Lancé en juillet 2020 pour les soignants hospitaliers, le Ségur de la santé a connu deux actes successifs dans le médico-social. L’accord du 4 juin 2024, agréé le 25 juin et applicable dès août 2024, a étendu les revalorisations à 200 000 salariés supplémentaires du secteur privé non-lucratif. La Loi de Financement de la Sécurité Sociale 2026 a ensuite consacré une aide pérenne de 85 millions d’euros par an aux départements pour financer cette extension. Pour les directeurs d’ESMS, les enjeux sont considérables : impact budgétaire, équité entre structures et fidélisation des professionnels.
Du Ségur hospitalier au Ségur médico-social : chronologie
Le Ségur de la santé, signé le 13 juillet 2020, a d’abord accordé une revalorisation de 183 euros nets par mois aux personnels soignants des hôpitaux et EHPAD. Le secteur médico-social l’a obtenu progressivement : Pour aller plus loin : les congés et nouveaux droits sociaux des travailleurs ESAT.
- Octobre 2020 : Extension aux aides-soignants, AES et auxiliaires de vie travaillant en ESMS financés par l’assurance maladie (IME, SESSAD, MAS, FAM, ESAT…)
- Février 2022 : Décret n° 2022-161 étendant le complément de traitement indiciaire (CTI) aux agents publics des ESMS publics autonomes
- 2022-2023 : Extension progressive aux travailleurs sociaux (éducateurs, moniteurs-éducateurs) via la « Mission Laforcade »
- Juin 2024 : Accord du 4 juin 2024 agréé le 25 juin, applicable au 5 août 2024 : extension aux personnels administratifs, techniques, logistiques et de maintenance du secteur non-lucratif
- LFSS 2026 : Consécration d’une aide pérenne de 85 millions d’euros annuels aux départements pour financer l’extension 2024
Qui bénéficie des revalorisations Ségur en 2026 ?
| Profil | Statut | Montant mensuel net |
|---|---|---|
| Aides-soignants, AES, infirmiers | Inclus depuis 2020 | 183 € |
| Éducateurs spécialisés, moniteurs-éducateurs | Inclus depuis 2022 (Laforcade) | 183 € |
| Assistants de service social, animateurs | Inclus depuis 2022 | 183 € |
| Personnels administratifs, techniques, logistique (non-lucratif) | Inclus depuis août 2024 | 183 € |
| Mêmes profils en établissement lucratif | Inclus (accord distinct) | 160 € |
| Agents publics (CTI) | Inclus depuis déc. 2022 | 183 € (192 € net public) |
Pour les établissements gérant à la fois des services soignants et des services de soutien, l’accord de juin 2024 a mis fin à une inégalité interne génératrice de tensions. Cette situation est documentée dans les travaux sur la crise d’attractivité du médico-social.
Les montants et leur calcul
Le montant socle de 183 euros nets par mois s’applique pour un temps plein (1 ETP). Pour les temps partiels, il est prorotisé. Le coût chargé pour l’employeur est d’environ 5 364 euros par ETP et par an. Pour un ESMS de 80 ETP concernés, cela représente une charge annuelle supplémentaire de plus de 430 000 euros.
Ces charges sont intégrées dans les CPOM et dans les EPRD des établissements. Pour les structures financées par les conseils départementaux, le financement est partiellement assuré par l’aide de 85 millions d’euros consacrée par la LFSS 2026.
Qui reste exclu des revalorisations Ségur ?
Malgré les extensions successives, la FAQ officielle du ministère recense encore environ 120 000 professionnels non bénéficiaires :
- Directeurs et cadres de direction
- Assistants maternels et assistants familiaux
- Personnels des MDPH et services d’évaluation
- Personnels des centres sociaux et culturels
- Personnels des services mandataires judiciaires à la protection des majeurs
- Personnels des organismes de formation en travail social
- Certains agents des filières administrative et technique des ESMS publics autonomes hors EHPAD
Des questions parlementaires au Sénat en avril 2026 concernant les travailleurs sociaux des structures non couvertes maintiennent la pression pour de nouvelles extensions. Cette situation complexifie la gestion RH des ESMS, notamment pour les profils administratifs et les cadres qui n’exercent pas directement de missions soignantes ou éducatives.
Impact budgétaire pour les établissements
La masse salariale — déjà à 70-80 % du budget — a augmenté structurellement de plusieurs points. L’aide pérenne de 85 millions d’euros consacrée par la LFSS 2026 ne couvre qu’une partie du coût réel estimé à 170 millions d’euros annuels pour les départements. Cet écart génère des tensions sur le financement des structures relevant du conseil départemental (FAM, SAVS, CHRS). Les directeurs qui élaborent leur EPRD doivent vérifier que le financement Ségur est bien intégré dans leur dotation tarifaire et alerter leur financeur en cas d’écart non justifié.
Le Ségur numérique : volet souvent oublié
Parallèlement aux revalorisations salariales, le Ségur de la santé a financé un volet numérique pour les ESMS, avec 212,5 millions d’euros d’investissement dont 45 millions pour 2025 et 20 millions spécifiquement dédiés à la transformation numérique. Ce financement vise le déploiement des logiciels de dossier usager informatique (DUI). Les établissements peuvent consulter le référentiel de l’agence du numérique en santé sur esante.gouv.fr. La mise en conformité numérique est un critère de l’.
Enjeux RH : fidélisation réelle ou effet d’annonce ?
Les 183 euros nets mensuels ont eu un effet positif sur la perception du secteur, mais cet effet s’érode face aux conditions de travail difficiles. Les risques psychosociaux dans les ESMS ne peuvent être résolus par la seule revalorisation salariale. La crise de recrutement documentée par la DREES — 28 000 postes vacants dans les ESMS en 2025 — confirme que le Ségur, nécessaire, reste insuffisant. Les directeurs disposent d’autres leviers détaillés dans le guide sur la crise d’attractivité et la fidélisation. L’encadrement et la direction jouent un rôle déterminant dans la rétention des équipes.
Les 183 euros Ségur sont-ils imposables ?
Un ESMS peut-il ne pas appliquer le Ségur ?
Le financement Ségur est-il automatiquement intégré dans les dotations ARS ?
Sources officielles et références
- Solidarités.gouv.fr — FAQ officielle sur l’extension du Ségur
- Légifrance — Décret n° 2022-161 du 10 février 2022 (CTI agents publics)
- CNSA — Compensation financière des revalorisations salariales aux départements
- CNSA — Budget initial 2026 de la branche autonomie
- e-Santé.gouv.fr — Ségur numérique, volet médico-social
