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Règlement de fonctionnement en ESMS : rédiger et réviser le document

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Règlement de fonctionnement en ESMS : rédiger et réviser le document

Le règlement de fonctionnement d’un ESMS est un document juridiquement obligatoire depuis la loi de 2002, codifié dans le Code de l’action sociale et des familles (CASF). Souvent confondu avec le contrat de séjour ou le projet d’établissement, il joue un rôle distinct : fixer les règles de vie collective et expliciter les droits de chaque personne accueillie. Sa méconnaissance expose les établissements à des risques juridiques réels.

Les fondamentaux : cadre réglementaire et état des lieux

Le règlement de fonctionnement trouve son fondement légal dans le CASF : il est élaboré un règlement de fonctionnement qui définit les droits de la personne accueillie et les obligations et devoirs nécessaires au respect des règles de vie collective. Ce texte, issu de la loi de 2002 rénovant l’action sociale, a été codifié et précisé par plusieurs décrets.

Le texte d’application est tout aussi fondamental : le décret n°2003-1095 du 14 novembre 2003 relatif au règlement de fonctionnement est le texte fondateur, depuis codifié aux articles R.311-33 à R.311-37. C’est ce bloc réglementaire qui précise concrètement le contenu obligatoire du document, sa procédure d’élaboration et ses modalités de révision.

Les dispositions minimales devant figurer dans ce règlement ainsi que les modalités de son établissement et de sa révision sont fixées par décret en Conseil d’État. Cette délégation au décret confère aux articles R.311-33 à R.311-37 du CASF une valeur contraignante : aucun ESMS ne peut s’y soustraire ni les déroger par simple décision interne.

L’obligation vaut pour l’ensemble des établissements et services sociaux et médico-sociaux — IME, ESAT, SESSAD, MAS, FAM, EHPAD, services d’aide à domicile. Aucun n’est exempté. Le projet d’établissement en ESMS, le contrat de séjour et le règlement de fonctionnement forment un triptyque documentaire obligatoire, mais de nature distincte.

En 2024, une modification législative a enrichi le périmètre du règlement : la loi de 2024 a précisé que ce règlement détermine les modalités de respect du droit prévu au premier alinéa de l’article L. 311-5-2, notamment les procédures relatives au contrôle des espaces privatifs des personnes accueillies. Les établissements dont le règlement date d’avant cette réforme doivent donc anticiper une mise à jour.

Le règlement de fonctionnement s’inscrit dans un socle plus large de droits garantis par le CASF : L’exercice des droits et libertés individuels est garanti à toute personne accueillie et accompagnée par des établissements et services sociaux et médico-sociaux. Ces droits comprennent notamment le respect de la dignité, de l’intégrité, de la vie privée et familiale, de l’intimité, de la sécurité et du droit à aller et venir librement. Le règlement de fonctionnement est le vecteur concret de cette garantie au quotidien.

Contenu obligatoire et distinction avec les autres documents fondamentaux

Le contenu du règlement de fonctionnement est précisément défini par les articles R.311-35 à R.311-37 du CASF. Il ne s’agit pas d’un document libre : chaque rubrique est prescrite par la réglementation.

En premier lieu, le règlement de fonctionnement indique les principales modalités concrètes d’exercice des droits énoncés au présent code, notamment de ceux mentionnés à l’article L.311-3, et précise les modalités d’association de la famille à la vie de l’établissement ou du service. Il ne s’agit donc pas d’une déclaration d’intention, mais d’une feuille de route opérationnelle.

Sur le plan organisationnel, le règlement indique l’organisation et l’affectation à usage collectif ou privé des locaux et bâtiments ainsi que les conditions générales de leur accès et de leur utilisation, et précise les mesures relatives à la sûreté des personnes et des biens, et prévoit les mesures à prendre en cas d’urgence. Il aborde également les modalités de rétablissement des prestations en cas d’interruption.

Les déplacements et transports font partie des rubriques imposées : le règlement de fonctionnement précise les dispositions relatives aux transferts et déplacements, aux modalités d’organisation des transports, aux conditions d’organisation de la délivrance des prestations offertes par l’établissement à l’extérieur.

Sur les règles de vie collective, dans le respect des dispositions de la charte arrêtée en application des dispositions de l’article L.311-4, le règlement de fonctionnement énumère les règles essentielles de vie collective. Il est donc subordonné à la charte des droits et libertés : il ne peut pas en restreindre les garanties. Il fixe les obligations faites aux personnes accueillies ou prises en charge pour permettre la réalisation des prestations qui leur sont nécessaires, y compris lorsqu’elles sont délivrées hors de l’établissement.

Ces obligations concrètes portent notamment sur : le respect des décisions de prise en charge, des termes du contrat ou du document individuel de prise en charge, le respect des rythmes de vie collectifs, le comportement civil à l’égard des autres personnes accueillies ou prises en charge, comme des membres du personnel. Le règlement rappelle également que les faits de violence sur autrui sont susceptibles d’entraîner des procédures administratives et judiciaires.

Pour les EHPAD spécifiquement, une disposition complémentaire s’applique depuis 2017 : dans les établissements relevant du 6° du I de l’article L.312-1, les mesures collectives relatives à l’exercice de la liberté d’aller et venir des résidents figurant au règlement de fonctionnement font l’objet d’une évaluation pluridisciplinaire de leur proportionnalité avec l’équipe médico-sociale.

Trois documents obligatoires, trois logiques différentes

Le règlement de fonctionnement est fréquemment confondu avec deux autres documents obligatoires, pourtant distincts dans leur nature et leur portée.

Le contrat de séjour en ESMS est un document individuel, conclu entre l’établissement et la personne accueillie (ou son représentant légal). Ce contrat ou document définit les objectifs et la nature de la prise en charge ou de l’accompagnement dans le respect des principes propres à l’intéressé. Il engage la structure envers un individu précis, sur des objectifs personnalisés. Le règlement de fonctionnement, lui, régit la vie collective dans son ensemble et s’impose à tous.

À titre de comparaison sur les délais, le contrat de séjour est remis à la personne âgée, au plus tard dans les 15 jours qui suivent son admission en EHPAD, tandis que le règlement de fonctionnement est remis dès l’accueil, sans délai. Cette différence de temporalité révèle que le règlement relève de la structure collective (dès l’entrée) quand le contrat relève du parcours individuel (formalisé dans les premiers jours).

Le projet personnalisé d’accompagnement partage la même logique individuelle que le contrat de séjour : il décline les objectifs pour chaque personne, co-construits avec elle. Le règlement de fonctionnement est antérieur et supérieur à ces deux documents dans la hiérarchie collective de la structure.

Quant au projet d’établissement, il relève d’une logique stratégique : le projet d’établissement ou de service définit ses objectifs, notamment en matière de coordination, de coopération et d’évaluation des activités et de la qualité des prestations, ainsi que ses modalités d’organisation sur le moyen terme. Le règlement de fonctionnement, lui, est opérationnel et porte sur les règles quotidiennes de la vie collective.

Impact concret selon les profils professionnels

Pour le directeur d’ESMS, le règlement est un outil de pilotage. Sa signature engage l’organisme gestionnaire et marque la validation d’une politique interne de droits des usagers. C’est aussi un levier de management collectif : en posant des règles claires, opposables à tous, il réduit les zones de flou génératrices de conflits. Un directeur d’ESMS conscient de ses obligations de pilotage sait que le règlement est l’un des premiers documents à actualiser en cas de changement de public, de prestataires ou d’organisation.

Pour le juriste ou le responsable qualité d’une association gestionnaire, le règlement de fonctionnement constitue une pièce maîtresse du dossier de conformité. Son absence ou son obsolescence expose l’établissement lors des évaluations. Dans le cadre de la sécurisation de la conformité médico-sociale, il figure systématiquement parmi les premiers documents contrôlés. La preuve de remise — signature de l’usager ou de son représentant légal — doit être archivée : en cas de litige, c’est elle qui établit l’opposabilité.

Pour le chef de service, le règlement est un référentiel quotidien. C’est lui qui cadre les réponses aux situations délicates : un résident qui refuse de respecter les horaires collectifs, une famille qui conteste l’organisation de l’espace, un professionnel libéral qui ignore les règles de l’établissement. Le règlement s’applique à toutes ces catégories. La délégation de gestion en ESMS implique que le règlement soit connu et appliqué à chaque niveau hiérarchique, y compris par les prestataires.

Mise en œuvre : élaboration, consultation du CVS, remise et révision

L’élaboration du règlement suit une procédure réglementée à plusieurs niveaux, dont le non-respect fragilise l’opposabilité du document.

La consultation du CVS : condition de régularité

Le règlement de fonctionnement est établi après consultation du conseil de la vie sociale ou, le cas échéant, après mise en œuvre d’une autre forme de participation. Cette consultation n’est pas optionnelle : elle conditionne la régularité de la procédure d’adoption.

Le conseil de la vie sociale (CVS) en ESMS a précisément pour mission d’associer les personnes bénéficiaires au fonctionnement de la structure. Le conseil donne son avis sur le fonctionnement de l’établissement, notamment sur les droits des personnes, l’organisation, les activités, les projets. Il est associé à l’élaboration du projet d’établissement et entendu lors des évaluations. La consultation préalable au règlement de fonctionnement s’inscrit donc dans la mission générale du CVS.

Sur le plan pratique, le conseil se réunit au moins trois fois par an sur convocation du président. Une révision du règlement devra être inscrite à l’ordre du jour d’une séance, avec communication préalable du projet aux membres pour permettre une délibération éclairée.

Le CASF est explicite : le règlement de fonctionnement est arrêté par l’instance compétente de l’organisme gestionnaire, après consultation des instances représentatives du personnel de l’établissement ou du service et du conseil de la vie sociale ou des autres instances de participation. La consultation des représentants du personnel est donc également requise, en parallèle de celle du CVS.

Remise et affichage : qui est concerné ?

Une fois adopté, le règlement doit être diffusé selon des modalités précises. Le règlement de fonctionnement est affiché dans les locaux de l’établissement ou du service et remis à chaque personne qui y est prise en charge ou qui y exerce, soit à titre de salarié ou d’agent public, soit à titre libéral, ou qui y intervient à titre bénévole. Cette obligation de remise est large : elle couvre non seulement les usagers mais aussi l’ensemble des intervenants.

Pour les usagers, la remise s’opère dans le cadre du livret d’accueil. Le livret d’accueil comprend en annexe la charte des droits et libertés et le règlement de fonctionnement défini à l’article L.311-7. Lors de son accueil dans un établissement ou dans un service social ou médico-social, il est remis à la personne, à son représentant légal s’il s’agit d’un mineur ainsi qu’à la personne chargée de la mesure de protection juridique un livret d’accueil. Cette remise simultanée de la charte et du règlement renforce la cohérence du dispositif d’information.

Sur les droits de visite en ESMS, le règlement de fonctionnement est aussi le document qui encadre les modalités d’accès des proches — un point particulièrement sensible dans les établissements accueillant des personnes protégées ou en situation de vulnérabilité avancée. La preuve de remise — bordereau signé ou récépissé daté — doit être archivée dans le dossier de l’usager ou dans le dossier administratif du professionnel concerné.

La révision quinquennale : une obligation trop souvent ignorée

L’une des dispositions les plus méconnues concerne la révision périodique. La périodicité de révision, fixée par le CASF, ne peut être supérieure à cinq ans. Un règlement vieux de six ou sept ans est potentiellement irrégulier, même s’il n’a pas été formellement abrogé.

La révision doit suivre la même procédure que l’adoption initiale : consultation des représentants du personnel, consultation du CVS, adoption par l’instance compétente de l’organisme gestionnaire. Elle donne lieu à une nouvelle diffusion du document révisé à l’ensemble des personnes concernées.

La loi de 2024 ayant étendu le périmètre du règlement aux modalités de respect de la vie privée des personnes accueillies, les établissements dont le document date d’avant cette réforme ont une raison supplémentaire d’anticiper une révision. Un règlement qui ne mentionne pas ces nouvelles procédures est désormais incomplet au regard du texte en vigueur.

Opposabilité et points de vigilance juridique

L’opposabilité du règlement de fonctionnement repose sur une chaîne documentaire complète : adoption régulière, remise prouvée, affichage effectif. Un règlement adopté sans consultation du CVS est susceptible d’être contesté. Un règlement non remis à un intervenant libéral ne peut pas lui être opposé en cas de manquement.

La hiérarchie des normes s’applique strictement : toute clause du règlement qui restreindrait un droit garanti par la charte des droits et libertés de la personne accueillie (art. L.311-3 CASF) serait illicite et inopposable. Les droits fondamentaux — dignité, intégrité, vie privée, droit à aller et venir librement — ne peuvent être limités que dans des conditions très encadrées, avec une justification proportionnée.

La personne accueillie dispose par ailleurs de voies de recours si elle estime que ses droits ne sont pas respectés. Toute personne prise en charge par un établissement ou un service social ou médico-social ou son représentant légal s’il s’agit d’un mineur peut faire appel, en vue de l’aider à faire valoir ses droits, à une personne qualifiée. Ce mécanisme de médiation indépendant est complémentaire au règlement de fonctionnement : il permet un recours sans passer par la voie judiciaire.

En matière de contrôle, les autorités de tarification (ARS, conseils départementaux) vérifient l’existence et la conformité du règlement lors des évaluations qualité HAS. Son absence ou son obsolescence constitue un point de non-conformité documentaire. La traçabilité de la consultation du CVS et de la remise du document fait partie des éléments attendus. Pour les structures multi-sites ou les groupements, la délégation de gestion entre ESMS soulève une question complémentaire : chaque entité disposant d’une autorisation propre doit tenir son propre règlement de fonctionnement, même si l’organisme gestionnaire est commun.

Mini-FAQ : règlement de fonctionnement ESMS

Le règlement de fonctionnement s’applique-t-il aux prestataires extérieurs intervenant dans l’établissement ?
Oui. Le CASF prévoit que le règlement de fonctionnement est affiché dans les locaux de l’établissement ou du service et remis à chaque personne qui y est prise en charge ou qui y exerce, soit à titre de salarié ou d’agent public, soit à titre libéral. Un infirmier libéral, un prestataire de soins ou un bénévole régulier sont donc concernés. La remise doit être documentée pour garantir l’opposabilité en cas de litige.
Que se passe-t-il si le CVS n’a pas été consulté avant l’adoption du règlement de fonctionnement ?
La consultation du conseil de la vie sociale est une condition de régularité de la procédure d’adoption : le règlement de fonctionnement est établi après consultation du conseil de la vie sociale. Un règlement adopté sans cette consultation présente un vice de procédure qui fragilise son opposabilité. La démarche correctrice consiste à soumettre le document au CVS lors d’une prochaine séance — le CVS se réunit au moins trois fois par an — et à adopter une nouvelle version dûment consultée, puis à la diffuser à toutes les personnes concernées.
Quelle est la différence entre le règlement de fonctionnement et le contrat de séjour ?
Le règlement de fonctionnement est un document collectif, opposable à tous les résidents et intervenants, qui définit les règles de vie de l’établissement. Le contrat de séjour (ou DIPC) est un document individuel, conclu avec chaque personne accueillie, qui définit ses objectifs et les modalités de son accompagnement personnalisé. Les deux sont obligatoires mais de nature différente : l’un régit le collectif, l’autre l’individuel. Le règlement est remis dès l’accueil ; le contrat de séjour est formalisé dans les jours suivants — en EHPAD, au plus tard dans les 15 jours suivant l’admission.

Sources officielles

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