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Bilan de compétences en ESAT : cadre, limites et mise en œuvre

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Bilan de compétences en ESAT : cadre, limites et mise en œuvre

Le bilan de compétences reste, pour un travailleur d’ESAT, un dispositif dont le droit commun est écrit pour le salarié — pas pour lui. Directeurs, chargés d’insertion professionnelle, moniteurs d’atelier et chefs de service butent régulièrement sur la même question : quels articles s’appliquent réellement en établissement et service d’accompagnement par le travail, et que reste-t-il d’un simple usage local ? Cet article distingue ce que le code du travail définit pour le bilan de compétences, ce que le code de l’action sociale et des familles confirme spécifiquement pour l’ESAT, et ce qui n’est aujourd’hui tranché par aucun texte.

Le bilan de compétences dans le droit commun de la formation professionnelle

Le code du travail range le bilan de compétences parmi les actions qui concourent au développement des compétences : Les actions concourant au développement des compétences qui entrent dans le champ d’application des dispositions relatives à la formation professionnelle comprennent, à côté des actions de formation, les bilans de compétences mentionnés au 2° de l’article L. 6313-1, qui ont pour objet de permettre à des travailleurs d’analyser leurs compétences professionnelles et personnelles ainsi que leurs aptitudes et leurs motivations afin de définir un projet professionnel. Sur le terrain, l’objectif se résume simplement : analyser les compétences professionnelles et personnelles du salarié et de définir un projet professionnel et éventuellement de formation, selon la définition qu’en donne service-public.fr.

Le bilan mentionné au 2° de l’article L. 6313-1 comprend, sous la conduite du prestataire effectuant ce bilan, les trois phases suivantes. La phase préliminaire consiste à Analyser votre demande et votre besoin du bénéficiaire — formulation reprise telle quelle par service-public.fr — puis la phase de conclusion permet, par des entretiens personnalisés, de S’approprier les résultats détaillés de la phase d’investigation. Sa durée ne peut excéder vingt-quatre heures par bilan, ce que confirme la fiche pratique du service public en fixant le plafond à 24 heures maximum.

Le consentement est une condition de validité : un bilan ne peut être réalisé qu’avec le consentement du travailleur. Le régime de confidentialité est strict. Les résultats détaillés et le document de synthèse ne peuvent être communiqués à toute autre personne ou institution qu’avec l’accord du bénéficiaire ; côté pratique, service-public.fr rappelle que Les résultats du bilan sont votre seule propriété. et qu’Ils ne peuvent pas être communiqués sans votre accord. Un refus n’est ni une faute, ni un motif de licenciement — formulation écrite pour le salarié, dont la transposition à un travailleur sans contrat de travail n’est pas actée par les textes vérifiés ici.

Sur le plan documentaire, l’organisme prestataire doit détruire les documents élaborés pour la réalisation de votre bilan de compétences dès la fin de ce bilan, à une exception près : il doit conserver pendant 3 ans le document de synthèse. Dans le droit commun, le financement se fait dans le cadre du CPF ou du plan de formation. Le prestataire lui-même doit être certifié : seuls les organismes accrédités par le COFRAC et, dans certains cas spécifiques, les instances de labellisation reconnues par France compétences sont habilités à délivrer la marque Qualiopi, rappelle France compétences.

Le travailleur d’ESAT : un statut hors code du travail

Avant d’appliquer un seul de ces articles à un travailleur d’ESAT, il faut regarder son statut. l’Ésat est un établissement social et médico-social et non une entreprise, rappelle monparcourshandicap.gouv.fr : vous relevez principalement du Code de l’action sociale et des familles et non du Code du travail. Conséquence directe : vous ne bénéficiez pas d’un contrat de travail ni du statut de salarié. C’est le statut spécifique issu de la réforme ESAT qui organise cette relation : le contrat d’accompagnement par le travail définit vos droits et obligations et ceux de l’Ésat, et non un contrat de travail au sens du code correspondant.

Le sujet concerne un secteur loin d’être marginal : la France compte environ 1 500 Ésat qui emploient près de 120 000 travailleurs handicapés, selon les chiffres publiés sur monparcourshandicap.gouv.fr. Le code de l’action sociale et des familles pose cependant une obligation de moyens à la charge de l’établissement : les ESAT mettent en oeuvre ou favorisent l’accès à des actions d’entretien des connaissances, de maintien des acquis scolaires et de formation professionnelle. La validation des acquis de l’expérience suit la même logique de renvoi réglementaire : Les modalités de validation des acquis de l’expérience de ces personnes sont fixées par décret.

Ce que la réforme ouvre concrètement : CPF, VAE et carnet de parcours

Depuis la loi Avenir professionnel, le compte personnel de formation des travailleurs d’ESAT a été spécifiquement aménagé : l’aménagement du dispositif CPF pour les travailleurs handicapés en ESAT fait partie des mesures relevées par le Défenseur des droits, aux côtés d’une dérogation d’ancienneté pour le CPF de transition. Concrètement, un travailleur d’ESAT bénéficiez d’un compte personnel de formation (CPF) et avez accès à la validation des acquis de l’expérience (VAE), précise service-public.fr sur la fiche consacrée au travail en ESAT. Le portail Mon Parcours Handicap ajoute que ces droits sont crédités en euros, chaque année, dans la limite d’un plafond de 8 000 euros. Le CPF et la VAE ouvrent ainsi une voie de formation individualisée en ESAT distincte du bilan de compétences lui-même : rien, dans les textes vérifiés ici, n’indique que ce crédit finance spécifiquement un bilan de compétences pour un travailleur d’ESAT — le rapprochement reste à construire par l’établissement, au cas par cas.

Le carnet de parcours et de compétences est l’autre pièce du dispositif, et il ne se confond pas avec le bilan de compétences. Vous recevez également un carnet de parcours et de compétences, établi sous format papier ou numérique. Il permet d’évaluer vos compétences, vos formations et vos expériences, mais aussi d’exprimer vos souhaits pour l’année à venir. Sur la propriété du document, la règle est nette : le carnet est la propriété du travailleur handicapé, qui le conserve quel que soit le lieu où il exerce son activité à caractère professionnel. Le carnet de parcours et de compétences en ESAT se construit et se met à jour dans la durée — il n’est ni un substitut, ni une étape préalable obligatoire au bilan de compétences.

Le carnet doit être mis à jour régulièrement, au moins 1 fois par an lors de votre entretien d’évaluation professionnelle. Cet entretien est un troisième outil, distinct du bilan de compétences comme du carnet lui-même : chaque année, un entretien individuel est organisé avec l’Ésat pour faire le point sur votre parcours, vos besoins en formation et définir les objectifs et accompagnements nécessaires. Trois dispositifs, donc, à ne jamais superposer dans la pratique de l’établissement — ce que résume le tableau suivant.

DispositifNatureQui le conduit
Bilan de compétencesAction de formation externePrestataire certifié Qualiopi
Carnet de parcours et de compétencesDocument appartenant au travailleurTravailleur, alimenté par l’ESAT
Entretien annuel d’évaluation professionnelleTemps d’échange interneESAT

C’est cette distinction que détaille la trame d’évaluation annuelle du travailleur en ESAT : le bilan de compétences (action de formation externe, conduite par un prestataire Qualiopi), le carnet de parcours et de compétences (document appartenant au travailleur) et l’entretien annuel d’évaluation professionnelle (temps interne conduit par l’ESAT) ne se substituent jamais l’un à l’autre.

Impact par profil métier : qui pilote quoi

Le directeur d’ESAT

Il arbitre l’articulation entre les trois dispositifs et signe, le cas échéant, la convention avec un prestataire extérieur pour un bilan de compétences. Il doit s’assurer que le financement retenu — quel qu’il soit — ne présuppose pas un droit automatique que les textes ne formalisent pas pour l’ESAT en tant que tel.

Le chargé d’insertion professionnelle

Il est l’interlocuteur naturel du travailleur pour la recherche d’un prestataire de formation et pour l’articulation entre CPF, VAE et projet professionnel. Sa mission recoupe partiellement celle d’un bilan de compétences, sans jamais s’y substituer.

Le moniteur d’atelier

Il nourrit le carnet de parcours et de compétences par ses observations de terrain et prépare l’entretien annuel. Son rôle est d’alimenter les outils internes, pas de conduire le bilan lui-même — dont le déroulement, on l’a vu, comprend, sous la conduite du prestataire effectuant ce bilan, les trois phases suivantes revient au seul prestataire externe.

Le chef de service

Il pilote l’entretien annuel d’évaluation professionnelle et vérifie la cohérence entre ce qui est consigné dans le carnet et ce qui ressortirait, le cas échéant, d’un bilan de compétences externe. Les outils de suivi internes, comme une grille d’évaluation des compétences ou une cartographie des compétences, restent la base de comparaison entre les deux temps.

Organiser un bilan de compétences en ESAT : étapes et points de vigilance

Aucun texte vérifié ici n’organise un financement dédié du bilan de compétences pour un travailleur d’ESAT. L’Agefiph articule ses aides autour de l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés en emploi ordinaire ; les sources consultées ne font apparaître aucune prise en charge Agefiph du bilan de compétences propre au travailleur d’ESAT. Un directeur ou un chargé d’insertion qui veut engager la démarche doit donc partir de ce que confirment les textes — CPF plafonné, VAE, carnet de parcours, entretien annuel — et construire le financement au cas par cas, sans présumer d’un circuit automatique. Le fonctionnement et le financement de l’ESAT restent le cadre de référence pour situer cette dépense.

Le choix du prestataire, lui, obéit à une règle générale du droit commun de la formation : seuls les organismes accrédités par le COFRAC ou labellisés par France compétences peuvent délivrer la certification Qualiopi. Vérifier cette certification avant toute convention limite le risque d’un financement refusé a posteriori. Les catalogues de formation référencés par l’OPCO Santé constituent un premier point d’entrée pour identifier des organismes déjà repérés par le secteur.

  • L’entretien annuel d’évaluation professionnelle fait remonter un besoin qui dépasse le cadre interne.
  • Le chargé d’insertion identifie un prestataire certifié Qualiopi et vérifie la disponibilité du CPF du travailleur.
  • Le bilan se déroule, en trois phases encadrées par le prestataire, sur une durée qui ne peut excéder vingt-quatre heures par bilan.
  • Les conclusions — dont Les résultats du bilan sont votre seule propriété. — sont, avec l’accord du travailleur, reversées dans le carnet de parcours pour nourrir le prochain entretien annuel.

Perspectives : un droit à construire plus qu’un droit acquis

Le Défenseur des droits notait déjà, dans son rapport sur la mise en œuvre de la Convention relative aux droits des personnes handicapées, que la loi Avenir professionnel avait engagé l’aménagement du dispositif CPF pour les travailleurs handicapés en ESAT — un mouvement d’ouverture progressive plutôt qu’un basculement complet vers le droit commun du salarié. La réforme ESAT poursuit ce mouvement sans le refermer : le nouveau statut du travailleur handicapé en ESAT confirme le CPF, la VAE et le carnet de parcours, mais ne codifie pas, à ce jour, un droit au bilan de compétences identique à celui du salarié. Pour les établissements, cela signifie qu’un bilan de compétences reste possible, pas encore garanti par un texte dédié. Les droits sociaux du travailleur d’ESAT évoluent par blocs successifs depuis la réforme ; le bilan de compétences en est, pour l’instant, un chantier ouvert plutôt qu’un acquis.

Mini-FAQ : bilan de compétences et travailleur d’ESAT

Un travailleur d’ESAT peut-il demander un bilan de compétences ?
Rien n’interdit la démarche : le bilan de compétences est un dispositif ouvert par principe à toute personne qui souhaite faire le point sur son parcours. Ce que les textes ne formalisent pas encore, c’est une procédure de financement dédiée et un droit opposable identique à celui du salarié. En pratique, la demande s’articule avec l’entretien annuel et avec les droits CPF ouverts au travailleur, décrits plus haut.
Le bilan de compétences remplace-t-il le carnet de parcours et de compétences ?
Non. Le bilan de compétences est une action de formation externe conduite par un prestataire certifié ; le carnet de parcours et de compétences est un document qui appartient au travailleur et qui se construit dans la durée, notamment lors de l’entretien annuel. Les deux outils se complètent, ils ne se substituent jamais l’un à l’autre.
Qui peut financer un bilan de compétences pour un travailleur d’ESAT ?
Le compte personnel de formation du travailleur, décrit dans la section consacrée à la réforme, est la piste la plus documentée. Aucune source vérifiée ici ne confirme un circuit de financement Agefiph dédié à ce dispositif précis pour un travailleur d’ESAT : chaque établissement doit donc construire sa réponse au cas par cas, en s’appuyant sur ce que confirme le droit plutôt que sur un dispositif présumé.

Sources officielles

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