RH & Fidélisation

Risques Psychosociaux en ESMS : Prévention et Plan d’Action

Cadre juridique, DUERP, 6 facteurs de risque Gollac, démarche de prévention en 5 étapes et plan d’action concret pour les directeurs d’ESMS

47%
Aides-soignants en burnout
14,7%
Absentéisme en MAS
3x
Sinistralité AT vs moyenne
6
Facteurs de risque (Gollac)

Risques psychosociaux : définition et enjeux pour les ESMS

Les risques psychosociaux (RPS) recouvrent l’ensemble des risques pour la santé mentale, physique et sociale engendrés par les conditions d’emploi, les facteurs organisationnels et relationnels au travail. Ils incluent :

  • Le stress chronique : déséquilibre durable entre les contraintes perçues et les ressources disponibles
  • Le burnout (épuisement professionnel) : syndrome d’épuisement émotionnel, de dépersonnalisation et de réduction de l’accomplissement personnel
  • Le harcèlement moral et sexuel
  • Les violences internes (entre collègues) et externes (de la part des usagers ou familles)
  • Les conflits de valeurs : écart entre le travail prescrit et le travail réel, sentiment de mal faire son travail
⚠️ Le médico-social : un secteur à haut risque Le secteur médico-social concentre 20% des accidents du travail pour seulement 10% de la masse salariale. La sinistralité AT/MP en EHPAD et aide à domicile est 3 fois supérieure à la moyenne nationale. Le coût annuel de l’absentéisme en EHPAD est estimé à environ 500 millions d’euros. La confrontation quotidienne à la souffrance, au handicap sévère et à la fin de vie, combinée au sous-effectif chronique, fait des ESMS des structures particulièrement exposées.

État des lieux dans le secteur médico-social

IndicateurChiffreSource
Absentéisme moyen ESMS11,5%CNSA 2023
Absentéisme MAS14,7% (le plus élevé)CNSA 2023
Absentéisme FAM/EANM13,5%CNSA 2023
Turnover moyen ESMS24,4% (vs 21% national)CNSA/ANAP 2023
Aides-soignants en burnout47%DREES 2025
Vacance de postes4,5% (doublé depuis 2017)CNSA 2023
Sinistralité AT/MP vs moyennex3CNAM

Facteurs aggravants spécifiques au médico-social

  • Charge émotionnelle intense : accompagnement de personnes vulnérables, confrontation à la souffrance, au handicap sévère, à la fin de vie
  • Violences et agressions : comportements-défis des usagers, agressivité verbale ou physique des familles
  • Sous-effectif chronique : la crise d’attractivité augmente la charge par agent, alimentant le cercle vicieux épuisement → départ → sous-effectif
  • Horaires atypiques : travail de nuit, week-ends, jours fériés, coupures (hébergement)
  • Manque de reconnaissance : rémunérations basses, invisibilité sociétale, sentiment de ne pas être valorisé

Les 6 facteurs de risque (rapport Gollac 2011)

Le rapport Gollac (2011), référence nationale, identifie 6 familles de facteurs de RPS. Leur application au médico-social est particulièrement éclairante.

FacteurDescriptionManifestation en ESMS
1. Intensité et temps de travailCharge de travail excessive, rythme imposé, horaires atypiquesSous-effectif, remplacements en urgence, interruptions permanentes, double tâche (soin + administratif)
2. Exigences émotionnellesContact avec la souffrance, obligation de masquer ses émotionsAccompagnement fin de vie, handicap sévère, comportements-défis, travail de nuit seul
3. Manque d’autonomieFaible marge de manœuvre, manque de participation aux décisionsProtocoles rigides, faible implication dans les décisions organisationnelles, management directif
4. Rapports sociaux dégradésConflits, manque de soutien, harcèlementTensions d’équipe liées au sous-effectif, absence de soutien hiérarchique, dialogue social dégradé
5. Conflits de valeursÉcart entre travail prescrit et travail réel, sentiment de mal faireAccompagnement bâclé faute de temps, incompatibilité entre qualité souhaitée et moyens disponibles
6. Insécurité de la situationPrécarité, changements non maîtrisésCDD à répétition, réformes successives, incertitude budgétaire, restructurations
💡 Focus : les exigences émotionnelles Dans le médico-social, les exigences émotionnelles sont le facteur de RPS le plus spécifique et le plus intense. La confrontation quotidienne à la souffrance, au handicap, à la dépendance ou à la mort mobilise des ressources psychiques considérables. Les professionnels développent des mécanismes de défense (mise à distance, humour, routinisation) qui peuvent, à terme, mener à la dépersonnalisation — premier signe du burnout.

DUERP, PAPRIPACT et cadre juridique

L’obligation de sécurité de l’employeur

L’article L4121-1 du Code du travail impose à tout employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. L’article L4121-2 définit les 9 principes généraux de prévention. Les RPS doivent être traités au même titre que les autres risques professionnels.

Le DUERP (Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels)

  • Obligatoire pour tout employeur dès le 1er salarié (art. R4121-1)
  • Doit intégrer explicitement les RPS (décret n° 2022-395 du 18 mars 2022)
  • Mise à jour annuelle obligatoire pour les structures de plus de 11 salariés
  • Conservation 40 ans, dématérialisation obligatoire
  • Consultation du CSE obligatoire sur le DUERP et ses évolutions

Le PAPRIPACT (structures ≥ 50 salariés)

Depuis la loi du 2 août 2021, les structures de 50 salariés et plus doivent élaborer un PAPRIPACT (Programme Annuel de Prévention des Risques Professionnels et d’Amélioration des Conditions de Travail) comprenant :

  • La liste des mesures de prévention issues du DUERP
  • Un calendrier de mise en œuvre
  • La désignation des responsables de chaque action
  • Un budget prévisionnel

Sanctions

  • Absence de DUERP : contravention de 5e classe (1 500€, doublé en récidive)
  • Faute inexcusable : en cas d’AT/MP, l’absence de DUERP peut caractériser une faute inexcusable de l’employeur → indemnisation majorée + sanctions pénales

Les 3 niveaux de prévention des RPS

NiveauObjectifActions concrètes en ESMS
PrimaireÉliminer les causes à la sourceRéorganisation du travail, renforcement des effectifs, amélioration des plannings, clarification des rôles, management participatif, ratios d’encadrement
SecondaireDétecter et accompagner précocementGroupes d’analyse de pratiques, supervision d’équipe, espaces de parole, formation des managers, entretiens réguliers
TertiaireRéparer et accompagnerCellule d’écoute psychologique, soutien post-incident, aménagement de poste, accompagnement au retour après arrêt
💡 Priorité à la prévention primaire L’INRS et l’ANACT recommandent de prioriser la prévention primaire (agir sur l’organisation du travail) plutôt que de se limiter à des actions de gestion du stress individuel (yoga, relaxation). Les actions sur l’organisation sont plus efficaces et plus durables : réduction de la charge de travail, participation des équipes aux décisions, clarification des rôles et des responsabilités.

Plan d’action RPS en 5 étapes

Étape 1 — Constituer un comité de pilotage

  • Composition : direction, DRH, représentants CSE, médecine du travail, IPRP, encadrement intermédiaire
  • Définir le mandat, le calendrier et les moyens dédiés
  • Communiquer auprès des équipes sur la démarche

Étape 2 — Réaliser le diagnostic

  • Indicateurs quantitatifs : absentéisme, turnover, AT/MP, signalements, demandes de mutation
  • Diagnostic qualitatif : questionnaires (Karasek, Siegrist), entretiens individuels et collectifs, groupes de travail
  • Utiliser les outils INRS (grille ED 6403) et ANACT
  • Cartographier les unités les plus exposées

Étape 3 — Élaborer le plan d’action

  • Prioriser les actions selon la gravité et la fréquence des risques identifiés
  • Équilibrer les 3 niveaux de prévention (primaire, secondaire, tertiaire)
  • Définir des indicateurs de suivi pour chaque action
  • Intégrer le plan dans le DUERP et le PAPRIPACT

Étape 4 — Déployer et communiquer

  • Former les cadres et chefs de service au management des RPS
  • Mettre en place les actions prioritaires (groupes de parole, supervision, réorganisation plannings)
  • Communiquer régulièrement sur l’avancement auprès des équipes et du CSE

Étape 5 — Évaluer et ajuster

  • Suivi annuel des indicateurs (intégré au dialogue de gestion du CPOM)
  • Mise à jour du DUERP
  • Réajustement du plan d’action selon les résultats
  • Intégration dans le rapport d’activité et la préparation de l’évaluation HAS

Outils d’évaluation des RPS

OutilÉditeurUsage
Grille ED 6403INRSOutil « Faire le point » : 41 questions pour évaluer les RPS en PME/ESMS
Questionnaire de KarasekAcadémiqueMesure la demande psychologique, la latitude décisionnelle et le soutien social
Questionnaire de SiegristAcadémiqueMesure le déséquilibre effort/récompense
Kit QVCTANACT/ARACTMéthodologie et outils pour la démarche QVCT en établissement
Baromètre socialInterneQuestionnaire anonyme annuel sur le climat social et les conditions de travail
Tableau de bord RHANAP/ATIHIndicateurs standardisés : absentéisme, turnover, taux d’AT

RPS et évaluation HAS des ESMS

Le référentiel HAS (2022) intègre la prévention des RPS à travers le chapitre 3 (Gouvernance). Les évaluateurs examinent notamment :

  • La politique de QVCT de la structure (existence, déploiement, suivi)
  • Le DUERP et sa mise à jour effective
  • Les indicateurs RH : absentéisme, turnover, événements indésirables liés aux conditions de travail
  • Les dispositifs de soutien : supervision, analyse de pratiques, cellule d’écoute
  • L’implication du management dans la prévention

La qualité de la politique RPS est un indicateur indirect de la bientraitance : des professionnels en souffrance sont plus susceptibles de développer des pratiques maltraitantes (négligences, routinisation, déshumanisation de l’accompagnement).

Questions fréquentes

Quels sont les risques psychosociaux en ESMS ?

Stress chronique, burnout, harcèlement, violences internes et externes, conflits de valeurs. Le médico-social est particulièrement exposé du fait de la charge émotionnelle, des horaires atypiques et du sous-effectif.

Le DUERP est-il obligatoire en ESMS ?

Oui, dès le 1er salarié. Depuis 2022, il doit intégrer les RPS, être mis à jour annuellement (+11 salariés), conservé 40 ans, et le CSE doit être consulté.

Quels sont les 6 facteurs de risque (Gollac) ?

1) Intensité et temps de travail, 2) Exigences émotionnelles, 3) Manque d’autonomie, 4) Rapports sociaux dégradés, 5) Conflits de valeurs, 6) Insécurité de la situation de travail.

Comment évaluer les RPS dans un ESMS ?

Diagnostic quantitatif (indicateurs RH) + qualitatif (questionnaires Karasek/Siegrist, entretiens). Outils INRS (grille ED 6403) et ANACT. Les résultats alimentent le DUERP et le PAPRIPACT.

Comment prévenir le burnout des soignants ?

3 niveaux : primaire (organisation du travail, plannings, effectifs), secondaire (supervision, analyse de pratiques, espaces de parole), tertiaire (soutien psychologique, aménagement de poste). Le management de proximité est le levier le plus efficace.

Quelles sanctions en l’absence de DUERP ?

Contravention de 5e classe (1 500€, doublée en récidive). En cas d’AT/MP, l’absence de DUERP peut caractériser une faute inexcusable → indemnisation majorée + sanctions pénales.

Quel lien entre RPS et évaluation HAS ?

Le référentiel HAS intègre les RPS dans le chapitre Gouvernance : politique QVCT, DUERP, indicateurs RH, dispositifs de soutien, management de la prévention. La qualité de la politique RPS est un indicateur de bientraitance.

Qu’est-ce que le PAPRIPACT ?

Programme Annuel de Prévention des Risques Professionnels, obligatoire pour les structures ≥50 salariés. Il découle du DUERP et comprend : mesures, calendrier, responsables, budget. Le CSE est consulté.

Pour aller plus loin : côté ESAT, la généralisation de l’instance mixte QVT-prévention s’articule avec les nouvelles obligations de santé au travail en 2026 (SPSTI, VIP, SIR).

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