Emploi culturel et handicap : c’est l’enjeu du rapport remis ce jour à la ministre de la Culture et à la ministre chargée de l’Autonomie. Commandée pour dresser un état des lieux inédit, cette mission formule des pistes concrètes pour ouvrir aux personnes en situation de handicap l’ensemble des métiers artistiques, techniques et culturels — un sujet qui concerne directement les employeurs et les accompagnants médico-sociaux qui orientent vers ces filières.
Les faits
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Ce texte s’adresse en particulier aux professionnels qui, au quotidien, orientent des personnes accompagnées vers des activités artistiques ou vers un emploi dans le secteur culturel, ou qui nouent des partenariats avec des structures culturelles.
Catherine Pegard, ministre de la Culture, et Camille Galliard-Minier, ministre chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées, ont reçu ce jour le rapport de Laetitia Bernard consacré à l’accès des personnes en situation de handicap aux emplois culturels. Le document est consultable dans son intégralité sur le site du ministère chargé du Handicap.
Confiée en février 2026, cette mission devait, pour la première fois, dresser un état des lieux de l’emploi des personnes en situation de handicap dans l’ensemble des secteurs culturels, et proposer des mesures concrètes pour lever les freins à leur accès aux métiers artistiques, techniques et culturels. Le rapport complet, disponible sur le site du ministère de la Culture, détaille secteur par secteur les obstacles identifiés.
Le constat qui a motivé cette commande reste sévère : les personnes en situation de handicap restent fortement sous-représentées dans les emplois culturels, en particulier dans le secteur privé et parmi les intermittents du spectacle. C’est ce diagnostic qui a guidé la liste des recommandations remises aux deux ministres.
Les 17 recommandations formulées par Laetitia Bernard invitent à agir tout au long du parcours : dès l’accès aux pratiques artistiques et aux formations, puis dans le recrutement, les conditions de travail et le déroulement des carrières. Parmi elles : Elles proposent notamment d’adapter le régime de l’intermittence aux contraintes spécifiques des professionnels du spectacle en situation de handicap — un chantier qui concerne au premier chef les employeurs et les structures qui orientent vers ces métiers.
Dans leurs réactions à la remise du rapport, les deux ministres resituent l’enjeu. « Pendant longtemps, nos politiques culturelles ont travaillé à ouvrir les portes de nos institutions à tous les publics. Le rapport de Laetitia Bernard nous invite désormais à regarder les coulisses, ces écoles, ces plateaux, ces régies et ces bureaux où la culture se pense et se fabrique. Une société pleinement inclusive se mesure autant à la possibilité d’assister à une œuvre qu’à celle de la créer, de la produire, de la transmettre ou de la diriger. L’enjeu n’est donc pas de faire une place aux personnes en situation de handicap dans la culture : il est de permettre à notre culture de bénéficier pleinement de tous les talents. », résume Catherine Pegard.
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La ministre chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées insiste, elle, sur le volet professionnel de cette accessibilité. « L’accessibilité doit être universelle, et pour la culture, cela signifie que les personnes en situation de handicap doivent avoir accès aux œuvres et aux contenus culturels, mais aussi pouvoir devenir des professionnels de secteur culturel. Le rapport de Laëtitia Bernard nous permet d’identifier les actions concrètes pour tenir cette promesse. », déclare Camille Galliard-Minier.
Mise en perspective
La remise de ce rapport s’inscrit directement dans les engagements pris lors de la Conférence nationale du handicap (CNH) du 4 septembre 2026. Elle prolonge une dynamique déjà engagée : depuis la précédente CNH de 2023 : le Pass Culture est désormais conforme au référentiel général d’amélioration de l’accessibilité (RGAA), une avancée numérique qui facilite l’accès aux contenus culturels pour les publics en situation de handicap.
Un autre chantier structurant progresse en parallèle : le portail national de l’édition accessible et adaptée sera finalisé et opérationnel à compter de 2028, comme le précise la synthèse gouvernementale des suites données à la Conférence nationale du handicap. Pris ensemble, ces chantiers dessinent une trajectoire où l’inclusion en milieu ordinaire reste l’horizon poursuivi par les politiques publiques, y compris dans le secteur culturel — un principe déjà détaillé dans notre guide sur l’inclusion en milieu ordinaire. Pour les professionnels du médico-social, cette continuité est un repère utile : elle indique que le secteur culturel rejoint, avec quelques années de décalage, une trajectoire déjà empruntée par d’autres secteurs en matière d’accessibilité et d’emploi.
Impact concret par profil métier
Au-delà de l’annonce, ce rapport touche concrètement plusieurs métiers du médico-social qui, sans être directement des métiers de la culture, en sont des interlocuteurs réguliers : recrutement, orientation professionnelle, partenariats avec des structures culturelles, veille sur les évolutions réglementaires du secteur.
Pour les directeurs d’ESAT et d’entreprises adaptées
Pour les directeurs de structures qui orientent des travailleurs handicapés vers des métiers artistiques ou techniques — régie, décor, costume, médiation culturelle —, le rapport invite à une veille resserrée sur l’évolution du régime de l’intermittence, dont l’adaptation aux contraintes spécifiques des professionnels du spectacle en situation de handicap est explicitement proposée. Ces structures restent par ailleurs directement concernées par l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés, un cadre déjà détaillé dans notre guide sur l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés, ainsi que par les obligations qui pèsent sur les employeurs en matière d’accessibilité de l’emploi. La façon de décompter les unités bénéficiaires de l’obligation d’emploi se posera d’ailleurs avec une acuité particulière pour les recrutements dans des métiers techniques peu couverts jusqu’ici, comme le rappelle notre article sur le décompte des unités bénéficiaires.
Concrètement, plusieurs réflexes deviennent utiles :
- recenser les postes techniques et artistiques ouverts par les partenaires culturels du territoire ;
- anticiper l’évolution annoncée du régime de l’intermittence dans les plans d’accompagnement vers l’emploi ;
- formaliser des conventions de stage ou de mise en situation professionnelle avec des lieux de création et de diffusion.
Pour les chargés d’insertion professionnelle
Les chargés d’insertion professionnelle qui accompagnent des candidats vers les métiers culturels devront eux aussi ajuster leurs pratiques. Le rapport prévoit d’accompagner les établissements d’enseignement supérieur culturel dans la transformation de leurs pratiques, ce qui ouvre potentiellement de nouveaux points d’entrée pour des parcours de formation aujourd’hui peu investis. Pour construire ces parcours, mieux connaître les dispositifs de financement mobilisables, notamment ceux de l’emploi accompagné, devient une compétence à part entière. Ces professionnels gagneront aussi à s’appuyer sur une méthode déjà éprouvée pour structurer un plan d’inclusion professionnelle adapté à ces nouveaux enjeux culturels.
- cartographier les établissements d’enseignement supérieur culturel engagés dans cette transformation ;
- mobiliser les dispositifs de financement de l’emploi accompagné dès la phase de projet professionnel ;
- documenter les freins rencontrés sur le terrain pour nourrir le suivi de ces recommandations.
Pour les responsables de vie sociale et d’animation
Même lorsqu’ils ne sont pas en première ligne du recrutement, les responsables de vie sociale et les animateurs jouent un rôle charnière : ce sont souvent eux qui font découvrir la pratique artistique aux personnes accompagnées, bien avant qu’un projet professionnel culturel ne se dessine. Nouer des partenariats réguliers avec des structures culturelles locales — ateliers, résidences, médiathèques, salles de spectacle — permet de faire émerger ces projets plus tôt et de les relayer, le moment venu, vers les chargés d’insertion professionnelle ou les directeurs d’établissement.
Perspectives
Le calendrier des chantiers ouverts par la CNH s’échelonne sur plusieurs années. La CNH prévoit ainsi d’engager dès cette année un chantier pour lever les freins à l’accès au statut d’intermittent, de mieux rendre accessibles les espaces professionnels de création et de diffusion, soit dès 2026 pour les employeurs et structures d’accompagnement qui recrutent ou orientent vers ces filières. Le mouvement s’étend ensuite à d’autres secteurs : Un plan national d’accessibilité des salles de cinéma, piloté par le CNC, est déployé jusqu’en 2029, afin notamment de développer les séances sous-titrées et audiodécrites, de mieux informer les publics et de former les professionnels. Pour les équipes qui structurent l’accompagnement vers l’emploi, cela signifie anticiper le calendrier détaillé publié par le ministère chargé du Handicap plutôt que d’attendre les textes d’application.
Dans l’intervalle, rien n’empêche les établissements de s’organiser dès maintenant : désigner un référent chargé de suivre ces chantiers, inscrire leur échéancier dans les projets d’établissement, et préparer le dialogue avec les partenaires culturels du territoire avant que les dispositifs ne soient stabilisés. C’est souvent à ce stade, en amont des textes d’application, que les structures les plus préparées prennent une longueur d’avance.





