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RPS en ESMS handicap : construire un indicateur d’alerte RH

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RPS en ESMS handicap : construire un indicateur d’alerte RH

Un indicateur d’alerte RPS ne remplace pas un diagnostic, mais il permet de repérer un signal avant qu’il ne s’aggrave. Les ESMS du champ du handicap disposent déjà, dans leurs données RH courantes, de plusieurs signaux exploitables : absentéisme, rotation, vacance de poste, recours à l’intérim, accidents du travail et maladies professionnelles. Construire un tableau d’alerte consiste à les croiser, à en suivre la tendance dans la durée et à les faire vivre dans les instances existantes plutôt qu’à empiler un outil de plus. La méthode, le cadre légal qui l’impose et les points de vigilance à ne pas franchir sont détaillés ci-dessous.

L’obligation de prévention des risques professionnels, y compris psychosociaux, s’impose à tout employeur. L’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Cette obligation se décline en principes généraux de prévention : L’employeur met en oeuvre les mesures prévues à l’article L. 4121-1 sur le fondement des principes généraux de prévention suivants, parmi lesquels celui de Planifier la prévention en y intégrant, dans un ensemble cohérent, la technique, l’organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales et l’influence des facteurs ambiants, notamment les risques liés au harcèlement moral et au harcèlement sexuel, tels qu’ils sont définis aux articles L. 1152-1 et L. 1153-1.

Cette obligation se formalise dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP). Le document unique d’évaluation des risques professionnels répertorie l’ensemble des risques professionnels auxquels sont exposés les travailleurs et assure la traçabilité collective de ces expositions. La mise à jour du document unique d’évaluation des risques professionnels est réalisée : 1° Au moins chaque année dans les entreprises d’au moins onze salariés. Le programme annuel de prévention concerne quant à lui les entreprises dont l’effectif est supérieur ou égal à cinquante salariés, sur un programme annuel de prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail. Ce programme Fixe la liste détaillée des mesures devant être prises au cours de l’année à venir, qui comprennent les mesures de prévention des effets de l’exposition aux facteurs de risques professionnels et précise, pour chaque mesure, ses conditions d’exécution, des indicateurs de résultat et l’estimation de son coût. Le comité social et économique est associé à ce suivi : Dans le cadre de la consultation sur la politique sociale, l’employeur présente également au comité social et économique : Un rapport annuel écrit faisant le bilan de la situation générale de la santé, de la sécurité et des conditions de travail dans l’entreprise et des actions menées au cours de l’année écoulée dans ces domaines.

Côté qualité, le référentiel d’évaluation de la HAS reprend la même exigence : l’ESSMS définit et déploie sa politique ressources humaines et met en œuvre une démarche de prévention des risques professionnels. Sur le champ du polyhandicap, la HAS recommande de conduire une réflexion collective sur la prévention des risques professionnels, les absences non prévues du personnel, et d’en mesurer leurs répercussions respectives sur les conditions de travail des équipes et sur la qualité de l’accompagnement. La distinction entre absentéisme et rotation a fait l’objet d’un article dédié : elle est le point de départ de toute construction d’indicateur.

Le paysage que ces obligations doivent couvrir est documenté par la CNSA, dont l’étude sur les tensions RH précise son champ : Établissements et services pour personnes en situation de handicap, EHPAD et services multi-clientèle. Les résultats ne distinguent donc pas toujours le secteur handicap du reste du médico-social. Quand la distinction est faite, elle est nette : en 2022, le taux d’absentéisme dans l’ensemble des ESMS est de 13,0 %. Dans les établissements pour personnes en situation de handicap, il est de 13,4 %. Sur les données 2023, la CNSA précise : « Les niveaux d’absentéisme les plus élevés sont constatés en maisons d’accueil spécialisées – MAS (14,7 %), foyers d’accueil médicalisé (FAM) et établissements d’accueil non médicalisé pour adultes handicapés – EANM (13,5 %) et en établissements pour enfants ou adolescents polyhandicapés – EEAP (13,5 %) en 2023 ».

Pourquoi ces signaux méritent un suivi : ce que montrent CNSA, IGAS et INRS

Trois autres indicateurs RH complètent l’absentéisme. Tous ESMS confondus, EHPAD compris, la rotation des équipes a progressé d’environ 19 % en 2018 à 24,8 % en 2022, connait une légère inflexion en 2023 (24,4 %). Sur ce même champ, la vacance de poste n’a cessé de progresser, passant de 2,1 % à 4,5 % en moyenne entre 2017 et 2023 ; en 2022, le taux de vacance dans les ESMS est de 4,4 %. Dans les services pour personnes en situation de handicap, il est de 6,0 %. Sur les données 2023, la CNSA relève que « Les structures les plus affectées sont les services d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés (SAMSAH) avec plus de 7 % d’ETP vacants » ; la lecture de la même figure indique : « Lecture : En 2023, le taux de vacance dans les ESAT est de 2,3 %. Il est de 6,9 % dans les MAS ».

La nature des absences diffère aussi selon le type de structure : en EHPAD et dans les services multi-clientèle, les AT-MP contribuent pour plus de 18 % des absences, alors que dans les services pour personnes en situation de handicap, ce même motif justifie moins de 5 % des absences — un rappel que la composition des absences diffère selon le type de structure. À l’échelle du secteur de l’autonomie, qui réunit grand âge et handicap, l’IGAS relève que Le recours du secteur à l’intérim a doublé depuis 2018 et dépasse celui de l’hôpital. En cumulant les absences pour accident du travail, maladie professionnelle et maladie, l’IGAS chiffre que ce sont 22,7 M de journées perdues par le secteur soit près de 100 000 ETP, représentant 4,3 Md€.

Ces données RH ne mesurent pas les RPS : elles servent de point d’entrée pour les repérer. L’INRS publie une brochure : L’objectif de ce document est de faciliter la mise en évidence des risques psychosociaux à partir des données existantes et disponibles dans l’entreprise. Elle organise un certain nombre d’indicateurs liés au fonctionnement de l’entreprise ou relatif à la santé et la sécurité des salariés sont proposés en deux familles complémentaires. Ce dépistage compte : pour l’INRS, « L’exposition à ces situations de travail peut avoir des conséquences sur la santé des salariés, notamment en termes de maladies cardio-vasculaires, de troubles musculosquelettiques, de troubles anxio-dépressifs, d’épuisement professionnel, voire de suicide ». Un indicateur RH sert au dépistage : il oriente le regard, il ne pose pas à lui seul un diagnostic, et cet article ne propose aucun seuil chiffré.

Ce que cela change selon les fonctions : DRH, direction, chefs de service, CSE

Pour la fonction RH, la tâche consiste à centraliser les cinq séries de données déjà produites par la paie et le logiciel RH — absentéisme, rotation, vacance, intérim, AT-MP — et à les mettre à jour à échéance régulière plutôt qu’à l’occasion d’un signalement isolé. Un tableau de bord d’établissement existant, construit pour le pilotage CPOM, peut constituer la base technique de ce suivi : il suffit d’y ajouter les colonnes RPS plutôt que de créer un outil parallèle.

Pour la direction, la responsabilité reste celle rappelée plus haut : l’obligation de sécurité ne se délègue pas, même si sa mise en œuvre technique peut l’être. Elle implique aussi d’assumer les arbitrages budgétaires qu’un indicateur d’alerte peut mettre en évidence — remplacement d’un poste vacant, recours ponctuel à l’intérim, ou au contraire vigilance sur un risque d’épuisement au niveau de l’encadrement lui-même, qui n’est pas à l’abri du phénomène qu’il est censé surveiller.

Pour un chef de service, l’indicateur se lit à l’échelle de l’équipe : suivre la rotation et la vacance service par service, et non seulement à l’échelle de la structure, permet de situer où le signal apparaît. Les entretiens de départ menés systématiquement apportent une lecture qualitative que le seul chiffre ne donne pas.

Pour les représentants du personnel, l’analyse peut être déléguée : La CSSCT peut donc par exemple prendre en charge, par délégation du CSE, l’analyse des risques professionnels. C’est aussi dans les instances de pilotage de l’établissement que le rapport annuel présenté au CSE trouve sa place de suivi dans la durée, plutôt que dans un document produit une fois puis classé.

Construire le tableau d’alerte : méthode, outils et calendrier

La construction proprement dite tient en quatre étapes : lister les cinq indicateurs disponibles en interne, les décliner par service et par trimestre, en suivre la tendance plutôt que la valeur isolée d’une période, et les porter en instance. Un plan d’action RPS déjà structuré donne le cadre dans lequel ce tableau doit s’insérer : l’indicateur d’alerte alimente le plan, il ne s’y substitue pas.

IndicateurDonnée mobilisableFréquence de suivi
Absentéisme globalComparaison ensemble ESMS / structures handicapTrimestrielle
Absentéisme pour maladieÉvolution pluriannuelle par serviceAnnuelle
Rotation (turnover)Évolution pluriannuelleAnnuelle
Vacance de posteSuivi par type de service (ex. SAMSAH)Trimestrielle
AT-MPPart dans l’absentéisme total, par type de structureAnnuelle

Pour les structures de petite taille, qui n’ont pas toujours de fonction RH dédiée à cette analyse, l’INRS indique : « L’outil Faire le point RPS est destiné aux petites structures du secteur sanitaire et social. » Cet outil permet d’identifier les facteurs de risques psychosociaux (RPS) et aide à intégrer les RPS au document unique d’évaluation des risques professionnels. C’est le lien concret entre le tableau d’alerte RH et le DUERP : le second doit intégrer ce que le premier fait remonter, sans attendre l’échéance annuelle pour le constater. Une check-list d’évaluation des risques psychosociaux aide à formaliser ce passage de l’indicateur RH à l’analyse de risque.

Le calendrier légal cadence ce travail : mise à jour du DUERP au moins une fois par an pour les structures concernées, programme annuel de prévention pour les plus grandes, rapport présenté au CSE sur la même base annuelle. Le tableau d’alerte RH, lui, gagne à être revu à un rythme plus rapproché, trimestriel, pour que la remontée en instance annuelle s’appuie sur une tendance déjà objectivée plutôt que sur une photographie isolée.

Perspectives : inscrire l’alerte dans une démarche continue

Un tableau d’alerte RH n’a d’intérêt que s’il débouche sur une action suivie dans le temps, pas sur un constat sans suite. Son inscription dans une démarche de qualité de vie et conditions de travail plus large lui donne cette continuité, en le reliant à des leviers d’action concrets plutôt qu’à la seule mesure. Un plan QVT déjà en place peut ainsi absorber le tableau d’alerte comme point d’entrée annuel de son diagnostic, plutôt que de le traiter comme une démarche séparée.

Mini-FAQ : indicateur d’alerte RPS en ESMS handicap

Avec quelles données RH amorcer un tableau d’alerte RPS ?
La démarche part des données déjà existantes et disponibles dans l’établissement : absentéisme global et pour maladie, rotation des équipes, vacance de poste et recours à l’intérim, accidents du travail et maladies professionnelles, comme détaillé plus haut.
Un absentéisme élevé signale-t-il à lui seul un risque psychosocial ?
Non. Ces indicateurs servent au dépistage, pas au diagnostic : ils orientent le regard et doivent être croisés avec d’autres éléments (entretiens, document unique, remontées des représentants du personnel) avant toute conclusion, comme expliqué dans la section sur les enjeux.
Qui doit être associé à la construction de cet indicateur ?
La fonction RH pour la centralisation des données, la direction pour les arbitrages, les chefs de service pour la lecture par équipe, et les représentants du personnel via la commission dédiée du comité social et économique, comme détaillé dans la section sur les fonctions concernées.

Sources officielles

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