Les Centres d’Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS) constituent un maillon essentiel du dispositif d’accueil des personnes en grande détresse sociale. Parmi les personnes hébergées, une fraction significative présente un handicap reconnu ou non reconnu administrativement — une réalité que les professionnels du médico-social doivent maîtriser pour assurer un accompagnement adapté. La convergence entre absence de domicile et situation de handicap crée une double vulnérabilité qui exige des réponses pluridisciplinaires et une coordination renforcée entre acteurs du social, du médico-social et de la MDPH.
Définition légale et missions des CHRS
Les CHRS sont définis par l’article L345-1 du Code de l’action sociale et des familles (CASF). Ils accueillent des personnes et des familles qui connaissent de graves difficultés — économiques, familiales, de logement, de santé ou d’insertion — afin de les aider à accéder ou à recouvrer leur autonomie personnelle et sociale. Leur cadre a été progressivement renforcé par la loi ALUR de 2014 (articles L345-2 à L345-2-5 du CASF) qui a notamment créé des droits renforcés pour les personnes hébergées.
Les principales missions d’un CHRS sont :
- Hébergement d’urgence et de stabilisation : accueil de nuit, accueil de jour, résidences collectives ou appartements diffus
- Accompagnement social global : aide aux démarches administratives (MDPH, CAF, CPAM), ouverture de droits sociaux, accès au logement
- Insertion professionnelle : orientation vers la formation, l’emploi, les dispositifs d’insertion
- Soutien psychologique et médical : accès aux soins de santé physique et mentale, notamment pour les personnes présentant des troubles psychiatriques ou un handicap
- Accompagnement familial : soutien à la parentalité, protection de l’enfance si nécessaire
Selon les données publiées par la DREES, la France comptait environ 837 CHRS pour une capacité totale d’environ 51 900 places au moment du dernier recensement, hébergeant près de 200 000 personnes par an. L’enveloppe budgétaire nationale des CHRS s’établissait à 834 millions d’euros en 2025 (vs 801 M€ en 2024), financés par l’État via les DREETS.
Handicap et sans-abrisme : la réalité de la double vulnérabilité
La question du handicap au sein des CHRS est souvent sous-estimée dans les pratiques professionnelles. Pourtant, les chiffres sont significatifs : selon les enquêtes DREES, environ 11 % des adultes hébergés en CHRS présentent une reconnaissance administrative du handicap (décision MDPH), une proportion qui monte à 17 % pour les personnes de nationalité française. Ces données ne capturent pas les personnes avec handicap non reconnu, estimées bien plus nombreuses (troubles psychiatriques, addictions associées à une déficience, traumatismes crâniens).
La double vulnérabilité — absence de domicile et situation de handicap — résulte souvent de parcours de vie cumulatifs :
- Sorties d’institution sans solution : fin de prise en charge IME à 20 ans sans orientation ESMS adulte disponible, hospitalisations psychiatriques longues durées se terminant sans logement
- Ruptures familiales aggravées par la dépendance et les difficultés de communication
- Pauvreté et précarité amplifiées par l’impossibilité de travailler ou la perte d’emploi liée au handicap
- Difficultés administratives : non-recours aux droits MDPH faute de savoir-faire ou de capacités cognitives
Pour les professionnels CHRS, reconnaître et accompagner ces situations complexes nécessite une connaissance approfondie du dispositif MDPH. Notre guide MDPH 2026 constitue une référence indispensable pour initier ou relancer les démarches de reconnaissance du handicap depuis un contexte CHRS.
Financement et organisation du dispositif CHRS
Les CHRS sont financés par l’État via les DREETS (Directions Régionales de l’Économie, de l’Emploi, du Travail et des Solidarités), anciennement DDCS. Le financement prend la forme d’une dotation globale annuelle, négociée dans le cadre de la politique nationale du Logement d’Abord. Cette dotation couvre les charges de personnel (travailleurs sociaux, éducateurs, psychologues, infirmiers), les coûts d’hébergement et les frais de fonctionnement.
L’accès aux CHRS est organisé via le Service Intégré d’Accueil et d’Orientation (SIAO), dispositif départemental qui centralise les demandes d’hébergement (via le 115) et les oriente vers les structures disponibles. Le SIAO joue un rôle de coordinateur entre :
- Les structures d’hébergement d’urgence (hôtels sociaux, nuitées d’urgence)
- Les CHRS (hébergement de stabilisation et d’insertion)
- Les résidences sociales et pensions de famille
- Les dispositifs de logement adapté (ALT, résidences accueil)
Pour les personnes hébergées présentant un handicap, la coordination entre le SIAO et la MDPH est essentielle mais souvent fragile sur le terrain. Les délais d’instruction MDPH (jusqu’à 4 mois légalement) ne correspondent pas toujours aux temporalités de l’hébergement d’urgence. Des pratiques partenariales formalisées (protocoles MDPH/SIAO, présence de référents MDPH dans les CHRS) commencent à se développer dans plusieurs territoires.
Accompagnement des personnes handicapées en CHRS : spécificités
L’accueil d’une personne en situation de handicap dans un CHRS requiert des adaptations spécifiques qui vont au-delà des pratiques habituelles du travail social :
- Accessibilité physique des locaux : les CHRS anciens ne sont pas toujours accessibles aux personnes à mobilité réduite. L’agenda d’accessibilité programmée s’applique aux établissements recevant du public, y compris les CHRS.
- Adaptation de la communication : utilisation du FALC (Facile à Lire et à Comprendre), recours à des pictogrammes, à la langue des signes (LSF) pour les personnes déficientes auditives, ou à la Communication Alternative et Améliorée (CAA)
- Coordination médicale renforcée : les personnes handicapées ont souvent des besoins de santé non satisfaits lors de leur arrivée en CHRS. Une orientation rapide vers les services de soins adaptés (PASS hospitalière, équipes mobiles psychiatrie-précarité) est indispensable.
- Aide aux démarches MDPH : accompagnement à la constitution du dossier, aide à la rédaction du projet de vie, mobilisation du réseau partenarial (assistants sociaux MDPH, médecins généralistes)
- Articulation avec le secteur médico-social : mobilisation du SAMSAH pour un accompagnement à domicile, demande d’orientation en FAM ou en structure adaptée pour les situations les plus lourdes
Les équipes des CHRS confrontées à des situations de handicap complexes peuvent s’appuyer sur le guide sur l’accompagnement éducatif et social et sur le réseau des professionnels paramédicaux spécialisés présents dans les équipes mobiles ou les ESMS de proximité.
Articulation CHRS, MDPH et structures médico-sociales
La coopération entre le secteur de l’hébergement social (CHRS) et le secteur médico-social (ESMS, MDPH) est un enjeu de coordination majeur. Plusieurs dispositifs permettent de fluidifier ces parcours :
- Les équipes mobiles handicap-précarité (EMHP) : déployées dans certains départements, elles interviennent en CHRS pour évaluer les situations de handicap et faciliter l’orientation vers la MDPH ou les ESMS adaptés
- Les référents MDPH en CHRS : dans les territoires les plus avancés, des agents MDPH interviennent directement dans les structures d’hébergement pour recevoir les dossiers et accompagner les personnes
- Les commissions pluridisciplinaires ARS/DREETS : pour les situations les plus complexes nécessitant une orientation conjointe logement/médico-social
- Les SAMSAH : pour les personnes handicapées en logement diffus (appartements sociaux, hôtels sociaux) nécessitant un accompagnement médico-social à domicile sans hébergement institutionnel
La connaissance de la PCH et de l’AAH est essentielle pour les travailleurs sociaux en CHRS, qui doivent souvent initier des demandes MDPH pour des personnes en situation de non-recours aux droits. La méconnaissance de ces prestations est fréquente parmi les personnes hébergées issues de parcours de précarité longue.
Enjeux et perspectives pour les professionnels
Les professionnels travaillant à l’interface du social et du médico-social font face à plusieurs défis :
- La formation aux spécificités du handicap : les travailleurs sociaux des CHRS ne sont pas toujours formés aux outils d’évaluation du handicap, aux droits MDPH ou à la communication adaptée aux personnes déficientes intellectuelles
- Les délais d’attente en ESMS : une orientation MDPH obtenue ne garantit pas une place disponible en FAM, en MAS ou en foyer de vie dans des délais raisonnables. Des solutions intermédiaires (accueil temporaire, SAMSAH) doivent être mobilisées
- La continuité de l’accompagnement : le passage d’un CHRS vers une structure médico-sociale doit être préparé avec soin pour éviter les ruptures de parcours
- La protection juridique : certaines personnes hébergées nécessitent une mesure de protection (tutelle, curatelle) dont la mise en place prend du temps et conditionne parfois l’accès à certains ESMS
Pour les directeurs d’ESMS dont la structure peut être en lien avec le dispositif d’hébergement, le guide sur le management des ESMS et le guide sur les réformes et législation médico-sociale permettent d’anticiper les évolutions du secteur.
Sources officielles et références
- Article L345-1 du CASF — Légifrance
- Article L345-2 du CASF — Légifrance
- Les personnes hébergées par les CHRS — DREES
- Renforcer les SIAO — info.gouv.fr / DIHAL
- Hébergement d’urgence et CHRS — Service-public.fr
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