CPOM et évaluation HAS de la qualité obéissent à des calendriers distincts, mais un rapport d’évaluation mal placé prive le contrat de son principal outil de diagnostic. Un CPOM silencieux sur la date d’évaluation laisse l’arrêté de programmation trancher à la place du directeur. Cet article explique comment transformer un rapport d’évaluation en levier de négociation, un écart en objectif indicateur, et comment le suivi annuel articule les deux démarches sans réviser le contrat à chaque étape.
CPOM et évaluation HAS : deux textes, deux périmètres
Guide pratique : L'évaluation HAS sans stress
Préparez votre ESSMS à l'évaluation HAS sereinement. Ce guide de terrain vous accompagne pour comprendre et maîtriser le référentiel 2022.
- Maîtriser les 157 critères du référentiel 2022
- Préparer votre équipe pour la visite HAS
Le contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens (CPOM) et l’évaluation de la qualité conduite selon le référentiel de la Haute Autorité de santé (HAS) reposent sur deux bases légales distinctes. L’article générique CPOM en ESMS : guide complet du contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens détaille l’obligation, les clauses, les annexes et les étapes de négociation dans leur ensemble. Ce qui suit ne reprend pas ce terrain : il porte uniquement sur l’articulation qualité entre les deux démarches.
Sur le plan légal, dans un objectif d’amélioration continue de la qualité, les établissements et services mentionnés à l’article L. 312-1 évaluent et font procéder à l’évaluation de la qualité des prestations qu’ils délivrent, selon une procédure élaborée par la Haute Autorité de santé. Une commission de la Haute Autorité de santé mentionnée à l’article L. 161-37 du code de la sécurité sociale est chargée d’établir et de diffuser la procédure, le référentiel et les recommandations de bonnes pratiques professionnelles, au regard desquels la qualité des prestations délivrées par les établissements et services est évaluée. Les résultats de cette évaluation sont communiqués à l’autorité ayant délivré l’autorisation ainsi qu’à la Haute Autorité de santé.
Ce périmètre d’évaluation ne se superpose pas à celui de l’obligation de CPOM, et la distinction mérite d’être posée sans raccourci. La réforme de l’évaluation vise l’ensemble des ESSMS mentionnés à l’article L312-1 du CASF, sauf dérogations prévues par le même code — un périmètre large qui couvre notamment ESAT, EA, IME, MAS, FAM et SESSAD. L’obligation de CPOM, elle, ne concerne qu’une liste fermée : les établissements et services mentionnés aux 2°, 3°, 5° et 7° du I de l’article L. 312-1 ainsi que les établissements et services mentionnés au 6° du même I, à l’exception des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes mentionnés aux I et II de l’article L. 313-12, à condition qu’ils soient relevant de la compétence tarifaire du directeur général de l’agence régionale de santé et de la compétence tarifaire conjointe de ce dernier et du président du conseil départemental, font l’objet d’un contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens. Un ESSMS handicap peut donc être évalué par la HAS sans être sous CPOM, et inversement se retrouver sous CPOM avec un calendrier d’évaluation à négocier — la question de savoir qui, précisément, doit signer un CPOM reste traitée dans le guide générique cité plus haut, pas ici.
Quand un CPOM existe, il fixe les obligations respectives des parties et les moyens nécessaires sur une durée maximale de cinq ans, prorogeable dans la limite d’une sixième année — une fenêtre à mettre en regard du cycle d’évaluation quinquennal.
Ce que le référentiel HAS apporte au diagnostic du CPOM
Le référentiel HAS d’évaluation des ESMS structure ce que l’évaluateur observe sur site : 3 chapitres, 9 thématiques, 42 objectifs, 157 critères dont 18 impératifs. L’évaluation elle-même est réalisée par des organismes, tiers extérieurs indépendants, autorisés à procéder aux évaluations lors d’une visite au sein des ESSMS — 128 organismes évaluateurs autorisés à réaliser des évaluations (fin 2024), un chiffre qui pèse directement sur les délais d’obtention d’une date de visite. Le bilan Qualiscope 2025 permet de situer sa propre structure par rapport aux résultats déjà publiés sur des établissements comparables.
Pour le CODIR, l’intérêt du référentiel dépasse la conformité de façade : L’ESSMS met en place une organisation pour assurer le pilotage de sa démarche qualité et gestion des risques, et évalue régulièrement sa démarche d’amélioration continue de la qualité et gestion des risques, grâce notamment à l’analyse de la satisfaction des personnes accompagnées. Ce sont précisément les items qu’un diagnostic CPOM doit documenter pour argumenter un objectif contractuel. Le projet d’établissement, déjà mobilisé pour préparer l’évaluation, sert alors de pièce commune aux deux démarches plutôt que d’être réécrit deux fois.
Guide pratique : Signaler sans se tromper
Maîtrisez le signalement en établissement du handicap. Distinguez EIG et maltraitance, ciblez le bon destinataire, respectez les délais légaux.
- Conforme au 3133 et formulaire 2026
- Pour direction, AES, chef de service
- 3 infographies, 3 fiches, 3 cas pratiques
Le rattachement au dialogue de gestion est explicite du côté de la HAS elle-même : ses travaux sur le recueil du point de vue des personnes accompagnées sont pensés comme des ressources utiles aux ESSMS dans le cadre d’un dialogue de gestion avec les autorités de tarification et de contrôle. Côté ANAP, l’outillage de contractualisation prévoit Une bibliothèque d’objectifs et d’indicateurs fréquemment utilisés par les ARS et Conseils Départementaux et Une fiche de suivi du dialogue de gestion autour d’un nombre restreint d’indicateurs — de quoi transformer un écart relevé par l’évaluateur en objectif contractualisé mesurable, plutôt qu’en simple plan d’action interne resté sans traçabilité. La loi elle-même autorise ce recours : les ESSMS sous CPOM peuvent disposer pour son élaboration et sa mise en œuvre des outils méthodologiques fournis par l’Agence nationale d’appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux et peuvent s’appuyer sur les recommandations de la Haute Autorité de santé. Le contrat qui en résulte définit des objectifs en matière d’activité et de qualité de prise en charge — la case qualité n’est donc pas une option annexe du CPOM, elle est de son objet légal.
Le passage d’un écart d’évaluation à un indicateur suivi dans la durée se travaille en détail dans Indicateurs CPOM : construire son tableau de bord ESMS, qui reprend la logique de la bibliothèque ANAP appliquée à un tableau de bord d’établissement.
Ce que cette articulation change selon les profils
Directeur et directeur adjoint
C’est le directeur qui arbitre le moment où programmer l’évaluation par rapport au calendrier de négociation du CPOM — un choix propre à chaque structure, détaillé en section suivante. Dans un ESAT, le référentiel s’applique avec des adaptations spécifiques que l’article dédié aux adaptations ESAT détaille point par point ; un directeur d’ESAT négociant un CPOM a intérêt à connaître ces adaptations avant de fixer une date d’évaluation dans le contrat. Dans une MAS, où la lourdeur des accompagnements pèse sur le dialogue de gestion, le guide de pilotage MAS montre comment un diagnostic qualité vient nourrir le volet moyens du contrat.
Chef de service
Le chef de service porte souvent le suivi des indicateurs une fois le CPOM signé. Sa tâche se simplifie quand l’objectif contractualisé reprend directement un critère du référentiel plutôt qu’une reformulation maison : la traçabilité entre l’écart relevé en évaluation et l’indicateur suivi en dialogue de gestion devient alors directe, sans double langage entre les deux démarches.
Référent qualité
Le référent qualité anime l’organisation retenue pour piloter la démarche qualité et gestion des risques, et prépare les analyses de satisfaction qui alimentent aussi bien le rapport d’évaluation que le bilan annuel du CPOM. Il est en général le mieux placé pour vérifier, avant la signature ou l’avenant, que la date d’évaluation fixée respecte le délai décrit ci-dessous.
Faire coïncider les deux calendriers
Le calendrier n’est pas laissé à l’appréciation isolée de chaque autorité : La programmation pluriannuelle doit être établie en tenant compte de calendriers d’évaluations prévus dans les CPOM (article D. 312-204 du CASF). Concrètement, un délai d’un an entre la date prévue dans le contrat et l’échéance de transmission du rapport d’évaluation, afin qu’un rapport d’évaluation puisse contribuer au bilan du CPOM doit être respecté — sans cette marge, le rapport arrive trop tard pour nourrir le bilan contractuel.
Deux situations pratiques se présentent. En amont d’une négociation, un rapport d’évaluation pourrait être programmé en amont, pendant la période de diagnostic CPOM, afin d’enrichir les négociations contractuelles : l’écart devient alors un point de négociation avant même la signature. Une fois le contrat signé sans date d’évaluation précisée, Si le CPOM ne prévoit pas de calendrier d’évaluation, l’arrêté de programmation le fixera en tenant compte de la prochaine phase de renouvellement du CPOM. Dans les deux cas, Il n’est pas nécessaire de modifier le CPOM par avenant, l’arrêté étant opposable aux organismes gestionnaires — un point qui évite une renégociation lourde pour un simple ajustement de date.
Le suivi, lui, se fait au fil de l’eau plutôt qu’au seul bilan de fin de contrat : les résultats de la mise en œuvre de la démarche d’amélioration continue de la qualité sont toujours retracés dans le rapport annuel d’activité que les ESSMS adressent à leur(s) ATC, et Les actions engagées dans le cadre de la démarche d’amélioration continue de la qualité mentionnée à l’article L. 312-8 sont mentionnés dans le rapport annuel d’activité des établissements et services concernés. Ce rapport annuel devient ainsi le point de jonction récurrent entre le suivi qualité issu de l’évaluation et le dialogue de gestion du CPOM.
Vers un dialogue de gestion outillé par la donnée qualité
Le cadre juridique s’est stabilisé progressivement : une instruction relative à la mise en œuvre de l’évaluation des activités et de la qualité des prestations délivrées dans les ESSMS (NOR APHA2314755J) précise désormais le cadre applicable à la programmation. Le dispositif produit déjà un volume de données significatif : à l’échelle nationale, la qualité des 45 000 établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESSMS) est obligatoirement évaluée tous les 5 ans, et la HAS dresse un second bilan à l’issue de l’évaluation de 10 015 établissements et services. Le bilan 2025-2026 du dispositif permet de suivre l’évolution de ces chiffres et d’anticiper la pression sur les délais d’obtention d’une date d’évaluation.
Pour les CPOM à venir, la tendance est à un usage plus systématique du rapport d’évaluation comme pièce du diagnostic plutôt que comme obligation parallèle sans lien avec le contrat. Les outils ANAP de bibliothèque d’indicateurs et de fiche de dialogue de gestion vont dans ce sens : ils donnent un langage commun aux deux démarches, qualité d’un côté, contractualisation de l’autre, sans que l’une attende la fin de l’autre pour produire ses effets sur le terrain.
Mini-FAQ : CPOM et évaluation HAS de la qualité
Le rapport d’évaluation HAS doit-il être terminé avant la signature du CPOM ?
Faut-il un avenant au CPOM si la date d’évaluation change après la signature ?
Où retrouve-t-on la trace du suivi qualité issu de l’évaluation pendant la durée du CPOM ?
Sources officielles
- Haute Autorité de santé — Référentiel et manuel d’évaluation de la qualité des ESSMS
- Haute Autorité de santé — Dispositif d’évaluation de la qualité des ESSMS : bilan annuel 2024
- Haute Autorité de santé — Soutenir les ESSMS dans le recueil du point de vue des personnes accompagnées
- Ministère du Travail et des Solidarités — Évaluation de la qualité des ESSMS : présentation de la réforme
- ANAP — Simplifier le CPOM médico-social : une méthode recentrée
- Légifrance — article L. 312-8 du code de l’action sociale et des familles
- Légifrance — article L. 313-12-2 du code de l’action sociale et des familles
- Légifrance — article L. 313-11 du code de l’action sociale et des familles
- Légifrance — article D. 312-203 du code de l’action sociale et des familles





