Les décrets du 27 août 2025 ont profondément transformé les droits sociaux des travailleurs en ESAT. Congés payés portés à 30 jours, complémentaire santé obligatoire, période d’essai réduite : pour les équipes de direction, encadrants et moniteurs d’atelier, comprendre ces évolutions est désormais indispensable. Voici ce qui change concrètement pour les 120 000 travailleurs handicapés accueillis dans les 1 500 ESAT français. Voir également : le rôle du tuteur en EA.
Cadre réglementaire : les décrets du 27 août 2025
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La réforme ESAT engagée depuis la loi du 18 décembre 2023 franchit une étape décisive avec la publication au Journal officiel, le 27 août 2025, des décrets n°2025-844 et n°2025-845. Ces textes achèvent l’alignement des droits des travailleurs ESAT sur ceux du droit commun du travail, conformément aux engagements pris lors de la Conférence nationale du handicap de 2023.
Le décret n°2025-845 réforme le contrat d’accompagnement par le travail : nouvelle durée, droits étendus, contenu actualisé. Le décret n°2025-844 détaille les modalités pratiques des congés, de la protection sociale et des droits individuels. Ces textes sont d’application immédiate. Pour une vue d’ensemble du fonctionnement de la structure, consultez notre guide complet sur les ESAT 2026.

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Congés payés : 30 jours et nouvelles règles d’acquisition
C’est l’un des changements les plus attendus. Les travailleurs en ESAT acquièrent désormais 2,5 jours ouvrables de congés par mois de présence effective, dans la limite de 30 jours ouvrables par an. Ces congés s’inscrivent dans le nouveau contrat d’accompagnement par le travail. Ce calcul s’aligne strictement sur celui des salariés du secteur privé.
En complément, le directeur d’ESAT peut attribuer jusqu’à 3 jours mobiles supplémentaires à sa discrétion, par exemple pour les ponts ou des événements institutionnels. Ces jours mobiles ne sont pas imposés mais constituent un levier de souplesse organisationnelle apprécié par les équipes.
Une nouveauté importante pour les RH : en cas d’absence pour maladie ou accident, les congés acquis mais non pris bénéficient d’un droit au report de 15 mois à compter de la reprise. Ce dispositif, calqué sur la jurisprudence européenne appliquée aux salariés depuis 2024, met fin à la perte automatique des congés non pris en cas d’arrêt prolongé.
Congés spéciaux et familiaux alignés sur le droit commun
Les congés liés aux événements familiaux sont désormais identiques à ceux du Code du travail, dans le prolongement du nouveau statut du travailleur handicapé issu de la réforme ESAT :
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- Décès d’un enfant : 5 jours (7 jours si l’enfant est mineur ou était à charge)
- Décès du conjoint ou partenaire : 3 jours
- Décès d’un parent (père, mère, beau-parent) : 3 jours
Les congés de longue durée sont également accessibles : congé maternité, congé parental, congé proche aidant sont alignés sur les dispositifs du droit commun. Pour les moniteurs d’atelier, cela implique d’anticiper ces absences dans le planning d’atelier et de connaître les démarches administratives correspondantes.
Complémentaire santé : une obligation désormais effective
Les ESAT ont l’obligation de proposer une couverture complémentaire santé collective à l’ensemble de leurs travailleurs. Le financement est partagé : l’ESAT prend en charge au moins 50 % de la cotisation, l’autre part restant à la charge du travailleur (avec une contribution de l’État pour les ESAT à financement public).
Cette mesure comble un angle mort majeur : jusqu’en 2025, une part significative des travailleurs en ESAT ne disposait d’aucune mutuelle, les exposant à des restes à charge élevés en cas de soins. La mise en place concrète nécessite pour les directeurs de négocier des contrats de groupe avec des assureurs, d’informer les travailleurs de leurs droits et de mettre à jour la paie pour refléter la déduction de la part salariale. Les obligations de médecine du travail en ESAT se combinent avec ce nouveau dispositif pour former un cadre de protection sanitaire cohérent.
Période d’essai réduite et contrat réformé
La période d’essai est ramenée de 6 à 3 mois. Cette réduction répond à une critique récurrente des associations de travailleurs handicapés : une période d’essai trop longue fragilisait l’entrée en ESAT et reportait l’accès aux droits sociaux. L’ESAT peut prolonger la période d’essai en cas d’absences justifiées, dans la limite de 6 mois au total.
Le contrat lui-même change de dénomination : l’ancien « contrat de soutien et d’aide par le travail » (CSAT) devient le contrat d’accompagnement par le travail, conclu pour une durée d’un an avec tacite reconduction annuelle. Cette évolution de forme n’est pas qu’un changement de vocabulaire : elle traduit un repositionnement du travail en ESAT comme véritable contrat de droit, assorti d’obligations réciproques formalisées.
Impact concret par profil métier
Pour les directeurs d’ESAT, la priorité immédiate est l’audit de conformité : vérifier que tous les contrats sont à jour, que la complémentaire santé est opérationnelle, que les droits à congés sont correctement paramétrés dans le logiciel de paie. Une vérification de l’alignement avec les textes doit être documentée avant tout contrôle de l’inspection du travail ou de l’ARS.
Pour les encadrants et moniteurs d’atelier, la principale évolution concerne la gestion quotidienne des absences. Il faut désormais traiter les demandes de congés familiaux avec les délais légaux du droit commun, anticiper les reports d’absences maladie de 15 mois, et communiquer aux travailleurs leurs droits nouveaux lors des entretiens individuels. Le suivi des périodes de mise en situation en milieu professionnel (PMSMP) doit tenir compte des droits à congés pour éviter toute confusion.
Pour les équipes RH et paie, le paramétrage des logiciels de gestion des temps et de la paie est incontournable : intégrer le calcul à 2,5 j/mois, le report 15 mois, les jours mobiles, les congés familiaux étendus, et la déduction de la part salariale de la complémentaire santé. Un tableau de bord mensuel des congés acquis/pris/reportés par travailleur est fortement recommandé.
Mise en œuvre opérationnelle : étapes prioritaires
Les ESAT doivent avoir pris les mesures suivantes depuis la publication des décrets en août 2025, y compris en matière d’accident du travail et de maladie professionnelle :
- Révision des contrats : basculer tous les contrats vers le modèle « contrat d’accompagnement par le travail » ; les contrats antérieurs non renouvelés exposent à un risque contentieux.
- Mise en place de la complémentaire santé : contrat de groupe négocié, information des travailleurs par écrit, mise à jour de la paie.
- Paramétrage des congés : 2,5 j/mois, plafond 30 j, report 15 mois post-maladie, jours mobiles, événements familiaux.
- Formation des encadrants : sensibiliser moniteurs et chefs de service aux nouvelles règles de gestion des absences.
- Actualisation du règlement de fonctionnement : intégrer les droits sociaux élargis et les procédures de demande de congés.
En parallèle, des vérifications sont attendues lors des évaluations HAS des ESMS. L’application des droits sociaux fait partie des critères de qualité d’accompagnement évalués par les inspecteurs.
Perspectives : vers un droit commun intégral ?
La trajectoire tracée par la réforme ESAT vise un alignement progressif sur le droit commun du travail. Les prochaines étapes attendues concernent l’accès à la formation professionnelle continue et au CPF dans des conditions équivalentes aux salariés, ainsi que l’extension des droits syndicaux et de représentation. Le dispositif d’emploi accompagné bénéficie aussi de cet alignement : les droits acquis en ESAT sont désormais mieux transférables lors d’une transition vers le milieu ordinaire.
Pour les directeurs, l’enjeu stratégique est d’anticiper ces évolutions dans le projet d’établissement et dans le cadre du CPOM avec l’ARS, en valorisant l’ESAT comme employeur responsable et attractif pour les travailleurs handicapés.
Les congés payés en ESAT sont-ils identiques à ceux d’un salarié ?
L’ESAT est-il obligé de proposer une mutuelle à ses travailleurs ?
Que devient le contrat de soutien et d’aide par le travail (CSAT) ?
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