L’équipe pluridisciplinaire d’évaluation (EPE) de la MDPH est au cœur du dispositif de compensation du handicap. Pour les coordinateur de parcours, les agents évaluateurs et les éducateurs qui accompagnent les personnes lors de cette démarche, comprendre le fonctionnement interne de l’EPE — sa composition, ses missions, son articulation avec la CDAPH et le plan personnalisé de compensation — est indispensable pour préparer une évaluation rigoureuse, notamment lorsqu’elle se déroule au domicile. Cet article détaille la procédure côté professionnel, du dépôt du dossier jusqu’à la transmission des propositions à la commission.
L’EPE de la MDPH : composition pluriprofessionnelle et cadre légal
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La loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées a fondé l’architecture institutionnelle qui régit aujourd’hui l’évaluation des besoins de compensation. C’est dans ce cadre que s’inscrit l’équipe pluridisciplinaire d’évaluation, pivot opérationnel de chaque MDPH.
Chaque MDPH dispose d’une équipe pluridisciplinaire composée de professionnels de formations différentes : médecins, infirmiers, ergothérapeutes, psychologues, travailleurs sociaux, spécialistes de l’inclusion scolaire ou de l’insertion professionnelle. Cette diversité de compétences est intentionnelle : elle permet d’appréhender simultanément les dimensions médicales, fonctionnelles, sociales et professionnelles de chaque situation.
Cependant, la composition des équipes n’est pas forcément identique d’une MDPH à l’autre et tous les membres d’une même équipe ne sont pas mobilisés pour le traitement de tous les dossiers. En pratique, la composition mobilisée dépend de la nature de la demande : une demande de prestation de compensation pour un adulte avec des besoins moteurs importants n’impliquera pas les mêmes référents qu’un dossier concernant l’inclusion scolaire d’un enfant présentant des troubles du spectre autistique.
Sur le plan des missions, le code de l’action sociale et des familles encadre strictement le rôle de l’EPE. Selon le droit positif, l’instruction de la demande de prestation de compensation comporte l’évaluation réalisée par l’équipe pluridisciplinaire dans les conditions prévues à l’article L. 146-8. L’EPE est donc l’instance d’instruction technique, et non de décision.
Ce point est fondamental et souvent source de confusion : l’équipe pluridisciplinaire ne prend pas les décisions d’attribution des différents droits et prestations. Elle évalue, propose, mais n’attribue pas. La décision appartient à la CDAPH.
La visite à domicile dans l’évaluation : une approche globale de la situation
L’évaluation par l’EPE ne se limite pas à l’examen du dossier administratif. À la suite du dépôt de la demande et de son instruction administrative, le dossier est transmis à l’équipe pluridisciplinaire chargée de l’évaluation. C’est à partir de ce moment que commence le travail d’investigation, qui peut inclure une visite au domicile de la personne.
La visite à domicile répond à une exigence d’exhaustivité posée par les textes : l’équipe pluridisciplinaire prend en compte l’ensemble de la situation de la personne handicapée : matérielle, familiale, sanitaire, scolaire, professionnelle, psychologique. Dans de nombreuses situations, seul un déplacement au domicile permet d’évaluer concrètement les dimensions matérielles et environnementales — accessibilité du logement, organisation de l’espace, ressources de l’entourage — qui ne transparaissent pas dans les pièces du dossier.
L’angle adopté lors de cette visite est centré sur le projet de vie de la personne. La loi est explicite : les besoins de compensation sont inscrits dans un plan élaboré en considération des besoins et des aspirations de la personne handicapée tels qu’ils sont exprimés dans son projet de vie. L’évaluateur qui se rend au domicile n’effectue donc pas un simple audit technique ; il recueille aussi les aspirations, les habitudes de vie, les priorités exprimées par la personne elle-même.
Pour réaliser cette évaluation globale, l’équipe pluridisciplinaire, qui peut recourir à des professionnels externes, évalue les besoins de compensation en tenant compte des souhaits de la personne handicapée, exprimés dans la partie B vie quotidienne. Le recours à des professionnels externes — ergothérapeutes libéraux, spécialistes cliniques, par exemple — est ainsi prévu et peut se révéler nécessaire pour certaines situations complexes.
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Il faut également noter que lors de l’évaluation, la personne, ses parents ou son représentant légal peuvent être assistés par une personne de leur choix. Pour l’évaluateur, cela signifie que la visite à domicile peut se dérouler en présence d’un tiers — aidant familial, mandataire judiciaire, éducateur référent d’un établissement — qu’il convient de prendre en compte dans la conduite de l’entretien.
Pour les professionnels qui souhaitent mieux comprendre ce que suppose la préparation d’un tel dossier du côté de la personne accompagnée, l’article sur obtenir une évaluation à domicile fournit une perspective complémentaire côté usager.
Impact concret par profil métier : évaluateur, coordinateur, éducateur
La procédure d’évaluation de l’EPE concerne plusieurs catégories de professionnels, dont les responsabilités diffèrent.
L’agent évaluateur de la MDPH
Pour l’agent évaluateur, la visite à domicile est l’occasion de croiser les informations contenues dans le dossier avec la réalité de vie de la personne. L’équipe pluridisciplinaire est chargée d’évaluer les situations des personnes, d’identifier leurs besoins en fonction du projet de vie exprimé, d’élaborer les réponses pouvant être apportées à ces besoins. Cette triple mission — évaluer, identifier, élaborer — structure le déroulé de la visite.
Sur le terrain, l’évaluateur doit veiller à documenter rigoureusement ses observations : l’environnement physique, les capacités fonctionnelles constatées in situ, et les besoins exprimés par la personne constituent les matériaux sur lesquels reposera le plan personnalisé de compensation. Un dossier MDPH complet en amont est la condition première d’une évaluation fluide : les lacunes documentaires rallongent les délais et peuvent obliger à un retour sur le terrain.
Le coordinateur de parcours
Le coordinateur de parcours joue un rôle d’interface entre la MDPH et les autres acteurs du parcours de la personne. Il est souvent celui qui facilite la transmission des éléments contextuels à l’EPE — informations sur les conditions de vie, les aidants, les suivis en cours — sans se substituer à l’évaluation elle-même. Son intervention est particulièrement précieuse lorsque la situation est complexe et que les besoins relèvent de plusieurs domaines simultanément.
La capacité à manager une équipe pluridisciplinaire est ici une compétence directement mobilisée : coordonner les regards croisés de professionnels aux formations différentes, clarifier les rôles lors de la visite, et synthétiser les observations dans le rapport d’évaluation sont des tâches qui requièrent autant de savoir-faire relationnel que de rigueur méthodologique.
L’éducateur ou l’AES accompagnant la personne
Pour les éducateurs spécialisés et les accompagnants éducatifs et sociaux (AES) qui préparent ou accompagnent une personne lors d’une visite de l’EPE, l’enjeu est de favoriser la meilleure expression possible du projet de vie. Ils peuvent contribuer au recueil des éléments de vie quotidienne figurant dans la partie B du dossier, et faciliter la communication entre la personne et les évaluateurs, dans le respect de la libre expression de la personne. Pour une approche exhaustive des droits et démarches MDPH, la page pilier dédiée constitue une ressource de référence.
Déroulé de la visite et articulation avec le PPC et la CDAPH
Sur le plan procédural, la visite à domicile s’inscrit dans un enchaînement balisé par les textes.
Phase d’instruction administrative — Avant que l’EPE n’intervienne, le dossier traverse une première phase d’instruction administrative. C’est seulement après cette étape que le dossier est transmis à l’équipe pluridisciplinaire chargée de l’évaluation. La complétude du dossier à ce stade est déterminante pour la suite.
Phase d’évaluation pluridisciplinaire — L’EPE mobilise les professionnels compétents au regard de la nature de la demande. La visite à domicile, lorsqu’elle est décidée, intervient dans cette phase. L’équipe pluridisciplinaire, qui peut recourir à des professionnels externes, évalue les besoins de compensation en tenant compte des souhaits de la personne handicapée, exprimés dans la partie B vie quotidienne.
Élaboration du plan personnalisé de compensation (PPC) — Au terme de l’évaluation, l’EPE formalise ses conclusions. Ces propositions sont regroupées dans un document appelé « plan personnalisé de compensation » (PPC) qui peut comprendre un « projet personnalisé de scolarisation ». Le PPC n’est pas une décision : c’est un document de synthèse transmis à la CDAPH, qui servira de base à sa délibération.
Transmission à la CDAPH et décision — L’EPE transmet à la CDAPH des propositions relatives aux décisions pouvant être prises. Une commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) est mise en place dans chaque département par la MDPH. C’est elle qui délibère et statue. La CDAPH rend des avis ou prend les décisions qui relèvent de sa compétence sur la base des éléments fournis par l’équipe pluridisciplinaire et du projet de vie de la personne handicapée.
Délais légaux — La commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la MDPH instruit la demande. Sa réponse intervient dans un délai de 4 mois. Il est important de connaître ce délai pour anticiper l’organisation des accompagnements. L’absence de réponse de la CDAPH pendant plus de 4 mois vaut décision implicite de rejet. En cas de refus implicite ou explicite, les décisions prises par la CDAPH peuvent faire l’objet de recours.
Perspectives : vers une évaluation toujours plus centrée sur le projet de vie
Le droit à la compensation est fondamental et universel : la personne handicapée a droit à la compensation des conséquences de son handicap quels que soient l’origine et la nature de sa déficience, son âge ou son mode de vie. Ce principe, ancré dans la loi fondatrice du secteur, constitue l’horizon normatif de tout le travail d’évaluation.
Les évolutions attendues dans les pratiques d’évaluation vont dans le sens d’une meilleure prise en compte de la globalité des situations et d’un renforcement de la place de la personne dans le processus. La visite à domicile, quand elle est mobilisée, est l’un des leviers les plus puissants pour s’approcher de cette réalité vécue — à condition que les évaluateurs disposent du temps et des outils nécessaires pour en tirer tous les enseignements.
Pour les équipes des ESMS qui préparent les personnes accompagnées à ce type de démarche, la compréhension du rôle exact de l’EPE — instance d’évaluation et de proposition, pas de décision — permet d’ajuster les attentes et d’orienter les efforts sur ce qui compte vraiment : la formulation claire et documentée du projet de vie, dimension qui conditionne l’ensemble de la procédure.
Mini-FAQ : questions des professionnels sur l’évaluation à domicile
L’équipe pluridisciplinaire peut-elle décider seule d’attribuer une prestation ?
Tous les membres de l’EPE participent-ils systématiquement à chaque évaluation ?
Quel est le délai légal entre le dépôt du dossier et la décision de la CDAPH ?
Sources officielles
- https://www.monparcourshandicap.gouv.fr/aides/la-maison-departementale-des-personnes-handicapees-mdph-missions-et-fonctionnement
- https://www.monparcourshandicap.gouv.fr/aides/le-depot-du-dossier-et-le-traitement-de-la-demande-par-la-maison-departementale-des-personnes
- https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F14202
- https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000809647
- https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F33865





