Le Journal officiel du 29 avril 2026 a publié les arrêtés revalorisant les aides au poste pour les entreprises adaptées et les structures de l’insertion par l’activité économique. Hausse uniforme de +1,18 %, alignée sur le SMIC, avec effet rétroactif au 1er janvier 2026. Une bonne nouvelle technique pour les directions, mais qui ne masque pas le paradoxe budgétaire de la loi de finances 2026 : 22,3 millions d’euros supprimés pour les EA et un repli net des enveloppes IAE. Pour approfondir : le processus d’agrément et de financement d’une EA.
Ce que prévoient les arrêtés du 29 avril 2026
Les arrêtés signés le 13 avril 2026 et publiés au JORF n° 0101 du 29 avril 2026 appliquent l’article L. 5213-19 du Code du travail qui encadre les aides financières allouées aux EA pour compenser les conséquences du handicap dans l’emploi. La revalorisation est strictement mécanique : elle reflète la hausse du SMIC mensuel intervenue le 1er janvier 2026, qui a porté le salaire minimum à 1 823,03 € bruts.
L’application est rétroactive au 1er janvier 2026 : les structures recevront une régularisation versée par l’Agence de services et de paiement (ASP), avec mensualisation maintenue pour les paiements à venir. Cette mécanique d’indexation sur le SMIC est strictement la même qu’en 2025, sans nouveauté de méthode.
Tableau comparatif des aides EA — Métropole
| Type d’aide | Montant 2025 | Montant 2026 | Hausse |
|---|---|---|---|
| EA — TH de moins de 50 ans | 18 230 € | 18 445 € | +215 € |
| EA — TH de 50 à 55 ans | 18 465 € | 18 683 € | +218 € |
| EA — TH de 56 ans et plus | 18 941 € | 19 164 € | +223 € |
| EA — Mise à disposition | 5 293 € | 5 355 € | +62 € |
| EATT — Travail temporaire | 4 854 € | 4 911 € | +57 € |
| CDD Tremplin (aide socle) | 12 453 € | 12 600 € | +147 € |
Tableau comparatif des aides IAE — Métropole
| Structure d’insertion | Montant 2026 |
|---|---|
| Entreprises d’insertion (EI) | 13 461 € |
| Entreprises de travail temporaire d’insertion (ETTI) | 4 837 € |
| Associations intermédiaires (AI) | 1 638 € |
| Ateliers et chantiers d’insertion (ACI) | 24 203 € (dont 1 248 € accompagnement) |
| Entreprises d’insertion par travail indépendant (EITI) | 455 € |
Pour les structures de Mayotte, des montants spécifiques sont fixés. À titre d’exemple, l’aide au poste EA pour un salarié de moins de 50 ans passe de 13 767 € à 14 304 €, soit +537 € (la convergence vers les niveaux métropolitains se poursuit). Le détail complet des montants par tranche d’âge et par dispositif est consultable sur la fiche pratique de service-public.gouv.fr.
Le paradoxe budgétaire 2026 : revalorisation au poste, suppression de l’enveloppe
La revalorisation +1,18 % intervient dans un contexte de net repli budgétaire. Au moment du vote du projet de loi de finances 2026, un amendement transpartisan signé par plus d’une centaine de parlementaires avait obtenu, à l’Assemblée puis au Sénat, la restauration de 22,3 millions d’euros pour ramener les EA au niveau de 2025. Cette restauration a finalement été annulée par le gouvernement dans la version définitive de la loi de finances. Le secteur a documenté l’impact de cette annulation sur les emplois.
Selon les estimations rendues publiques par la note de position de l’UNEA, la suppression des 22,3 M€ représente l’équivalent de 3 097 ETP financés en moins en 2026 : 1 406 postes sur le modèle socle, 1 034 sur les CDD Tremplin, 236 sur les EATT et 321 sur les mises à disposition. Pour la filière EA, le risque est documenté depuis l’automne 2025 et a déjà fait l’objet d’alertes publiques répétées.
Du côté de l’IAE, le repli est tout aussi net. Le budget de l’aide au poste IAE 2026 s’établit à 1,289 milliard d’euros, contre 1,323 milliard projeté en 2025 et une consommation effective de 1,297 milliard l’année dernière. Le nombre d’équivalents temps plein finançables (ETPi) baisse en moyenne de 1,8 %, avec des variations territoriales allant de –3,2 % à +1,4 %. Une nouvelle clé de répartition introduit également un fléchage : 5 % du financement sera désormais indexé sur la part de bénéficiaires du RSA dans les ETPi de chaque structure.
Le contexte macro est lui aussi tendu. Le gel de 215 millions d’euros sur la branche Autonomie intervenu en avril complète le tableau, et fragilise l’ensemble de l’écosystème de l’emploi accompagné en milieu protégé.
Le secteur en chiffres : la photographie 2025 des EA
Selon les données de la DARES, la France compte environ 830 entreprises adaptées actives, qui emploient 58 100 salariés dont 41 100 travailleurs en situation de handicap, soit 71 % des effectifs (au-delà du seuil légal de 55 %). Les effectifs de travailleurs handicapés en EA ont progressé de +9 % depuis 2021. Le profil sociologique reste marqué : 65 % d’hommes contre 50 % dans l’emploi handicapé global, et près d’un salarié sur deux a plus de 50 ans, soit vingt points au-dessus de la moyenne tous statuts confondus.
L’enjeu de la revalorisation se mesure à cette aune : pour une EA-type de 50 ETP en moyenne et avec un effectif majoritairement de moins de 50 ans, le gain brut annuel de la hausse +1,18 % atteint 10 750 € (50 × 215 €). Mais la perte de deux postes financés du fait des coupes nationales représenterait 36 890 € de manque à gagner, soit 3,4 fois le gain de la revalorisation. Pour une direction d’EA, l’arbitrage budgétaire 2026 se joue donc moins sur la revalorisation que sur la défense de l’enveloppe globale.
Le contexte d’emploi des personnes handicapées éclaire encore la donne. Selon les baromètres sectoriels disponibles, le nombre de demandeurs d’emploi en situation de handicap a augmenté de 16 % depuis fin 2022, pour atteindre 527 000 personnes en août 2025. Sur la même période, 62 000 demandeurs d’emploi handicapés se sont ajoutés au stock. Les EA, dont la mission est précisément d’employer durablement les TH les plus éloignés du marché du travail, jouent dans ce contexte un rôle d’amortisseur que le repli budgétaire vient questionner.
Impact concret : ce que ça change pour chaque profil métier
Pour les directeurs et directrices d’EA
Quatre actions à prioriser à court terme. Premièrement, vérifier auprès de l’ASP la bonne prise en compte de la rétroactivité au 1er janvier 2026 (le rappel doit être visible sur les versements de mai ou juin). Deuxièmement, recalibrer la projection EPRD 2026 à la lumière des nouveaux montants et de l’éventuelle perte de plafond d’aide notifiée par la DREETS. Troisièmement, sécuriser le dialogue de gestion avec la DREETS pour défendre le maintien du nombre d’ETP conventionnés. Quatrièmement, capitaliser sur l’articulation aide socle / dispositifs spécifiques en mobilisant pleinement les CDD Tremplin et l’EATT, dont les aides ont été elles aussi revalorisées.
Pour les responsables RH d’EA
Le maintien des dispositifs CDD Tremplin et EATT reste une carte à jouer pour stabiliser les recrutements en milieu protégé tout en préparant la sortie progressive vers le milieu ordinaire. La revalorisation du Tremplin (12 600 €) et de l’EATT (4 911 €) confirme le soutien réglementaire à ces parcours, alors même que l’enveloppe socle se contracte. Pour les RH, l’enjeu est de calibrer la stratégie d’embauche en anticipation de la notification annuelle de la DREETS.
Pour les directions de structures d’insertion par l’activité économique
La revalorisation +1,18 % s’applique aussi aux ACI, EI, ETTI, AI et EITI. Mais la baisse de 1,8 % du nombre d’ETPi finançables et la nouvelle clé bénéficiaires du RSA changent la donne. Les directions doivent revoir le mix de leur effectif (part de bénéficiaires du RSA), anticiper la perte d’enveloppe sur les modules d’accompagnement et activer les expérimentations Sève, Tapaj ou Convergence pour mobiliser les enveloppes complémentaires (70 M€ pour le PIC IAE, 20 M€ pour les expérimentations).
Pour les employeurs du milieu ordinaire et les achats inclusifs
L’échéance de la déclaration DOETH 2026 au 15 mai approche. Les employeurs assujettis peuvent toujours imputer en déduction les achats inclusifs réalisés auprès des EA et des ESAT. C’est un canal de soutien direct au secteur protégé qui reste pleinement opérationnel en 2026, et un levier financier non négligeable face au paradoxe budgétaire de l’année.
Perspectives : trois points à surveiller jusqu’à fin 2026
Trois échéances structureront la fin d’année. La première porte sur la traduction opérationnelle de la stratégie CAP 2030 portée par l’UNEA, qui doit poser les jalons d’un nouveau pacte d’ambition succédant au dispositif 2018-2025. Plusieurs scénarios sont sur la table, dont un conditionnement renforcé des aides à la sortie en milieu ordinaire. La deuxième échéance concerne la conférence nationale du handicap de juin 2026, dont les six chantiers couvriront notamment l’emploi accompagné et l’inclusion. La troisième porte sur le projet de loi de finances 2027, dont les arbitrages débuteront cet été et qui devra trancher la question structurelle du financement des EA dans la durée.
Pour les directions, la check-list 2026 tient en cinq points : sécuriser le versement de la rétroactivité ASP, mobiliser pleinement les CDD Tremplin et EATT revalorisés, défendre le nombre d’ETP conventionnés au dialogue de gestion DREETS, prospecter activement les achats inclusifs auprès des employeurs assujettis OETH, et préparer la documentation chiffrée d’impact pour les arbitrages PLF 2027.
Questions fréquentes
Quand les EA recevront-elles la régularisation rétroactive ?
La revalorisation s’applique-t-elle aux EATT et CDD Tremplin ?
Quelle est la différence entre la revalorisation et l’enveloppe globale ?
Sources officielles
- JORF n° 0101 du 29 avril 2026 (Légifrance)
- Article L. 5213-19 du Code du travail
- Ministère du Travail — Entreprises adaptées et EATT
- Service-public.gouv.fr — Aides au poste EA revalorisées 2026
- Info.gouv.fr — Revalorisation du SMIC au 1er janvier 2026
- DARES — Obligation d’emploi des travailleurs handicapés 2024
- UNEA — Note de position PLF 2026 (PDF)
Pour mieux comprendre les différences structurelles entre ESAT et EA — statut des travailleurs, rémunération, droits sociaux et passerelles — consultez notre tableau comparatif ESAT et EA pour les familles et les professionnels.
