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Forfait surdicécité PCH : barème, montants 2026 et évaluation MDPH

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Forfait surdicécité PCH : barème, montants 2026 et évaluation MDPH

La surdicécité est une combinaison de déficience visuelle et auditive où les deux sens ne peuvent pas se compenser mutuellement. Touchant entre 4 500 et 6 500 personnes en France selon le Centre National de Ressources Handicaps Rares Surdicécité (CRESAM), ce handicap rare a longtemps été sous-compensé. Depuis le 1er janvier 2023, le décret n° 2022-570 a créé un forfait spécifique dans la PCH : le forfait surdicécité. Pour les agents MDPH, professionnels ESMS et éducateurs accompagnant des personnes sourdaveugles, maîtriser ce barème et cette procédure est désormais indispensable.

Définition médicale et épidémiologie de la surdicécité en France

La surdicécité est définie comme une double déficience sensorielle — auditive ET visuelle — dont les deux sens ne peuvent pas se compenser l’un l’autre. Elle peut être :

  • Congénitale : présente dès la naissance (syndrome CHARGE, rubéole congénitale)
  • Acquise précoce : syndrome d’Usher — surdité de naissance + rétinite pigmentaire (cécité progressive à l’adolescence/à l’âge adulte)
  • Acquise tardive : perte progressive des deux sens avec l’âge

Le syndrome d’Usher est la première cause de surdicécité acquise : les personnes naissent sourdes, puis perdent progressivement la vision par rétinite pigmentaire entre l’adolescence et la cinquantaine. Le syndrome CHARGE est la principale cause congénitale (malformations multiples, dont audition et vision). Le CRESAM, centre national de ressources, estime la population française entre 4 500 et 6 500 personnes — un chiffre repris par le gouvernement.

Avant 2023, les personnes sourdaveugles devaient choisir entre le forfait surdité (30 h/mois) ou le forfait cécité (50 h/mois) de la PCH, sans pouvoir cumuler les deux. Le décret n° 2022-570 du 19 avril 2022, entré en vigueur le 1er janvier 2023, a créé un troisième forfait spécifique : le forfait surdicécité. Il introduit une grille d’évaluation croisée (audition × vision) en annexe 2-5 du Code de l’Action Sociale et des Familles (CASF), avec trois niveaux d’intensité : 30, 50 ou 80 heures par mois.

Cette réforme est l’aboutissement d’un travail interministériel lancé lors du sixième Comité interministériel du handicap du 3 février 2022, qui avait officiellement reconnu la surdicécité comme un handicap spécifique méritant une modalité de compensation adaptée.

Le barème croisé audition-vision : comment déterminer le niveau de forfait

L’attribution du forfait surdicécité dépend d’un barème croisé entre les niveaux de déficience auditive (perte en dB) et visuelle (acuité centrale et/ou champ visuel). Voici la grille issue de l’annexe 2-5 du CASF :

Déficience visuellePerte auditive 41-56 dBPerte auditive 56-70 dBPerte auditive > 70 dB
Vision 1/10 à 3/10 ou champ visuel 20°-40°30 h/mois30 h/mois50 h/mois
Vision 1/20 à 1/10 ou champ visuel 10°-20°30 h/mois50 h/mois80 h/mois
Vision < 1/20 ou champ visuel < 10°50 h/mois80 h/mois80 h/mois

Note importante : lorsque les besoins d’aide humaine appréciés par le référentiel PCH le justifient, la CDAPH peut attribuer un temps supérieur à 80 heures — le barème n’est donc pas un plafond absolu mais un plancher de référence. Les bilans audiologique et ophtalmologique précis sont indispensables pour situer la personne dans ce barème.

Montants du forfait surdicécité PCH en 2026

Le tarif de référence de l’aide humaine PCH est de 18,96 €/heure en emploi direct au 1er janvier 2026 (selon les tarifs officiels CNSA 2026).

ForfaitHeures/moisMontant mensuelMontant annuel
Surdité seule30 h487,89 €5 854,68 €
Cécité seule50 h813,15 €9 757,80 €
Surdicécité — niveau 130 h487,89 €5 854,68 €
Surdicécité — niveau 250 h813,15 €9 757,80 €
Surdicécité — niveau 380 h1 301,04 €15 612,48 €

Le forfait surdicécité de niveau 3 (80 h/mois) représente donc 1 301,04 €/mois, soit 15 612,48 €/an — une aide substantielle pour des personnes qui ont besoin de guides-interprètes, d’accompagnateurs spécialisés ou d’auxiliaires de vie formés à la communication avec les personnes sourdaveugles.

Ces montants sont versés par le conseil départemental. Les ressources annuelles influencent la prise en charge : jusqu’à 31 162,62 €/an, la PCH est prise en charge à 100 % ; au-delà, à 80 %. Le versement est mensuel, sur le compte bancaire du bénéficiaire.

Différences entre les forfaits surdité, cécité et surdicécité

Un point crucial pour les agents MDPH : une personne sourdaveugle ne peut pas cumuler le forfait surdité et le forfait cécité. Elle bénéficie exclusivement du forfait surdicécité, à l’un des trois niveaux déterminé par le barème croisé.

  • Forfait surdité seule : perte auditive > 70 dB (sans déficience visuelle significative) → 30 h/mois fixe
  • Forfait cécité seule : vision centrale < 1/20e après correction (sans déficience auditive significative) → 50 h/mois fixe
  • Forfait surdicécité : double déficience sensorielle — auditive (> 41 dB) ET visuelle (voir barème croisé) → 30, 50 ou 80 h/mois selon le niveau

En pratique, la difficulté pour les équipes MDPH est d’identifier les personnes qui, ayant déjà un forfait surdité ou cécité, sont devenues sourdaveugles (notamment dans les cas de syndrome d’Usher avec progression de la rétinite pigmentaire). Un reexamen du dossier s’impose lorsqu’une déficience de l’autre sens est signalée.

Procédure de demande MDPH : justificatifs spécifiques surdicécité

La demande se fait via le formulaire Cerfa n° 15692*01, avec le certificat médical Cerfa n° 15695*01. Pour le forfait surdicécité, des justificatifs médicaux spécifiques sont indispensables :

  • Bilan audiologique récent (ORL ou audioprothésiste) : précisant la perte auditive en dB (seuil tonal, audiogramme)
  • Bilan ophtalmologique avec champ visuel : précisant l’acuité visuelle corrigée et l’étendue du champ visuel en degrés
  • Ces deux bilans doivent être récents et explicites sur les valeurs numériques — sans ces données, le barème croisé ne peut pas être appliqué

La CDAPH décide dans un délai légal de 4 mois maximum. La durée d’attribution est alignée sur les règles générales PCH : à vie si l’état ne peut pas s’améliorer, 10 ans maximum dans les autres cas. Pour une procédure sans délai, la procédure MDPH complète et les pièces à réunir sont détaillées dans le guide dédié.

Les professionnels spécialisés surdicécité à mobiliser

L’accompagnement des personnes sourdaveugles nécessite des intervenants formés à des modes de communication très spécifiques :

  • Guides-interprètes : professionnels qui combinent le guidage physique (déplacement, orientation spatiale) et l’interprétation dans un mode de communication adapté (LSF tactile, langue des signes tactile, braille dactylographié, LPC tactile). Formation dispensée notamment par le FISAF (Fédération pour l’inclusion des personnes handicapées sensorielles et DYS)
  • Interfaces de communication : formés à plusieurs registres de communication et mobilisables selon les besoins spécifiques de la personne
  • CRESAM : le Centre National de Ressources propose formation, documentation et accompagnement à distance pour toute la France — ressource incontournable pour les équipes ESMS peu familières de ce handicap rare

La CNSA a publié un kit de communication sur le forfait surdicécité disponible en plusieurs formats (FALC, gros caractères, braille, vidéo LSF) — utile à distribuer lors des évaluations MDPH ou des rencontres avec les familles. Les équipes qui accompagnent des personnes sourdaveugles peuvent également s’appuyer sur le guide des soins paramédicaux en ESMS pour coordonner les professionnels autour du projet de vie.

Mini-FAQ forfait surdicécité

Une personne ayant déjà un forfait surdité peut-elle passer au forfait surdicécité si sa vision se dégrade ?
Oui. C’est précisément le cas typique du syndrome d’Usher : la personne a un forfait surdité depuis l’enfance, et la progression de la rétinite pigmentaire entraîne une déficience visuelle croissante. Dès que les seuils du barème croisé sont atteints (perte auditive > 41 dB + déficience visuelle significative), un nouveau dossier MDPH peut être déposé pour demander le passage au forfait surdicécité. Les équipes ESMS et les assistants sociaux suivant des adultes Usher doivent surveiller cette évolution et déclencher la révision du dossier au bon moment.
Peut-on cumuler le forfait surdicécité avec d’autres éléments de la PCH ?
Oui. Le forfait surdicécité est l’élément 1 « aide humaine » de la PCH, spécifiquement configuré pour la double déficience sensorielle. Il est cumulable avec les autres éléments de la PCH : élément 2 (aides techniques, comme une canne blanche, des appareils auditifs adaptés, un système de communication tactile), élément 3 (aménagement du logement), élément 4 (véhicule), élément 5 (aides spécifiques et exceptionnelles). La PCH couvre ainsi l’ensemble des surcoûts liés à la surdicécité.
Quels bilans médicaux sont absolument nécessaires pour la demande de forfait surdicécité ?
Deux bilans sont indispensables : (1) un audiogramme récent indiquant la perte auditive en dB (réalisé par un ORL ou un audioprothésiste), et (2) un bilan ophtalmologique avec mesure du champ visuel en degrés et de l’acuité visuelle après correction. Sans ces deux documents avec les valeurs numériques précises, l’équipe pluridisciplinaire MDPH ne peut pas positionner la personne dans le barème croisé de l’annexe 2-5 du CASF. Un certificat médical général indiquant « surdité sévère et malvoyance » sans chiffres est insuffisant.

Sources officielles et références

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