Les acouphènes invalidants font l’objet d’une nouvelle recommandation de bonne pratique publiée par la Haute Autorité de santé à la suite d’une autosaisine, mise en ligne le 16 juillet 2026 après une validation par le collège le 18 juin 2026. Pour les équipes de MAS, FAM, foyers de vie et ESAT, ce texte comble un vide concret : en l’absence de parcours de soins coordonné et de consensus sur la prise en charge, le recours à un spécialiste était souvent tardif, avec une errance diagnostique et thérapeutique longue, pour un trouble sensoriel qui pèse sur le sommeil, la concentration et la vie sociale des personnes accompagnées.
Les faits
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L’acouphène correspond à une sensation auditive perçue sans stimulation sonore extérieure — sifflement, bourdonnement, grésillement — qui traduit un dysfonctionnement du système auditif et/ou d’autres structures pouvant interférer avec lui. La recommandation de bonne pratique que la HAS met à disposition des professionnels accompagnant les patients adultes pose une définition à deux étages qu’il ne faut jamais réduire à un seul critère : l’acouphène est persistant s’il est présent depuis au moins six mois, et invalidant s’il affecte de manière significative la qualité de vie — les principaux messages de la HAS précisent qu’il peut aussi affecter l’état de santé du patient. Les deux qualificatifs reposent sur deux logiques distinctes, une durée d’un côté, un retentissement de l’autre, et l’un ne suffit jamais à établir l’autre.
Deux ordres de grandeur coexistent dans ce texte, et les confondre serait une erreur de lecture : l’acouphène concerne 10 à 19 % des adultes, mais seuls 1 à 4 % d’entre eux le considèrent comme suffisamment gênant pour affecter leur qualité de vie. C’est cette seconde proportion, bien plus restreinte, qui correspond à l’acouphène invalidant au sens de la recommandation. Sa prévalence augmente avec l’âge et avec la baisse du niveau d’audition — deux facteurs fréquemment cumulés chez les personnes accompagnées vieillissantes en établissement médico-social.
Sur le plan diagnostique, le diagnostic repose sur une démarche structurée en plusieurs étapes — anamnèse, examen clinique, évaluation fonctionnelle et examen morphologique par imagerie — complétées si besoin par des questionnaires validés comme le Tinnitus Handicap Inventory (THI) pour mesurer la gêne ressentie. La recherche de signes de gravité neurologiques, vasculaires ou otologiques doit être systématique, certaines situations nécessitant une prise en charge en urgence. Une consultation de synthèse, dédiée à l’explication de la physiopathologie de l’acouphène et à la présentation des résultats, permet ensuite d’élaborer avec le patient un projet thérapeutique personnalisé.
Côté traitement, la prise en charge thérapeutique est graduée et personnalisée selon le niveau d’audition et de handicap : les thérapies cognitivo-comportementales sont recommandées dans tous les cas, une thérapie sonore par aides auditives peut être proposée en cas de baisse d’audition associée, et l’indication d’un implant cochléaire est réservée à des situations bien définies. La HAS distingue nettement ce registre de celui d’autres interventions — activité physique adaptée, acupuncture, thérapies manuelles — dont l’efficacité spécifique sur les acouphènes reste à démontrer mais qui ne présentent pas de risque pour la santé, et qui peuvent être discutées dans le cadre du projet de soins, notamment pour la prise en charge des comorbidités. Une approche pluridisciplinaire est recommandée, en particulier pour les patients présentant des vulnérabilités psychologiques, sociales ou médicales, et les associations de patients et la pair-aidance jouent un rôle complémentaire important, dès la première consultation et tout au long de la prise en charge.
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Mise en perspective
En l’absence de parcours de soins coordonné et de consensus sur les stratégies de prise en charge, le recours à un médecin spécialiste était souvent tardif et l’errance diagnostique et thérapeutique pouvait s’avérer longue, avec des conséquences physiques et psychologiques pour le patient. C’est précisément ce vide que vient combler la recommandation, dont l’enjeu principal affiché par la HAS est d’améliorer la qualité de prise en charge des patients présentant des acouphènes. Elle a pour objectifs d’aider les professionnels de santé à structurer la démarche diagnostique et à proposer une stratégie thérapeutique personnalisée, coordonnée et pluriprofessionnelle, en particulier en précisant les étapes de la démarche diagnostique, dont la place des examens complémentaires pour le repérage d’une baisse d’audition associée, et en proposant des modalités de prise en charge thérapeutique personnalisées, coordonnées et adaptées à chaque patient.
Le périmètre de ce texte mérite d’être précisé sans détour. La recommandation vise les adultes présentant des acouphènes invalidants et, plus largement, les associations de patients qui les accompagnent. Elle désigne un point d’entrée clair dans le parcours : les médecins généralistes, qui reçoivent la plainte initiale du patient, ainsi qu’aux médecins ORL, sollicités après orientation selon la complexité du diagnostic. C’est vers eux qu’une équipe médico-sociale oriente en premier lieu. Le texte elle concerne également les radiologues, neurologues, gériatres, médecins du travail, psychologues, psychiatres, dentistes, orthodontistes et audioprothésistes, en complément des professionnels de santé auxquels la HAS la met à disposition. Les établissements et services médico-sociaux accompagnant des personnes en situation de handicap n’y figurent pas comme destinataires nommés. Ce n’est pas une lacune du texte : c’est un rappel de son objet, une recommandation de pratique clinique adressée aux professionnels de santé. Il revient donc aux équipes médico-sociales de faire le lien vers eux, plutôt que d’attendre du texte des instructions qui ne les concernent pas directement.
Impact concret par profil métier
Pour l’accompagnant éducatif et social, l’enjeu est d’abord un enjeu de repérage. Un acouphène est une sensation auditive perçue sans stimulation sonore extérieure, donc invisible pour l’entourage : une personne qui devient irritable, qui dort mal, qui se replie ou qui peine à se concentrer sur une activité peut traverser un épisode devenu invalidant parce qu’il affecte significativement sa qualité de vie, sans qu’aucun signe extérieur ne l’indique directement. Les temps de soins d’hygiène quotidiens, où l’AES est en contact rapproché et répété avec la personne accompagnée, sont souvent le moment où un changement de comportement se remarque en premier. Faire remonter cette observation à l’infirmier ou au chef de service, plutôt que de la rattacher automatiquement à un trouble du comportement déjà connu, c’est ouvrir la voie vers un diagnostic que la personne ne peut pas toujours demander elle-même.
Pour l’infirmier ou l’IDEC, la recommandation donne un vocabulaire clinique partagé pour ne plus confondre gêne passagère et acouphène invalidant. Un acouphène est qualifié de persistant ou chronique dès lors qu’il dure depuis au moins six mois, qu’il soit intermittent ou constant — un repère de durée que l’équipe soignante peut objectiver dans le dossier de la personne accompagnée, notamment via les protocoles de soins déjà en place dans l’établissement. Le rôle de l’IDEC n’est pas de poser le diagnostic qui repose sur une démarche structurée — anamnèse, examen clinique, évaluation fonctionnelle et imagerie, complétée au besoin par des questionnaires validés comme le Tinnitus Handicap Inventory — mais de documenter ce qui doit l’être avant l’orientation vers un médecin, pour raccourcir un parcours jusque-là marqué par l’errance. Le volet paramédical de l’accompagnement en ESMS gagne ici un jalon supplémentaire à intégrer aux transmissions.
Pour le psychologue, la recommandation confirme une intuition de terrain : l’acouphène invalidant n’est pas qu’une question d’oreille. Une approche pluridisciplinaire est recommandée, en particulier pour les patients présentant des vulnérabilités psychologiques, sociales ou médicales, une catégorie qui recoupe une part importante des publics accompagnés en MAS et en FAM. Les thérapies cognitivo-comportementales sont recommandées dans tous les cas, ce qui replace le psychologue au centre du parcours plutôt qu’en simple relais, y compris lorsque la personne accompagnée ne peut pas verbaliser elle-même sa gêne.
Pour le chef de service ou le médecin coordonnateur, la question devient organisationnelle : vers qui orienter, et à quel moment. La recommandation associe au suivi des acouphènes invalidants les radiologues, neurologues, gériatres, médecins du travail, psychologues, psychiatres, dentistes, orthodontistes et audioprothésistes, un réseau de professionnels de santé rarement structuré comme parcours identifié dans les organigrammes médico-sociaux. La mobilisation de l’accès aux soins spécialisés, comme le propose par exemple HandiConsult, devient alors un prérequis concret pour transformer une orientation en rendez-vous effectif. Certaines situations, lorsque des signes de gravité neurologiques, vasculaires ou otologiques sont repérés, nécessitent une prise en charge en urgence : un critère que le chef de service doit pouvoir faire remonter sans délai. Lorsqu’une thérapie sonore par aides auditives est proposée en cas de baisse d’audition associée, le lien avec l’audioprothésiste s’inscrit dans ce même travail de coordination, sans que l’établissement médico-social n’ait vocation à s’y substituer.
Perspectives
Ce que cette recommandation ne fait pas, c’est désigner les établissements médico-sociaux comme maillons du parcours : elle s’adresse aux professionnels accompagnant les patients adultes, et non aux ESMS eux-mêmes. La suite logique, côté handicap, reste donc à construire : formaliser dans les projets personnalisés la manière dont un acouphène invalidant est repéré, documenté puis orienté, et faire correspondre cette vigilance nouvelle avec les nomenclatures existantes, à commencer par la nomenclature SERAFIN-PH des besoins et prestations. Les associations de patients et la pair-aidance, dont le rôle complémentaire est jugé important dès la première consultation et tout au long de la prise en charge, offrent par ailleurs un point d’appui que les équipes médico-sociales connaissent bien pour d’autres troubles sensoriels, et qu’elles peuvent mobiliser de la même manière ici. Reste à surveiller, dans les mois qui viennent, la manière dont les agences régionales de santé et les fédérations du secteur s’empareront — ou non — de ce texte pour outiller concrètement les équipes de terrain, sur un trouble qui, faute de repérage, continue de peser sur le sommeil, la concentration et la vie sociale des personnes accompagnées.
Mini-FAQ : acouphènes invalidants et médico-social handicap
Un acouphène occasionnel doit-il alerter une équipe médico-sociale ?
À qui la recommandation de la HAS s’adresse-t-elle en premier lieu ?
Toutes les prises en charge proposées pour un acouphène ont-elles démontré leur efficacité ?
Sources officielles
- Haute Autorité de santé — Acouphènes invalidants : des clés pour améliorer le diagnostic et la prise en charge des adultes (communiqué)
- Haute Autorité de santé — Acouphènes invalidants chez l’adulte : diagnostic et prise en charge (recommandation de bonne pratique)
- Haute Autorité de santé — Les travaux de la HAS sur les aides auditives





