SI Honorabilité ESMS handicap 2026
Organisation & Gouvernance

SI Honorabilité étendu au handicap : ce qui s’applique aux ESMS dès avril 2026

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Le décret étendant le Système d’information (SI) Honorabilité au champ du handicap, du grand âge et de la protection juridique des majeurs est entré en application le 1er avril 2026. Déjà généralisé depuis le 1er octobre 2025 dans la protection de l’enfance et la petite enfance, ce dispositif va désormais s’imposer progressivement, jusqu’au 1er juin 2030, à l’ensemble des professionnels et bénévoles qui exercent auprès de publics vulnérables adultes. Pour les directions d’EHPAD, de MAS, de FAM, d’IME, de SESSAD, d’ESAT et de services à domicile, cela signifie un contrôle systématique des antécédents judiciaires avant chaque recrutement, un renouvellement tous les trois ans et une refonte des procédures RH. Le Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH) a rendu un avis favorable, tout en pointant plusieurs conditions de réussite. Décryptage de ce qui change concrètement pour les établissements.

Les faits : un SI Honorabilité qui entre dans le champ de l’autonomie

Le SI Honorabilité a été créé par l’arrêté du 19 avril 2021 et renforcé par la loi n° 2024-317 du 8 avril 2024 portant mesures pour bâtir la société du bien vieillir et de l’autonomie. Jusqu’ici réservé aux professionnels et bénévoles intervenant auprès de mineurs (crèches, aide sociale à l’enfance, accueil collectif), le dispositif s’étend désormais aux secteurs du handicap, du grand âge et de la protection juridique des majeurs. Le décret publié début 2026 fixe un calendrier de déploiement en plusieurs phases, entre le 1er avril 2026 et le 1er juin 2030. La date précise d’entrée en vigueur pour chaque catégorie d’établissement sera précisée par arrêté ministériel au fil de la montée en charge technique de la plateforme.

Le principe est simple : toute personne exerçant ou se portant candidate à un emploi ou à un bénévolat dans un établissement social ou médico-social relevant des articles L. 133-6 et suivants du Code de l’action sociale et des familles devra obtenir une attestation d’honorabilité délivrée via le portail honorabilite.social.gouv.fr. L’outil interroge automatiquement le bulletin n° 2 du casier judiciaire et le Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles et violentes (FIJAISV). Si aucune condamnation incompatible n’est détectée, l’attestation est délivrée en quelques minutes via FranceConnect. Dans le cas contraire, le préfet ou le président du conseil départemental est alerté et l’employeur reçoit une information explicite sur l’incompatibilité, sans pour autant connaître le détail de l’infraction.

Selon le ministère du Travail, des Solidarités et des Familles, plus de 747 000 attestations ont déjà été délivrées dans les secteurs petite enfance et protection de l’enfance depuis la première phase de déploiement, et 3 711 refus ont été opposés à des demandes présentant des antécédents incompatibles. L’extension au secteur de l’autonomie devrait, à terme, concerner plusieurs centaines de milliers de professionnels supplémentaires, sachant que la branche Autonomie représente près d’1,3 million de salariés en France, sans compter les bénévoles et les intervenants ponctuels.

Mise en perspective : répondre à une attente ancienne du secteur

L’extension du SI Honorabilité au handicap et au grand âge est saluée par le CNCPH comme une avancée structurelle en matière de prévention de la maltraitance. Dans son avis rendu en avril 2026, le Conseil rappelle que l’article L. 119-1 du Code de l’action sociale et des familles, issu de la loi Bien vieillir, a consacré une définition officielle de la maltraitance dans les secteurs sanitaire, social et médico-social. Le contrôle d’honorabilité s’inscrit dans le prolongement direct de ce cadre, aux côtés du dispositif SIRENA et du numéro national 3119 de signalement.

Avant ce décret, les établissements du champ handicap et grand âge n’avaient pas d’obligation uniforme de vérification des antécédents judiciaires de leurs salariés : certaines directions demandaient ponctuellement le bulletin n° 3, d’autres s’en remettaient à la déclaration sur l’honneur. Le Défenseur des droits et plusieurs rapports parlementaires avaient à plusieurs reprises pointé cette fragilité, notamment après la médiatisation de faits de maltraitance dans des établissements accueillant des adultes en situation de handicap ou des personnes âgées dépendantes. La mise en place d’une plateforme unique, automatisée et interconnectée avec les fichiers judiciaires vient combler ce vide réglementaire.

Le CNCPH a toutefois assorti son avis favorable de plusieurs réserves : il insiste sur la nécessité d’un accompagnement des petites structures dépourvues de service RH dédié, d’une information claire aux usagers et aux familles, et d’un dispositif de recours pour les professionnels concernés par une inscription au FIJAISV faisant l’objet d’une contestation. Le Conseil souligne également l’importance de distinguer, dans la procédure, les condamnations définitives incompatibles des simples inscriptions pour mise en examen, afin de ne pas présumer la culpabilité d’un salarié dont le dossier est en cours d’instruction.

Impact concret par métier et par structure

Pour les directions d’ESMS et de services à domicile, la conformité au SI Honorabilité suppose de refondre les procédures de recrutement. Chaque embauche devra désormais être conditionnée à la présentation d’une attestation datant de moins de six mois. Le renouvellement est fixé à trois ans pour les salariés et à cinq ans pour les assistants familiaux et maternels. Concrètement, les services RH devront intégrer une étape de vérification systématique dans leur workflow d’embauche, documenter la traçabilité de la vérification, et mettre à jour les contrats-types pour y intégrer une clause de présentation de l’attestation. La question du suivi des bénévoles, particulièrement nombreux dans les associations gestionnaires, représente un chantier organisationnel spécifique.

Pour les salariés et bénévoles déjà en poste, le décret prévoit un contrôle rétroactif progressif : les établissements auront un délai fixé par arrêté pour obtenir l’attestation de l’ensemble de leurs personnels en fonction au moment de l’entrée en vigueur, sans rupture de contrat de travail pendant la phase de transition. La procédure est volontaire côté salarié (via FranceConnect) et contrôlée côté employeur. Si un professionnel refuse de transmettre son attestation, l’employeur s’expose à un manquement à son obligation de sécurité. À l’inverse, l’absence de délivrance de l’attestation — signe d’une incompatibilité — entraîne une procédure disciplinaire encadrée, qui peut aller jusqu’au licenciement pour cause réelle et sérieuse, dans le respect des garanties prévues par le Code du travail.

Pour les professionnels de terrain — AES, infirmiers coordinateurs, éducateurs spécialisés, moniteurs-éducateurs, aides à domicile —, la démarche se veut simple : connexion sur le portail officiel, identification FranceConnect, réception de l’attestation par voie dématérialisée. Le traitement est automatique pour la majorité des demandes. Les cas complexes (homonymie, infraction ancienne, décision d’amnistie) font l’objet d’une instruction manuelle par les services préfectoraux. Le délai cible annoncé est de 15 jours, mais les premiers retours du secteur petite enfance font état de délais parfois plus longs lors des pics de dépôt.

Pour les ESAT, la question se pose de manière spécifique : l’obligation concerne les encadrants (moniteurs d’atelier, chefs d’atelier, personnels administratifs et médico-sociaux), et non les travailleurs en situation de handicap eux-mêmes, qui sont les bénéficiaires du service. Cette distinction est importante et devra être clairement expliquée aux équipes pour éviter toute confusion ou sentiment de contrôle indu sur les travailleurs handicapés.

Perspectives : RGPD, conduite du changement et outillage

Le SI Honorabilité est un traitement de données personnelles qui relève pleinement du Règlement général sur la protection des données. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) avait rendu un avis favorable au dispositif dès 2021, en conditionnant son accord au principe de minimisation : l’employeur n’a pas accès au détail des condamnations, mais seulement à une information binaire (compatible / incompatible). Les directions d’ESMS devront en tenir compte dans la mise à jour de leur registre des traitements, de leur Privacy Impact Assessment et de l’information des salariés prévue par l’article 13 du RGPD. Il faudra notamment préciser la base légale du traitement (obligation légale au sens de l’article 6-1-c du RGPD) et la durée de conservation des preuves de vérification.

La réussite du dispositif dépendra largement de la conduite du changement dans les établissements. Pour les structures confrontées à une crise d’attractivité et de fidélisation, l’ajout d’une étape supplémentaire dans le recrutement peut paraître contraignant, alors même que certains postes restent vacants plusieurs mois. Les fédérations professionnelles demandent un outillage simplifié, un accompagnement financier pour les petites structures, et une articulation claire avec les procédures déjà en place (vérification d’inscription à l’Ordre pour les professions paramédicales, par exemple). La DGCS devrait publier dans le courant du 2e trimestre 2026 un guide opérationnel à destination des directions, précisant les modèles de documents RH à utiliser et la procédure de traitement des refus.

Enfin, le calendrier de déploiement progressif jusqu’au 1er juin 2030 laisse aux directions un délai pour organiser la mise en conformité. Celles qui intégreront ce nouveau contrôle dans leur démarche qualité HAS — en le reliant à la prévention de la maltraitance et à la gestion des risques RH — feront d’une contrainte réglementaire un levier de pilotage. Le contrôle d’honorabilité devient, aux côtés du plan bleu, de la politique de bientraitance et du document unique d’évaluation des risques, l’un des piliers d’une gouvernance d’établissement aligné avec les attentes du référentiel HAS v2.

Quels professionnels sont exactement concernés par l’obligation d’honorabilité dès avril 2026 ?
L’obligation s’applique à tous les professionnels et bénévoles exerçant en contact direct avec des publics vulnérables dans les établissements et services sociaux et médico-sociaux mentionnés à l’article L. 312-1 du CASF. Cela couvre notamment les EHPAD, MAS, FAM, IME, ITEP, SESSAD, SAVS, SAMSAH, ESAT (pour les encadrants uniquement), services d’aide et d’accompagnement à domicile, ainsi que les services tutélaires. Le calendrier précis de montée en charge par type d’établissement est fixé par arrêté ministériel, entre le 1er avril 2026 et le 1er juin 2030.
Quelles infractions entraînent un refus d’attestation d’honorabilité ?
Le SI Honorabilité consulte le bulletin n° 2 du casier judiciaire et le FIJAISV. Sont considérées comme incompatibles les condamnations définitives pour crimes ou délits contre les personnes (notamment violences, atteintes sexuelles), les infractions à la législation sur les stupéfiants, les atteintes à la probité et certains délits spécifiques prévus par les articles L. 133-6 et L. 411-1 du CASF. L’employeur reçoit uniquement une information binaire (compatible / incompatible) sans détail de l’infraction, conformément au principe de minimisation posé par la CNIL.
Quelle procédure pour les salariés déjà en poste au 1er avril 2026 ?
Le décret prévoit un contrôle rétroactif étalé dans le temps. Les établissements auront un délai — fixé par arrêté selon leur catégorie — pour recueillir l’attestation de l’ensemble de leurs personnels déjà en fonction, sans rupture de contrat pendant la phase transitoire. Les directions doivent organiser une campagne de vérification interne, documenter la démarche dans leur registre des traitements RGPD, et prévoir une procédure encadrée en cas de refus d’attestation, respectant les garanties du Code du travail.

Sources officielles et ressources complémentaires

Pour aller plus loin sur soshandicap.com

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Rédaction SOS Handicap

Média et support de référence professionnelle du secteur du handicap en France. Contenus experts rédigés et vérifiés par des professionnels du médico-social.

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