La CNSA et la DITND (Délégation interministérielle à la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement) ont rendu publics, en juin 2026, les résultats de l’évaluation des unités résidentielles pour adultes autistes en situation très complexe (URTSA). Ce dispositif, issu de la stratégie nationale 2018-2022, connaît des tensions RH et cliniques persistantes. Un nouveau cahier des charges est attendu prochainement.
Un dispositif spécifique pour les situations de grande complexité
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Les URTSA ont été créées pour répondre à un besoin longtemps ignoré : des adultes autistes dont les comportements défis ou les besoins médicaux importants dépassaient les capacités des structures classiques (MAS, FAM, ESAT). Face au constat des ruptures de parcours, des séjours prolongés en psychiatrie et des accompagnements inadaptés, l’élaboration d’une solution spécifique pour ces adultes en situation très complexe est apparue nécessaire.
C’est dans cet objectif que la mesure 41 bis de la Stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement 2018-2022 a prévu la création de 40 URTSA sur le territoire national. Du fait de leur spécificité, ces unités ont le statut de Maison d’Accueil Spécialisée (MAS), ce qui conditionne leur financement et leur cadre réglementaire.
De petite capacité pour renforcer la qualité des interventions, elles permettent d’accompagner au maximum six adultes et de soutenir leurs familles. Cette taille restreinte est pensée pour permettre un accompagnement individualisé intensif. L’État ayant doté les URTSA de moyens significatifs avec un coût à la place de 232 000 euros par adulte et par an, ces structures représentent un investissement majeur.
Un déploiement progressif, encore incomplet
En septembre 2024, une quinzaine d’URTSA seulement étaient en fonctionnement sur les 40 prévues. Fin 2025, quatre nouvelles unités résidentielles pour personnes avec troubles du spectre de l’autisme ont ouvert, portant le total à environ 18 unités opérationnelles.
Ce déploiement s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale pour les TND 2023-2027, dont le bilan intermédiaire a été publié en mai 2026. Lancée officiellement le 14 novembre 2023, cette stratégie nationale mobilise 680 millions d’euros de ressources. À cela s’ajoute le plan « 50 000 solutions » qui mobilise 1,5 milliard d’euros de ressources supplémentaires pour créer des réponses nouvelles à destination des personnes sans solution.
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L’évaluation CNSA-Handéo : méthode et périmètre
En 2024, la CNSA a lancé une étude évaluative des premières URTSA déployées, confiée au cabinet Handéo et pilotée par un comité associant la DITND, la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) et la CNSA. Cette évaluation a principalement reposé sur des visites sur site de deux jours dans plusieurs URTSA, complétées par des entretiens avec des professionnels, des familles et des partenaires.
Les résultats, restitués en juin 2026 et disponibles sur le site de la CNSA, dressent un tableau nuancé : des équipes engagées mais confrontées à des défis structurels persistants que le cadre réglementaire actuel ne résout pas entièrement.
Pour les psychologues en ESMS qui jouent souvent un rôle pivot dans ces accompagnements complexes, cette évaluation constitue une référence documentaire importante.
Tensions RH et déficit de supervision clinique
Premier constat de l’évaluation : les fortes tensions sur le recrutement et la fidélisation des professionnels entravent le respect des ratios d’encadrement et la mise en œuvre de la mission d’appui territorial prévue dans le cahier des charges des URTSA. Ces structures requièrent des profils très spécialisés — éducateurs formés à l’autisme sévère, infirmiers, psychologues cliniciens — dans un contexte de pénurie persistante de main-d’œuvre médico-sociale.
Le déficit d’expertise clinique, de supervision et de formation des équipes, au regard des situations particulièrement complexes auxquelles elles sont confrontées, limite le déploiement d’un accompagnement personnalisé axé sur le développement des compétences des résidents. Sans accès régulier à des supervisions ou à des consultations spécialisées externes, les équipes peuvent se retrouver isolées face à des situations d’une extrême complexité. Ces enjeux RH rejoignent les problématiques analysées dans notre guide sur l’accompagnement éducatif et social en ESMS.
L’articulation sanitaire et médico-sociale : un point aveugle persistant
L’évaluation identifie une lacune systémique : les travaux ont révélé l’absence fréquente d’articulation des unités avec les ressources sanitaires du territoire pour garantir l’accès aux soins somatiques et psychiatriques. Cette carence fragilise la continuité du parcours lors des épisodes de crise ou pour les consultations médicales spécialisées.
Les travaux pointent l’importance de développer une culture commune entre les équipes soignantes et médico-sociales. Ce défi de la coordination est bien documenté dans le champ de l’autisme adulte : les SAMSAH spécialisés TND font régulièrement état de difficultés similaires d’articulation avec le sanitaire.
Préconisations et révision du cahier des charges
Les constats ont donné lieu à des préconisations restituées sous forme de fiches thématiques, portant sur la gouvernance d’équipe, les processus d’admission, la coordination sanitaire et la formation des professionnels. L’évaluation a également permis d’identifier les améliorations à apporter au cadre réglementaire des URTSA.
La révision du cahier des charges des URTSA s’inscrit dans les travaux conduits par la DITND. La DITND, la Direction générale de la cohésion sociale et la CNSA travaillent conjointement à cette révision. C’est le sens des travaux de rénovation, pour aboutir à un cahier des charges concernant l’accueil des situations complexes au sein des URTSA et des établissements médico-sociaux accueillant déjà ces situations.
Cette dynamique s’appuie sur les recommandations de la HAS pour l’autisme en ESMS, qui constituent la référence nationale. Le financement de ces structures s’inscrit par ailleurs dans la réforme SERAFIN-PH, dont le déploiement tarifaire est prévu au 1er janvier 2027.
Ce que les ESMS doivent anticiper
- Anticiper les enjeux RH : les URTSA requièrent des professionnels spécialisés dans l’autisme sévère. Un plan de développement des compétences dédié et des supervisions externes sont indispensables.
- Formaliser les partenariats sanitaires : convention avec une équipe psychiatrique, un CMP spécialisé adultes TND ou une équipe mobile, dès l’ouverture.
- Anticiper la révision du cahier des charges : le nouveau référentiel modifiera vraisemblablement les critères d’admission, les ratios d’encadrement et les obligations de coordination. Les ESMS disposant d’une URTSA devront adapter leur projet d’établissement.
- S’inscrire dans la stratégie TND : les URTSA sont un maillon du parcours. L’articulation avec les équipes mobiles, les plateformes TND et les SAMSAH spécialisés conditionne l’efficacité du dispositif.
Mini-FAQ : URTSA et accompagnement des adultes autistes en ESMS
Qu’est-ce qu’une URTSA et à qui s’adresse-t-elle ?
Quel est le coût de fonctionnement d’une URTSA ?
Comment accéder aux résultats de l’évaluation CNSA ?
Sources officielles
- CNSA — Autisme : la CNSA mobilisée aux côtés de la DITND pour améliorer l’accompagnement (juin 2026)
- Handicap.gouv.fr — Bilan 2025-2026 de la stratégie nationale TND 2023-2027
- Handicap.gouv.fr — La DITND : présentation et missions





