ESMS (EHPAD, IME, MAS, FAM, SESSAD)

MAS : pilotage, financement et qualité — guide pour directeurs et cadres

7 min de lecture
Partager
MAS : pilotage, financement et qualité — guide pour directeurs et cadres

La Maison d’Accueil Spécialisée (MAS) est l’une des structures médico-sociales les plus intensives en soins et en encadrement. Si son cadre légal et ses critères d’admission sont relativement bien connus, son pilotage opérationnel — financement, CPOM, qualité HAS, réforme SERAFIN-PH — reste souvent opaque pour les équipes de direction. Ce guide synthétise les points incontournables pour diriger ou travailler en MAS.

Le cadre légal fondateur : article L344-1 du CASF

La MAS repose sur un texte fondateur : l’article L344-1 du CASF définit les établissements destinés à recevoir les personnes handicapées adultes n’ayant pu acquérir un minimum d’autonomie et dont l’état nécessite une surveillance médicale et des soins constants. Ce même article précise que les frais d’accueil et de soins sont pris en charge au titre de l’assurance maladie, ce qui distingue la MAS des autres ESMS dont le financement peut impliquer les départements.

La définition opérationnelle complémentaire est donnée par Service-Public.fr : la MAS propose un hébergement permanent à un adulte handicapé gravement dépendant qui n’arrive pas à réaliser seul les actes de la vie courante. Pour être admis, la personne doit avoir besoin d’une tierce personne pour réaliser les actes du quotidien et avoir besoin d’une surveillance médicale et de soins constants.

En termes de protection des ressources des résidents, le forfait journalier ne peut faire descendre les ressources des personnes accueillies au-dessous d’un minimum fixé par décret par référence à l’allocation aux adultes handicapés. Ce plancher est fixé à au minimum 312,48 € par mois laissés à la disposition du résident. Pour une vision complète du parcours d’orientation vers la MAS, le guide MDPH détaille les étapes CDAPH. Pour les spécificités du fonctionnement quotidien et des profils accueillis, l’article MAS : fonctionnement, admission et accompagnement fait référence.

Les MAS en chiffres : poids et dynamique nationale

La France compte, selon les données CNSA, 534 982 places en établissements et services pour personnes handicapées, dont 176 113 places pour les enfants et 358 869 places pour les adultes en 2023. Les MAS, avec les FAM et les établissements d’accueil médicalisé (EAM), forment le segment de prise en charge médicale ou paramédicale, qui représente 18 % des places ESMS pour adultes.

Sur les dix dernières années, près de 42 000 places pour les adultes en situation de handicap ont été créées (hors SAAD), selon les données FINESS au 31 décembre 2023. Cette progression illustre à la fois la montée en charge des besoins et les efforts d’extension de l’offre par les ARS.

Le financement des MAS : OGD, dotation globale et ARS

Le financement des MAS repose entièrement sur l’assurance maladie, via l’Objectif Global de Dépenses personnes handicapées (OGD PH). Selon les données CNSA, cet objectif s’élève à 15,21 milliards d’euros en 2024, soit une hausse de 4,4 % entre 2023 et 2024. Au total, le fonds de financement des ESMS représente 31,6 milliards d’euros en 2024 toutes cibles confondues.

La CNSA notifie chaque année aux ARS leur dotation régionale, que celles-ci répartissent entre établissements. La dotation globale de financement (DGF) est définie réglementairement comme la différence entre la totalité des charges d’exploitation du budget et les autres produits d’exploitation. Elle est versée à chaque MAS par fractions forfaitaires égales au douzième de son montant, soit une réception mensuelle prévisible qui facilite la gestion de trésorerie.

En cas d’absence de dotation arrêtée en début d’année, des acomptes mensuels sont versés sur la base du douzième de la dotation de l’exercice antérieur. Pour les directeurs souhaitant optimiser leur gestion budgétaire, l’article Piloter votre budget ESMS recense les sources de financement complémentaires mobilisables.

Le CPOM : l’outil contractuel central des MAS

Depuis la réforme de tarification publiée au Journal officiel en décembre 2016, plusieurs textes ont fait du CPOM le cadre juridique de droit commun de la contractualisation sur objectifs et de la tarification dans le secteur médico-social. Le CPOM est désormais généralisé dans le secteur des personnes handicapées, où il était jusqu’ici facultatif.

Concrètement, le dispositif législatif fait des contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens (CPOM) le cadre juridique de droit commun de la contractualisation sur objectifs et de la tarification entre la MAS et l’ARS. Il fixe pour une période pluriannuelle (en général 5 ans) les objectifs qualitatifs, les moyens alloués et les engagements mutuels. Pour les directeurs qui négocient ou renouvellent leur CPOM, le guide complet CPOM en ESMS est la ressource de référence. Pour le suivi infra-annuel, l’arrêté du 16 avril sur les tableaux de bord ESMS est analysé dans cet article dédié.

La qualité en MAS : le programme HAS MAS/FAM

La Haute Autorité de Santé (HAS) a développé un programme spécifique de recommandations de bonnes pratiques pour les MAS et FAM. Ce programme s’articule en trois volets :

  • Volet 1 : l’expression, la communication, la participation et la citoyenneté des résidents ;
  • Volet 2 : la vie quotidienne, sociale, la culture et les loisirs ;
  • Volet 3 : le parcours, les formes souples d’accueil, l’articulation avec les autres partenaires et le lien avec les proches.

Ces recommandations constituent le socle de référence pour le projet d’établissement et l’auto-évaluation. Elles doivent être lues en articulation avec le référentiel d’évaluation des ESMS publié par la HAS. Pour préparer une évaluation externe, l’article Évaluation HAS des ESMS : référentiel, critères et préparation détaille les attendus concrets.

SERAFIN-PH : la réforme tarifaire à venir pour les MAS

La réforme SERAFIN-PH (Services et Établissements : Réforme pour une Adéquation des Financements aux Parcours des personnes Handicapées) va transformer en profondeur la tarification des MAS. Son objectif premier : attribuer des budgets équitables aux établissements et services en faisant le lien entre le budget attribué, les caractéristiques des personnes accompagnées et les modalités d’accompagnement.

Pour le calendrier en cours, un fait central : 2026 est l’année blanche pour le déploiement du modèle. Un recueil ciblé est organisé entre mars et début juillet 2026 pour préparer la bascule. À compter du 1er janvier 2027, la réforme entre dans sa phase de déploiement opérationnel pour une période de convergence prévue sur 8 ans.

Les MAS sont directement concernées par cette réforme. Les travaux préparatoires ont montré une mobilisation forte du secteur : 88 % des ESMS répondants, représentant 90 % des solutions installées. Pour comprendre les mécanismes de la nomenclature et les impacts attendus sur le financement des MAS, l’article SERAFIN-PH : comprendre la réforme tarifaire des ESMS est incontournable.

Points de vigilance pour les directeurs et cadres de MAS

Piloter une MAS implique de maîtriser plusieurs enjeux simultanément :

  • Négociation du CPOM : la généralisation du CPOM dans le secteur PH impose d’être en mesure de documenter les objectifs et les indicateurs de résultats pour chaque renouvellement contractuel ;
  • Préparation SERAFIN-PH : l’année en cours est l’année de collecte et d’apprentissage — constituer les données médico-économiques avant le recueil officiel est une priorité ;
  • Qualité HAS : les évaluations quinquennales imposent une démarche continue d’amélioration. Les volets du programme MAS/FAM HAS doivent être intégrés dans le projet d’établissement et non traités ponctuellement ;
  • Gestion RH : la crise d’attractivité du secteur touche directement les MAS, dont les profils soignants (aides-soignants, infirmiers) et éducatifs (AES) sont en tension. Les leviers de fidélisation sont analysés dans notre article sur la crise d’attractivité du médico-social ;
  • Articulation budgétaire : les évolutions budgétaires de la loi de financement de la sécurité sociale ont un impact direct sur les dotations OGD PH. L’article LFSS et le médico-social fait le point.

Mini-FAQ : questions des professionnels des MAS

Quelle différence entre MAS et FAM sur le plan du financement ?
La MAS est intégralement financée par l’Assurance maladie (article L344-1 CASF). Le FAM, lui, a un financement mixte : une partie assurance maladie (soins) et une partie département (hébergement et dépendance). Cette différence a des implications directes sur la négociation des CPOM et sur les indicateurs financiers suivis.
La réforme SERAFIN-PH va-t-elle réduire les budgets des MAS ?
L’objectif de SERAFIN-PH n’est pas de réduire les budgets globaux mais de les redistribuer de façon plus équitable selon le profil et les besoins des résidents. Les MAS accueillant des profils lourdement dépendants devraient théoriquement bénéficier d’une meilleure adéquation entre leurs coûts réels et leur dotation. La convergence est prévue sur une période de 8 ans à compter de janvier du prochain exercice après l’année blanche, laissant du temps à l’adaptation.
Comment fonctionne l’évaluation qualité en MAS ?
Les MAS sont soumises à l’évaluation externe de la HAS, réalisée par des organismes indépendants accrédités tous les 5 ans. La démarche s’appuie sur le manuel d’évaluation de la qualité des ESMS publié par la HAS et sur les recommandations spécifiques du programme MAS/FAM. Les résultats sont rendus publics sur la plateforme HAS.

Sources officielles

Restez à jour sur le secteur du handicap

Recevez chaque semaine les actualités, nouvelles réglementations et guides experts pour les professionnels du médico-social.

  • Veille réglementaire hebdomadaire
  • Guides experts en avant-première
  • Aucune publicité, désinscription en 1 clic

Gratuit. Pas de spam.