serviront ensuite de socle à la démarche pour obtenir une aide Agefiph à l’adaptation du poste de travail.
Pour les référents handicap
Le référent handicap porte l’obligation légale de fond : l’employeur doit prendre en fonction des besoins, dans une situation concrète, les mesures appropriées pour permettre aux travailleurs d’accéder à un emploi ou de conserver un emploi correspondant à leur qualification, de l’exercer ou d’y progresser. Ce texte donne au référent un fondement direct pour justifier, en interne, les demandes d’aménagement ou de reclassement issues de la cellule PDP. Il est aussi l’interlocuteur naturel de Cap emploi et doit suivre l’évolution du taux d’emploi obligatoire des travailleurs handicapés et son tableau de bord pour objectiver la politique de maintien en emploi de son organisation.
Mise en œuvre : la chronologie de la coordination entre acteurs
La coordination entre cellule PDP, Assurance Maladie et AGEFIPH suit une chronologie assez stable, que les équipes RH, la médecine du travail et les référents handicap ont intérêt à connaître pour ne manquer aucune étape :
- Dès qu’un arrêt de travail dépasse 30 jours, l’employeur ou le SPST peut proposer le rendez-vous de liaison prévu à l’article L1226-1-3 du Code du travail.
- En parallèle, l’Assurance Maladie identifie parmi les assurés en arrêt ceux qui présentent un risque de désinsertion et propose l’intervention de l’assistant de service social.
- La cellule PDP du SPST, animée par le médecin du travail, participe à l’accompagnement du travailleur éligible aux actions prévues à l’article L323-3-1 du code de la sécurité sociale.
- Selon la situation, un ou plusieurs dispositifs sont mobilisés : essai encadré, bilan de compétences, aménagement de poste, temps partiel thérapeutique ou convention de rééducation professionnelle en entreprise.
- Si le maintien au poste initial est impossible, la cellule PDP peut orienter vers une Prestation Spécifique d’Orientation Professionnelle, aux côtés de Cap emploi-Sameth.
- En parallèle ou en aval, Cap emploi et l’AGEFIPH prennent le relais pour l’aide financière à l’adaptation du poste ou pour un reclassement externe si nécessaire.
Ces étapes mobilisent des acteurs aux périmètres distincts, qu’il convient de ne pas confondre : le service de prévention et de santé au travail qui porte la cellule PDP prévue par la loi, l’Assurance Maladie qui finance et autorise certaines actions pendant l’arrêt, et l’AGEFIPH qui intervient en propre sur les aides financières et l’accompagnement Cap emploi. Le détail organisationnel interne des cellules de prévention portées directement par les caisses d’assurance maladie reste, à ce jour, peu documenté par les sources institutionnelles nationales et n’est volontairement pas développé ici.
Perspectives : un maillage appelé à se renforcer
Le contexte démographique renforce la pertinence de cette coordination. On considère que 2,6 millions de travailleurs sont en situation de handicap « au sens large » en France, dans un contexte où en 2015, 9 % des personnes de 16 ans et plus ont déclaré être fortement limitées depuis au moins 6 mois. Ces ordres de grandeur expliquent pourquoi la loi a consolidé, ces dernières années, l’articulation entre SPST, Assurance Maladie et AGEFIPH plutôt que de laisser chaque acteur agir isolément. Pour les référents handicap et les RH, l’enjeu des prochaines années est moins la création de nouveaux dispositifs que la fluidité de leur enchaînement — du rendez-vous de liaison jusqu’à l’aide au maintien dans l’emploi ou, à défaut, au reclassement.
Mini-FAQ : cellule PDP, rendez-vous de liaison et AGEFIPH
Qui anime la cellule pluridisciplinaire de prévention de la désinsertion professionnelle ?
Le salarié peut-il refuser le rendez-vous de liaison pendant son arrêt de travail ?
Sources officielles
- Légifrance — article L4622-8-1 du Code du travail (cellule PDP des SPST)
- Légifrance — article L323-3-1 du Code de la sécurité sociale (actions de l’Assurance Maladie)
- Légifrance — article L1226-1-3 du Code du travail (rendez-vous de liaison)
- Ameli.fr — prévention de la désinsertion professionnelle (assuré)
- Ameli.fr — le rendez-vous de liaison (entreprise)
- INRS — actions des services de prévention et de santé au travail
- AGEFIPH — identifier les acteurs clés pour accompagner vos actions
- AGEFIPH — prendre en compte le handicap d’une personne à son poste
- IGAS — rapport sur la gouvernance de la politique d’emploi des personnes handicapées (2025)
- AGEFIPH — Metodia, référentiel légal de l’obligation d’emploi
- HAS — santé et maintien en emploi, prévention de la désinsertion professionnelle





