Emploi & OETH

OETH et inaptitude : sécuriser le reclassement du salarié handicapé

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OETH et inaptitude : sécuriser le reclassement du salarié handicapé

OETH et inaptitude : le reclassement du salarié handicapé engage la responsabilité juridique et budgétaire de l’employeur dès l’avis du médecin du travail. Entre l’obligation de rechercher un poste adapté, les délais de reprise du salaire et l’incidence sur les effectifs décomptés au titre de l’obligation d’emploi, chaque étape doit être sécurisée pour éviter le contentieux.

Le constat d’inaptitude par le médecin du travail : ce que contient l’avis

L’avis d’inaptitude n’est jamais un acte isolé : il est l’aboutissement d’une instruction encadrée. Avant de se prononcer, le médecin du travail doit réaliser une étude du poste occupé par le salarié, afin de vérifier l’adéquation entre les conditions de travail et son état de santé. Il doit également échanger avec l’employeur et lui faire part de ses propositions sur un éventuel changement de poste. Cette phase d’instruction conditionne la suite : un avis rendu sans ces échanges expose la procédure à la contestation.

Sur le plan médical, le médecin du travail peut demander des examens complémentaires et réaliser un 2ème examen médical, au plus tard 15 jours après le premier examen. Il se prononce également sur la possibilité de suivre une formation pour occuper un emploi adapté — une indication précieuse pour orienter la recherche de reclassement qui va suivre. Enfin, le licenciement pour inaptitude intervient après avis médical de la médecine du travail indiquant que le salarié est inapte à poursuivre son activité professionnelle : aucune rupture du contrat ne peut anticiper ou contourner ce constat.

L’obligation de reclassement : périmètre, conditions et cas de dispense

Une fois l’inaptitude constatée, l’employeur doit proposer un autre emploi correspondant à vos capacités. Cette obligation, précisée par l’article L1226-10 du Code du travail, impose que la proposition porte sur un autre emploi approprié à ses capacités, au sein de l’entreprise ou des entreprises du groupe auquel elle appartient le cas échéant. Concrètement, le reclassement doit être recherché parmi les emplois disponibles dans l’entreprise, tous établissements et tous secteurs confondus. Si l’entreprise appartient à un groupe, la recherche s’étend aux entreprises situées en France dont l’organisation permet un échange de tout ou partie du personnel.

Le médecin du travail n’est pas un simple spectateur de cette recherche : il peut proposer des adaptations de l’emploi occupé ou des pistes de reclassement professionnel que l’employeur doit prendre en compte. Côté procédure interne, la proposition de reclassement doit être formulée après avis du comité social et économique (CSE) — une consultation qui ne peut être escamotée sans fragiliser le licenciement ultérieur. Pour une méthode structurée de recherche de poste, voir les 5 étapes pour sécuriser un reclassement professionnel.

L’obligation de reclassement n’est pas une obligation de résultat perpétuelle : elle est réputée satisfaite lorsque l’employeur a proposé un emploi, en prenant en compte l’avis et les indications du médecin du travail. À l’inverse, l’employeur est dispensé de rechercher un poste de reclassement si l’avis d’inaptitude mentionne l’un des deux points suivants :

  • Votre maintien dans un emploi serait gravement préjudiciable pour votre santé
  • Votre état de santé vous rend inapte à toute activité professionnelle

Si aucune de ces deux situations ne s’applique et qu’aucun poste n’est trouvé, l’employeur doit faire connaître par écrit les motifs qui s’opposent au reclassement. Sur la durée de cette recherche, aucun délai minimal ou maximal légal n’est imposé pour remplir l’obligation de reclassement — ce qui n’exonère pas l’employeur de diligence, cette absence de délai pouvant être retenue contre lui en cas de contentieux.

Impact concret par profil : DRH, manager de proximité, service paie

DRH : sécuriser la traçabilité du dossier

Pour la DRH, la vigilance porte sur la traçabilité de la procédure : avis du CSE consigné, motifs écrits en cas d’impossibilité, et respect du périmètre de recherche élargi au groupe le cas échéant. Le salarié peut par ailleurs être accompagné dans sa recherche de reclassement par les services de santé au travail, par Cap emploi ou France Travail — un relais que la DRH a intérêt à mobiliser tôt dans le dossier.

Manager de proximité : l’aménagement de poste au quotidien

Le manager de proximité est souvent le premier interlocuteur du salarié de retour d’arrêt. Son rôle rejoint directement l’obligation d’adaptation : l’employeur doit faire en sorte que toutes les dispositions soient prises pour vous permettre de conserver votre emploi et de travailler dans de bonnes conditions, via un aménagement de poste, d’horaires. Sur le terrain, cela peut passer par une réorganisation des horaires, une réaffectation partielle des tâches ou, pour certains postes, par un aménagement du télétravail — voir le dossier sur l’aménagement de poste et le télétravail.

Service paie : délais et indemnités à surveiller

C’est le service paie qui matérialise l’issue du dossier sur le bulletin de salaire. La règle est en deux temps : en l’absence de reclassement et de rupture de votre contrat à la fin de ce délai d’un mois, l’employeur doit vous verser le salaire correspondant à l’emploi que vous occupiez avant votre inaptitude. Le texte réglementaire le formule ainsi : à l’issue d’un délai d’un mois à compter de la date de l’examen médical de reprise du travail, le salarié déclaré inapte n’est pas reclassé dans l’entreprise ou s’il n’est pas licencié, l’employeur lui verse, dès l’expiration de ce délai, le salaire. Cette reprise de versement n’est pas une option : elle s’impose tant qu’aucune des deux issues — reclassement ou rupture — n’est intervenue.

En cas de licenciement, le montant de l’indemnité dépend de l’origine de l’inaptitude, professionnelle ou non :

Origine de l’inaptitudeCondition d’anciennetéMontant de l’indemnité de licenciement
inaptitude d’origine professionnelle, c’est-à-dire accident du travail ou d’une maladie professionnelleIndemnité spéciale de licenciement, au moins égal au double de l’indemnité légale de licenciement
Inaptitude d’origine non professionnelleau moins 8 mois d’ancienneté ininterrompusau moins égal à l’indemnité légale de licenciement

Lorsque l’inaptitude est d’origine professionnelle, l’indemnité journalière versée par la caisse court jusqu’au jour de la date de licenciement ou de reclassement du bénéficiaire, ce qui impose un suivi croisé entre le service paie et les indemnités journalières de la sécurité sociale pour éviter tout doublon ou rupture de ressources. Pour les inaptitudes consécutives à un accident du travail chez un salarié RQTH, voir aussi les obligations OETH spécifiques en cas d’accident du travail.

Mise en œuvre : la chronologie pas à pas, du constat à l’issue

  1. Examen médical de reprise, puis si nécessaire un 2ème examen médical, au plus tard 15 jours après le premier examen.
  2. Étude de poste et échange entre le médecin du travail et l’employeur sur un éventuel changement de poste.
  3. Avis d’inaptitude rendu, précisant le cas échéant l’une des mentions de dispense de reclassement.
  4. Recherche de reclassement dans le périmètre entreprise et groupe, tous établissements et tous secteurs confondus, après avis du comité social et économique (CSE).
  5. Proposition au salarié d’un emploi correspondant à vos capacités, conforme aux indications du médecin du travail.
  6. Si aucun poste n’est trouvé : notification par écrit les motifs qui s’opposent au reclassement.
  7. À l’issue du délai d’un mois : reclassement, licenciement, ou reprise du versement du salaire faute des deux premières issues.
  8. Le cas échéant, versement des indemnités de licenciement selon l’origine, professionnelle ou non, de l’inaptitude.

Lorsqu’aucune solution de reclassement n’aboutit, certains employeurs et salariés envisagent une issue négociée, distincte du licenciement pour inaptitude : voir les précautions à connaître pour une rupture conventionnelle chez un salarié RQTH.

Perspectives : maintien en emploi, RQTH et incidence sur l’OETH

Au-delà du traitement individuel du dossier, l’inaptitude interroge la politique de maintien en emploi de l’entreprise. Peut solliciter la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé toute personne dont les possibilités d’obtenir ou de conserver un emploi sont réduites en raison de la dégradation au moins d’une fonction physique, sensorielle, mentale ou psychique. Cette reconnaissance ouvre des droits : pour le détail, voir les droits concrets après l’obtention de la RQTH et le guide pratique employeur sur le maintien en emploi.

Sur le plan des effectifs, le dossier a une incidence directe pour les employeurs assujettis à l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés (OETH), qui impose à toute entreprise d’au moins 20 salariés d’employer des travailleurs handicapés à hauteur de 6 % de l’effectif moyen annuel. Or les travailleurs reconnus handicapés (RQTH) par la commission des droits et de l’autonomie figurent parmi les bénéficiaires décomptés au titre de cette obligation : maintenir en emploi — plutôt que licencier — un salarié RQTH déclaré inapte, lorsque le reclassement le permet, contribue directement au taux d’emploi de l’entreprise. Pour une vue d’ensemble, voir le guide complet de l’OETH.

Les employeurs publics disposent d’un cadre voisin ; consultez notre dossier dédié sur le reclassement pour inaptitude et les aides FIPHFP mobilisables dans la fonction publique.

Mini-FAQ : OETH, inaptitude et reclassement

Au bout de combien de temps l’employeur doit-il reprendre le versement du salaire ?
À l’issue d’un délai d’un mois à compter de la date de l’examen médical de reprise du travail, si le salarié déclaré inapte n’est pas reclassé dans l’entreprise ou s’il n’est pas licencié, l’employeur lui verse, dès l’expiration de ce délai, le salaire correspondant à son emploi antérieur.
L’employeur peut-il être dispensé de rechercher un reclassement ?
Oui, dans deux cas prévus par l’avis d’inaptitude : lorsque le maintien dans un emploi serait gravement préjudiciable pour votre santé, ou lorsque l’état de santé vous rend inapte à toute activité professionnelle.
Quelle indemnité en cas de licenciement pour inaptitude d’origine professionnelle ?
Le salarié perçoit une indemnité spéciale de licenciement, dont le montant est au moins égal au double de l’indemnité légale de licenciement (sauf dispositions conventionnelles plus favorables).

Sources officielles

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