À partir du 26 mai 2026, l’intersyndicale CFDT/CFE-CGC/CFTC/FO/SUD a lancé un appel à la grève et à la mobilisation partout en France. Ce mouvement couvre les salariés du sanitaire, du social, du médico-social, de l’aide à domicile, de la petite enfance, de la protection de l’enfance et de l’insertion. Quatrième acte d’une séquence entamée en 2025, il s’ancre dans un blocage de négociations et des tensions RH structurelles que les données 2025 documentent sans ambiguïté.
Un quatrième acte dans une séquence de longue haleine
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La mobilisation du 26 mai s’inscrit dans la continuité du mouvement du 10 mars 2026, lui-même précédé d’actions dès le printemps 2025. L’intersyndicale affirme que la flambée du carburant, les refus d’agréments salariaux et les négociations à l’arrêt ont précipité ce nouveau passage à l’acte. À Paris, un rassemblement était organisé à 13h devant le siège de Nexem, au 3 rue au Maire dans le 3e arrondissement — Nexem étant l’organisation patronale principale du secteur. Dans la Manche, environ 150 salariés du secteur médico-social se sont mobilisés à La Glacerie. À Besançon, le rassemblement était prévu à 11h sur l’Esplanade des Droits de l’Homme.
Les cinq revendications de l’intersyndicale
L’appel intersyndical formule cinq axes revendicatifs précis :
- Revalorisation salariale : une augmentation immédiate et significative des salaires prenant en compte a minima la perte de pouvoir d’achat depuis 30 ans.
- Financements publics : des financements publics garantis, à la hauteur des besoins réels de la population.
- Plan d’urgence de recrutement : un plan d’urgence nationale d’embauches et de qualifications.
- Amélioration des droits : une meilleure protection des conditions de travail et des droits collectifs (formation, organisation du temps de travail, maintien des acquis conventionnels).
- Maintien du Ségur : le refus de toute remise en cause des revalorisations Ségur acquises depuis 2020.
Le déclencheur patronal : le blocage AXESS du 30 avril 2026
La mobilisation du 26 mai avait un déclencheur immédiat : le 30 avril 2026, lors de la commission mixte paritaire BASSMS, les représentants d’AXESS ont annoncé leur retrait de toutes les tables de négociation de la branche associative sanitaire, sociale et médico-sociale. Depuis le début de 2026, les syndicats dénonçaient un blocage du calendrier de dialogue. Cette rupture a rendu la grève inévitable selon l’intersyndicale.
La crise d’attractivité du secteur médico-social que documentent les rapports IGAS 2026 sur la crise RH se retrouve au cœur de ce conflit social : sans revalorisation salariale, le secteur peine à recruter et à fidéliser.
Branche aide à domicile : trois refus d’agrément depuis 2025
En parallèle, la branche aide à domicile (BAD) vit une crise de négociation distincte. Par arrêté du 18 mars 2026, le gouvernement a refusé d’agréer l’avenant n°72/2025 de la branche aide à domicile. La CFTC Santé Sociaux souligne que c’est le troisième rejet consécutif d’un avenant salarial dans la BAD depuis 2025, alimentant un sentiment d’impasse pour l’ensemble des salariés de ce sous-secteur. Une dynamique d’autant plus pesante que le secteur n’a pas bénéficié d’un Ségur initial équivalent à celui de l’hôpital public.
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Le Ségur : un plancher acquis mais insuffisant pour les syndicats
Le débat salarial prend la prime Ségur du médico-social comme référence de plancher. Le ministère des Solidarités confirme que cette prime représente 238 € bruts par mois — soit 183 € nets — pour les bénéficiaires de la BASSMS privée non lucrative. Elle couvre l’ensemble des professionnels employés par une structure relevant de la branche des activités sanitaires, sociales et médico-sociales privée à but non lucratif qui n’ont pas été bénéficiaires précédemment d’une prime Ségur. Son application rétroactive remonte au 1er janvier 2024 pour les structures adhérant à AXESS ou UNISSS, et au 7 août 2024 pour les structures non affiliées après publication au Journal officiel.
Pour les syndicats, cette prime ne compense pas les décennies de décrochage salarial par rapport aux conventions collectives d’autres secteurs. La grille CCN 66, dont la valeur du point est gelée depuis juillet 2022, reste l’enjeu central des négociations de branche.
Un terrain RH qui documente l’urgence
Les chiffres du baromètre RH Axess 2025 donnent une mesure de la profondeur de la crise : 87 % des établissements et services médico-sociaux déclarent rencontrer des difficultés de recrutement. Le secteur compte environ 28 000 postes non pourvus, avec un taux de vacance moyen de 5,7 % et un turnover de 13,5 %. Le grand âge affiche le taux de vacance le plus élevé, à 14 %.
Ces indicateurs alimentent un épuisement professionnel qui touche tous les niveaux hiérarchiques. Les 85 % de directeurs d’ESMS en épuisement selon la FNADEPA témoignent d’une chaîne de tension qui dépasse le seul terrain. Les leviers QVCT documentés en 2026 peuvent accompagner la rétention, mais ne sauraient se substituer à un rattrapage salarial.
Impact concret par profil métier
Directeurs d’ESMS : ce blocage intersyndical se produit alors que les établissements gèrent avec des effectifs insuffisants. Les grèves à venir soulèvent un enjeu de continuité de service à anticiper, notamment dans les structures accueillant des personnes à forte dépendance (MAS, FAM, EHPAD). Un plan de continuité actualisé est recommandé. La question du financement du rattrapage salarial sera aussi un sujet des prochaines négociations CPOM avec les ARS.
Chefs de service et DRH : la combinaison d’un taux de vacance structurel et d’un blocage des négociations de branche fragilise les plans de recrutement à court terme. L’estimation de 500 000 postes à pouvoir d’ici 2030 dans le secteur médico-social donne la mesure du défi. Une politique de fidélisation appuyée sur les avantages non salariaux (formation continue OPCO Santé, souplesse organisationnelle, projet associatif) reste le principal levier d’action à court terme.
Éducateurs spécialisés, AES et professionnels de terrain : les revendications de l’intersyndicale les concernent directement. Le décrochage salarial vis-à-vis de la fonction publique hospitalière (2 896 € nets en moyenne selon l’étude DREES 2024) reste au cœur du problème d’attractivité du secteur privé non lucratif.
Professionnels de l’aide à domicile : trois refus d’agrément consécutifs depuis 2025 maintiennent le secteur dans une impasse salariale directement perceptible sur les fiches de paie. Vérifier auprès de votre service RH si votre structure bénéficie d’une couverture Ségur intégrale reste le premier réflexe — notamment pour les structures soumises aux procédures de grève comme les ESAT.
Perspectives : agenda des prochaines semaines
La séquence post-26 mai s’inscrit dans deux horizons immédiats. D’abord, la reprise ou non du dialogue entre AXESS et les syndicats : sans calendrier de négociation, aucune revalorisation conventionnelle n’est possible à court terme. Ensuite, la Conférence nationale du handicap (CNH), prévue en juin 2026, où les associations et fédérations portent des demandes de financement des ESMS et des rémunérations des professionnels. Les suites données par le gouvernement à cette mobilisation façonneront l’atmosphère des négociations de l’automne 2026.
Qui sont les syndicats à l’origine de l’appel à la grève du 26 mai 2026 ?
Qu’est-ce que le blocage AXESS change concrètement pour les salariés des ESMS ?
La prime Ségur est-elle menacée par ces négociations ?
Sources officielles
- CFDT Santé Sociaux — Appel à la grève et à la mobilisation à partir du 26 mai 2026
- CFTC Santé Sociaux — Refus d’agrément et attentes salariales, secteur aide à domicile
- Ministère des Solidarités — FAQ extension Ségur (solidarites.gouv.fr)
- NovRH/Axess — Baromètre RH ESSMS 2025





