Organisation & Gouvernance

CVS en accueil de jour : adapter la représentation des usagers

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CVS en accueil de jour : adapter la représentation des usagers

Le CVS en accueil de jour affronte une contrainte que l’hébergement permanent ignore largement : la présence des personnes accompagnées y est discontinue, parfois réduite à deux ou trois demi-journées par semaine, avec des files actives qui se renouvellent au fil des admissions et des sorties. Comment élire, composer et faire vivre une instance de représentation quand la durée de prise en charge d’un usager peut être plus courte que celle d’un mandat ? Cet article détaille le cadre applicable, ses points de bascule et les leviers concrets pour les chefs de service, l’encadrement et les directions d’ESMS.

CVS et accueil de jour : ce que dit vraiment le cadre réglementaire

L’obligation d’instituer une représentation des usagers ne dépend pas de la nature de l’accueil, mais de sa continuité. Le code de l’action sociale et des familles pose les conditions de mise en place du conseil de la vie sociale : le conseil de la vie sociale est mis en place lorsque l’établissement ou le service assure un hébergement ou un accueil de jour continu ou une activité d’aide par le travail. Ce principe général se retrouve à l’article L311-6, qui dispose qu’afin d’associer les personnes bénéficiaires des prestations au fonctionnement de l’établissement ou du service, il est institué soit un conseil de la vie sociale, soit d’autres formes de participation — texte intégral sur Légifrance. Le guide de référence sur la composition, les élections et le fonctionnement du CVS détaille les modalités générales de cette instance ; l’enjeu propre à l’accueil de jour tient tout entier dans le mot « continu ».

La HAS a explicité ce point de bascule dans son document sur la mise en œuvre de l’évaluation des ESSMS. Elle précise que de manière générale, sont donc concernés tous les ESSMS qui proposent un hébergement ou un accueil de jour continu dans leurs modalités d’accompagnement, et ce indépendamment du champ d’intervention de la structure. À l’inverse, elle indique que certaines catégories d’ESSMS proposant un hébergement ou un accueil de jour continu sont néanmoins exemptés de l’obligation de mettre en place un CVS — une exemption qui ne dispense jamais de représentation : dans tous les cas, lorsque le conseil de la vie sociale n’est pas mis en place, il est institué toute autre forme de participation.

SituationConséquence
un accueil de jour continule conseil de la vie sociale est mis en place
Dans les établissements et services relevant des 8°, 9° et 13° de l’article L. 312-1, quand les durées de la prise en charge sont inférieures à la durée minimum du mandatil peut être procédé à la mise en oeuvre de l’une des autres formes de participation prévues aux articles D. 311-21 et suivants
Les établissements et les services, y compris les foyers d’accueil médicalisé, qui accueillent des personnes handicapéescatégorie absente de l’énumération ci-dessus : mandat et remplacement de droit commun
le conseil de la vie sociale n’est pas mis en placeil est institué toute autre forme de participation

Cette architecture n’est pas figée depuis toujours. La HAS le rappelle : Réformée par un décret publié en avril 2022, cette instance occupe une place essentielle dans la démarche d’amélioration continue et d’évaluation de la qualité des ESSMS. Le dossier consacré au CVS rénové en ESMS détaille cette réforme et sa portée sur la composition des instances — un socle à connaître avant d’aborder les adaptations propres à l’accueil de jour discontinu.

Discontinuité des présences : l’enjeu qui structure toute la mise en œuvre

L’accueil de jour combine deux caractéristiques qui compliquent mécaniquement la représentation : des présences fractionnées dans la semaine et des prises en charge qui peuvent s’achever avant la fin d’un mandat. Le texte anticipe ce cas de figure, mais pour un périmètre limité : Dans les établissements et services relevant des 8°, 9° et 13° de l’article L. 312-1 et dans ceux mentionnés au deuxième alinéa de l’article L. 311-6, lorsque les durées de la prise en charge sont inférieures à la durée minimum du mandat telle que prévue à l’article D. 311-8, alors il peut être procédé à la mise en oeuvre de l’une des autres formes de participation prévues aux articles D. 311-21 et suivants. Cette énumération mérite d’être lue de près, car elle écarte l’essentiel du secteur du handicap : la catégorie qui vise Les établissements et les services, y compris les foyers d’accueil médicalisé, qui accueillent des personnes handicapées, quel que soit leur degré de handicap ou leur âge n’y figure pas. Pour un accueil de jour du champ du handicap, la brièveté des parcours ne suffit donc pas, à elle seule, à substituer au CVS une autre modalité : le levier se situe ailleurs, dans la durée du mandat et dans l’organisation des suppléances.

Quand un CVS est bien institué, deux règles cadrent sa composition et son organisation dans le temps. D’une part, le nombre des représentants des personnes accueillies, d’une part, et de leur famille ou de leurs représentants légaux, d’autre part, doit être supérieur à la moitié du nombre total des membres du conseil — une majorité qui doit être recherchée même quand le vivier électoral se renouvelle vite. D’autre part, le conseil fixe la durée du mandat de ses membres dans le règlement intérieur. C’est ce degré de liberté que les établissements en accueil de jour peuvent mobiliser en priorité : rien n’impose un mandat de plusieurs années si le rythme des files actives ne s’y prête pas.

Le renouvellement fréquent des files actives touche aussi le remplacement en cours de mandat. Le texte prévoit que lorsqu’un membre cesse sa fonction en cours de mandat, notamment en raison de la fin de la prise en charge dont il était bénéficiaire, il est remplacé par son suppléant ou un autre bénéficiaire élu ou désigné dans les mêmes formes. Une procédure allégée existe, mais elle obéit exactement à la même restriction de périmètre que l’assouplissement précédent : Dans les établissements et services relevant des 8°, 9° et 13° de l’article L. 312-1 et dans ceux mentionnés au deuxième alinéa de l’article L. 311-6, le remplacement pour la durée du mandat restante des membres représentant les personnes accueillies peut être assuré par une procédure de désignation. L’accord des personnes désignées est requis. Hors de ces catégories, la règle générale rappelée juste avant s’applique telle quelle : suppléant, ou bénéficiaire élu ou désigné dans les mêmes formes. D’où l’intérêt, en accueil de jour, d’installer des suppléants dès la constitution du conseil plutôt que d’attendre le premier départ.

Pour les gestionnaires de plusieurs structures, une mutualisation est également possible : lorsque plusieurs établissements ou services sociaux ou médico-sociaux ou établissements ou services mentionnés au deuxième alinéa de l’article L. 311-6 sont gérés par une même personne publique ou privée, une instance commune de participation peut être instituée. Cette option de mutualisation, quand plusieurs accueils de jour d’un même gestionnaire peinent chacun à réunir un collège complet, rejoint les principes décrits dans notre panorama de la gouvernance participative en médico-social.

Ce que change le CVS en accueil de jour, profil par profil

Chefs de service et encadrement de proximité

Le CVS n’est pas une chambre d’enregistrement administrative. Sur le projet d’établissement, la loi prévoit qu’il est associé à l’élaboration ou à la révision du projet d’établissement ou du service mentionné à l’article L. 311-8, en particulier son volet portant sur la politique de prévention et de lutte contre la maltraitance — un point que détaille notre article sur la consultation du CVS lors de la révision du projet d’établissement. Pour l’encadrement de proximité en accueil de jour, cela suppose de préparer les points inscrits à l’ordre du jour en amont, avec des supports adaptés au rythme des présences.

Lors des démarches qualité, la même logique s’applique : il est entendu lors de la procédure d’évaluation, est informé des résultats et associé aux mesures correctrices à mettre en place. Concrètement, la méthode d’audit du référentiel HAS prévoit que le cas échéant, un entretien est également organisé avec les représentants du conseil de la vie sociale — un rendez-vous que les chefs de service doivent anticiper pour garantir la disponibilité de représentants réellement présents ce jour-là, et non de figurants désignés en urgence.

Directions d’ESMS

Une compétence consultative vise spécifiquement l’accueil de jour : il est consulté sur le plan d’organisation des transports des personnes adultes handicapées bénéficiant d’un accueil de jour, dans les conditions prévues à l’article R. 314-17. Pour une population dont une partie du parcours quotidien tient au transport, cette consultation reste un levier sous-exploité par les directions. Elle s’articule avec les autres droits collectifs rappelés dans notre fiche sur la charte des droits et libertés de la personne accueillie, que le CVS contribue à faire vivre au quotidien.

Composer, adapter, faire vivre la représentation : la mise en œuvre

Notre article sur la manière d’intégrer efficacement la participation des usagers dans un ESMS pose le cadre méthodologique général ; voici sa déclinaison propre à l’accueil de jour.

La brique de base reste fixée par le texte, qui dispose que le conseil de la vie sociale comprend au moins : 1° Deux représentants des personnes accompagnées ; 2° Un représentant des professionnels employés par l’établissement ou le service élu dans les conditions prévues à l’article D. 311-13 ; 3° Un représentant de l’organisme gestionnaire.

CollègeExigence réglementaire
Personnes accompagnéesDeux représentants des personnes accompagnées
ProfessionnelsUn représentant des professionnels employés par l’établissement ou le service élu dans les conditions prévues à l’article D. 311-13
Organisme gestionnaireUn représentant de l’organisme gestionnaire

En accueil de jour, réunir deux représentants des personnes accompagnées suppose souvent d’aller chercher des candidatures au-delà du noyau des présences les plus régulières. La HAS pose un objectif transversal, quelle que soit l’instance retenue : la personne accompagnée est actrice des instances collectives ou de toutes autres formes de participation. Sa participation effective est favorisée. C’est ce principe qui légitime d’adapter le format sans jamais renoncer à la représentation elle-même.

Sur le terrain, cela passe par des modalités de préparation ajustées : la HAS recommande d’organiser des séances de travail adaptées aux besoins et capacités des participants, en présentiel ou en distanciel. Le panorama des méthodes pour favoriser la participation active des usagers en situation de handicap recense plusieurs formats mobilisables selon le profil du public accueilli.

Quel que soit le format choisi, la hiérarchie des points de vue reste la même : le point de vue des personnes accompagnées est prépondérant. Celui des autres personnes concernées (professionnels, proches, autorités…) vient en complément, sans primer ni se substituer à celui des personnes accompagnées. Sur les sujets où l’expression directe en réunion reste difficile, la HAS suggère de s’appuyer notamment sur les CVS ou des questionnaires pour faciliter l’expression et définir les choix des personnes quant aux loisirs. Ces questionnaires complètent utilement le CVS ; ils ne le remplacent pas quand l’instance est obligatoire.

Perspectives : représenter au-delà de la parole directe

L’accueil de jour concentre une proportion importante de publics pour qui l’expression directe en réunion est elle-même un défi, notamment en situation de polyhandicap. Le PNDS générique de la HAS le rappelle sans détour : recommandations de bonne pratique sur le polyhandicap — pour communiquer, la personne polyhandicapée dépend de son interlocuteur. Elle ne peut être entendue que si l’aidant accepte de l’entendre, en lui réservant le temps nécessaire à l’échange, en veillant à lui donner les outils utiles, en évitant les interprétations rapides. Notre article dédié aux usagers non communicants et à l’adaptation de leur représentation détaille les outils de facilitation mobilisables en CVS.

Ce rôle de facilitateur ne repose pas uniquement sur les professionnels. La recommandation HAS sur le polyhandicap s’adresse à tous les professionnels des établissements et services médico-sociaux (ESSMS) ainsi qu’aux aidants non professionnels (parents, fratrie, proches, etc.) qui accompagnent les personnes polyhandicapées — un cercle élargi que les accueils de jour, où les familles restent souvent très présentes au quotidien, ont intérêt à mobiliser pour la représentation.

Enfin, quelle que soit la forme retenue, une garantie reste identique : la personne accompagnée est informée de la suite donnée aux demandes formulées dans le cadre des instances collectives ou à toutes autres formes de participation. C’est ce retour d’information — trop souvent le maillon oublié — qui distingue une représentation vivante d’un dispositif purement formel, rejoignant l’exigence portée par l’avis du Conseil pour l’engagement des usagers sur la participation en CVS.

Mini-FAQ : CVS en accueil de jour

Un accueil de jour doit-il obligatoirement avoir un CVS ?
Cela dépend de la continuité de l’accueil. Le texte réserve l’obligation aux structures qui assurent un hébergement ou un accueil de jour continu ou une activité d’aide par le travail. Pour les autres modalités, il est institué toute autre forme de participation.
Que faire quand la durée de prise en charge est plus courte que le mandat du CVS ?
Tout dépend de la catégorie dont relève la structure. Dans les établissements et services relevant des 8°, 9° et 13° de l’article L. 312-1 et dans ceux mentionnés au deuxième alinéa de l’article L. 311-6, lorsque les durées de la prise en charge sont inférieures à la durée minimum du mandat telle que prévue à l’article D. 311-8, il peut être procédé à la mise en oeuvre de l’une des autres formes de participation prévues aux articles D. 311-21 et suivants. Un accueil de jour du champ du handicap ne relève pas de ces catégories : sa marge de manœuvre est ailleurs, puisque le conseil fixe la durée du mandat de ses membres dans le règlement intérieur.
Comment remplacer un représentant des usagers qui part en cours de mandat ?
Lorsqu’un membre cesse sa fonction en cours de mandat, notamment en raison de la fin de la prise en charge dont il était bénéficiaire, il est remplacé par son suppléant ou un autre bénéficiaire élu ou désigné dans les mêmes formes. Une procédure accélérée existe, mais uniquement Dans les établissements et services relevant des 8°, 9° et 13° de l’article L. 312-1 et dans ceux mentionnés au deuxième alinéa de l’article L. 311-6 : le remplacement y peut être assuré par une procédure de désignation. L’accord des personnes désignées est requis. Ailleurs, seule la règle générale ci-dessus vaut.

Sources officielles

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