Technologies d’assistance et intelligence artificielle sont au cœur de la stratégie présentée lors de la dernière Conférence nationale du handicap (CNH), avec l’ambition de faire de la France un leader de l’innovation au service de l’autonomie. Ambassadrice IA, tiers-lieux de co-conception et innovation dans le handicap visuel structurent cette feuille de route. Voici ce que les professionnels de l’accompagnement doivent en retenir.
Ce que la Conférence nationale du handicap a annoncé
Guide pratique : Signaler sans se tromper
Maîtrisez le signalement en établissement du handicap. Distinguez EIG et maltraitance, ciblez le bon destinataire, respectez les délais légaux.
- Conforme au 3133 et formulaire 2026
- Pour direction, AES, chef de service
Le dossier de presse officiel de la CNH pose d’emblée le cap : Afin de positionner la France comme l’un des leaders des innovations au service des personnes en situation de handicap et de l’autonomie, une stratégie de développement d’un écosystème de technologies d’assistance sera lancée. Un objectif assumé consiste à consolider l’émergence d’une filière française « technologie d’assistance », une ambition que le gouvernement justifie ainsi : Nous faisons le pari que les innovations technologiques permettent de conjuguer développement économique et avancées sociales. Le texte complet de cette feuille de route est disponible dans le dossier de presse de la CNH.
Au-delà de la structuration d’une filière, la stratégie porte aussi sur l’accessibilité des technologies de droit commun. La CNH prévoit ainsi de Systématiser la mise en accessibilité des nouvelles technologies de droit commun, intégrant ou non l’IA. Sur le terrain de l’intelligence artificielle plus spécifiquement, Dans le cadre du plan Osez IA pour la diffusion de l’intelligence artificielle dans l’économie, une Ambassadrice IA sera désignée référente sur les sujets liés au handicap, elle animera les autres Ambassadeurs IA mobilisés sur ce sujet, afin d’y sensibiliser les entreprises. Par ailleurs, Les coordinateurs nationaux des stratégies France 2030, en lien avec les produits et services numériques pertinents, suivront une formation à l’accessibilité numérique. Le financement de ces travaux s’appuiera notamment sur un plan d’investissement dédié à l’intelligence artificielle : Dans le cadre de la stratégie nationale pour l’intelligence artificielle, France 2030 permettra de soutenir le développement et l’adoption de technologies d’assistance fondées sur l’IA afin de renforcer l’autonomie, l’accessibilité et l’inclusion des personnes confrontées à des situations de handicap ou de perte d’autonomie.
La méthode retenue insiste sur l’implication directe des personnes concernées. La co-conception des technologies d’assistance et d’IA avec les personnes en situation de handicap sera développée dans une logique de reconnaissance du statut d’« expert d’usages » et afin d’instaurer un réflexe « accessibility by design ». Concrètement, Le réseau de tiers-lieux d’innovation et de co-conception intégrera pleinement les enjeux relatifs au handicap et à l’autonomie, et favorisera les rencontres entre personnes en situation de handicap et les start-ups notamment dans le cadre des « cafés de l’IA ». Un chantier spécifique cible par ailleurs le handicap visuel : Afin de soutenir l’émergence d’innovations, dans le champ du handicap visuel, le Campus Louis Braille et l’Institut national des jeunes aveugles (INJA) en lien avec l’hôpital des Quinze-Vingt, porteront une mission de préfiguration d’un futur espace de ressources et d’expertises.
Une filière portée par un écosystème d’acteurs publics et privés
Cette stratégie ne part pas de rien : elle s’inscrit dans un écosystème déjà identifié par les pouvoirs publics. Cet écosystème d’innovations (recherche, entreprises, usagers) consacré aux technologies d’assistance sera structuré, avec l’appui du ministère des Personnes handicapées et du ministère de l’Économie, de la CNSA, de Bpifrance et de Business France, en lien notamment avec la Handitech. Les acteurs de la Silver Economie seront aussi invités à y participer. Cette architecture multi-acteurs doit permettre de tenir des objectifs très opérationnels.
Pack Direction Médico-Social — ESAT 360° + Le Virage Inclusif
Le pilotage opérationnel ESAT + la vision transformation inclusive en un seul achat — économie 14,90 €.
- 2 ouvrages : ESAT 360° + Le Virage Inclusif
- PDF immédiat ou broché + PDF offert
- -19 % par rapport à l'achat séparé
Le dossier de presse liste ainsi plusieurs priorités : Les objectifs opérationnels seront : de rendre cet écosystème visible et attractif pour les financeurs et investisseurs ; d’accompagner les entreprises innovantes à l’international ; de déployer une réglementation et des modalités de financement pour sécuriser leur développement ; et de mettre la co-conception au cœur de leur stratégie.
Parmi les partenaires cités, l’association Handitech joue un rôle de fédération du secteur. Sur son site, elle rappelle que L’association La Handitech a vocation à fédérer, coordonner et promouvoir l’ensemble des acteurs qui innovent ou soutiennent l’innovation au service des personnes en situation de handicap ou en perte d’autonomie. Elle revendique une approche tech for good : Nous accompagnons ceux qui pensent que les progrès technologiques doivent bénéficier à tous et qu’une tech for good permettra d’apporter des solutions concrètes et durables pour à ces problématiques de société. Le panorama des acteurs et projets qu’elle recense est consultable sur la page Handitech du ministère.
Autre pilier de cet écosystème, la CNSA finance de longue date la recherche et l’innovation dans le champ du handicap. Sur sa page dédiée au financement de la recherche et de l’innovation, l’établissement précise que La CNSA soutient la recherche sur le handicap et la perte d’autonomie, les études et les actions innovantes. Elle y consacre environ 10 millions d’euros chaque année. Elle explique vouloir ainsi La CNSA apporte son soutien à la recherche, aux actions innovantes et aux études afin de mettre la connaissance et l’expérimentation au service des solutions de demain pour l’accompagnement des personnes âgées et des personnes en situation de handicap. Cette action de la CNSA s’inscrit dans la continuité des missions et du financement de la CNSA, et fait écho aux projets d’innovation retenus par la CNSA en ESMS, déjà engagés avant la CNH.
Ce que cette stratégie change concrètement pour les professionnels
Pour les directeurs d’ESMS
Pour les directeurs d’établissements et services médico-sociaux, l’enjeu est d’abord organisationnel. L’ambition de structurer une filière technologies d’assistance, avec l’appui des ministères, de la CNSA et de Bpifrance, signale que les investissements dans ce domaine ne relèveront plus seulement de l’initiative isolée de chaque établissement mais d’une politique nationale coordonnée. Les projets d’expérimentation déjà engagés, à l’image de l’expérimentation de l’IA dans les MDPH pilotes, donnent un aperçu du type d’outils qui pourraient irriguer les ESMS dans les prochaines années : aide à l’évaluation des besoins, automatisation de tâches administratives, ou solutions d’accessibilité numérique intégrées aux logiciels métier. Les directeurs ont donc intérêt à se rapprocher dès maintenant des réseaux régionaux d’innovation et des tiers-lieux mentionnés dans le dossier de presse, pour positionner leur établissement comme terrain d’expérimentation plutôt que simple destinataire tardif des solutions.
Pour les éducateurs, AES et accompagnants
Sur le terrain de l’accompagnement quotidien, la logique de co-conception mise en avant par le gouvernement change la donne : les personnes accompagnées, mais aussi les professionnels qui les entourent au quotidien, sont désormais présentés comme des experts d’usages à part entière, associés en amont à la conception des outils plutôt que consultés a posteriori. Concrètement, cela devrait se traduire par davantage de tests en conditions réelles dans les tiers-lieux d’innovation, où éducateurs et accompagnants éducatifs et sociaux pourront faire remonter les irritants du quotidien, qu’il s’agisse d’un dispositif de téléassistance mal calibré ou d’une aide technique trop complexe à prendre en main. Pour les familles et les professionnels qui les orientent, mieux vaut donc déjà s’informer sur les critères de choix d’une téléassistance adaptée et son financement ou sur les étapes pour obtenir un chien d’assistance, deux exemples de technologies d’assistance dont les modalités de financement et de prescription pourraient évoluer dans le sillage de cette stratégie.
Pour les ergothérapeutes
Les ergothérapeutes, en première ligne dans la prescription et l’adaptation des aides techniques, sont directement concernés par le volet accessibilité de la stratégie. La volonté de systématiser l’accessibilité des technologies de droit commun, intégrant ou non l’intelligence artificielle, laisse entrevoir une évolution progressive de l’offre disponible sur le marché grand public, avec potentiellement moins de recours à des dispositifs spécialisés coûteux pour certains usages simples. Le développement d’un réflexe d’accessibilité dès la conception des produits pourrait aussi simplifier le travail de veille technologique qui incombe aujourd’hui largement aux ergothérapeutes, en réduisant l’écart entre les technologies grand public et les besoins spécifiques des personnes en situation de handicap.
Prochaines étapes et points de vigilance
Le calendrier précis de mise en œuvre de ces annonces reste à préciser dans les mois qui viennent, mais plusieurs jalons sont déjà identifiables dans le dossier de presse : la mise en place de l’écosystème d’acteurs piloté avec les ministères concernés, la CNSA, Bpifrance et Business France, la désignation de l’Ambassadrice IA référente sur le handicap dans le cadre du plan Osez IA, ou encore le lancement de la mission de préfiguration confiée au Campus Louis Braille et à l’Institut national des jeunes aveugles. Pour suivre ces avancées, les professionnels du secteur peuvent s’appuyer sur les publications du portail Handitech du ministère, qui recense les acteurs de l’innovation handicap, ainsi que sur le service public de l’autonomie, dont le déploiement structure par ailleurs la gouvernance territoriale du secteur.
Reste une question de fond, que le dossier de presse ne tranche pas complètement : celle des moyens réellement mobilisés pour transformer ces annonces en outils disponibles sur le terrain. La mobilisation de la CNSA sur la recherche et l’innovation constitue un signal, mais elle s’ajoute à des dispositifs déjà existants plutôt qu’elle ne les remplace. Les établissements et les professionnels auront donc intérêt à suivre de près les prochaines communications gouvernementales, notamment celles issues du plan France 2030, pour identifier les premiers appels à projets ou dispositifs de financement concrets qui en découlent.
Mini-FAQ : technologies d’assistance et IA
Qu’est-ce que la stratégie technologies d’assistance annoncée à la Conférence nationale du handicap ?
Quels acteurs sont associés à cette stratégie ?
Quel est le rôle de la CNSA dans le financement de l’innovation handicap ?
Sources officielles
- Conférence nationale du handicap — Dossier de presse, ministère chargé des Personnes handicapées
- Handitech, ministère chargé des Personnes handicapées
- Financement de la recherche et de l’innovation, CNSA





