La DEPP (Direction de l’Évaluation, de la Prospective et de la Performance) a publié le 26 mars 2026 la première étude statistique dédiée aux conditions d’exercice des 134 800 AESH (Accompagnants d’Élèves en Situation de Handicap). Le constat est sans appel : salaire moyen de 1 030 euros nets par mois, 36 % envisagent un changement de poste ou d’emploi dans les trois ans. Pour les directeurs d’ESMS, les équipes SESSAD et les coordinateurs de parcours, cette crise n’est pas une affaire extérieure — elle fragilise directement la scolarisation et l’inclusion des enfants et jeunes adultes accompagnés.
Portrait d’une profession structurellement précaire
Les données de l’étude DEPP n° 2026-E06 dressent un tableau précis d’une profession devenue en une décennie la deuxième en effectif de l’Éducation nationale. Quelques chiffres clés :
- 134 800 AESH à la rentrée 2024-2025, soit +6 % en un an, représentant 10,8 % des personnels du ministère
- 93 % de femmes, âge moyen de 45,3 ans
- 98 % travaillent à temps incomplet (subi par 97,7 % d’entre eux), avec une quotité moyenne de 63 %
- 1 030 euros nets par mois de salaire moyen en 2023 — sous le seuil de pauvreté (1 288 euros)
- 90 % estiment ne pas être rémunérés à la hauteur de leur travail
- 61 % en CDI depuis la loi du 16 décembre 2022, contre moins de 20 % avant — avancée statutaire réelle, mais sans résolution du temps partiel subi
Le paradoxe est frappant : 85 % des AESH considèrent que leur travail est utile, mais 85 % perçoivent un manque de reconnaissance sociale. Seuls 23 % sont satisfaits de leurs perspectives de carrière.
36 % envisagent de partir : les signaux d’une crise structurelle
L’étude DEPP révèle que 36 % des AESH envisagent un changement de poste, d’affectation ou d’emploi dans les trois ans. Plus préoccupant : 27 % estiment ne pas être en mesure d’exercer leur métier jusqu’à la retraite. Les conditions physiques et psychologiques du travail — accompagnement intensif d’élèves en situation de handicap parfois complexe, isolement professionnel, charge émotionnelle — sont au cœur de cette usure. Un tiers des AESH ont eu au moins une consultation médicale liée au travail dans l’année scolaire.
Sur le terrain, les conséquences sont déjà visibles : à la rentrée 2025, entre 42 000 et 50 000 élèves en situation de handicap se sont retrouvés sans accompagnant malgré une notification MDPH. Pour les équipes qui instruisent et suivent ces dossiers, et pour les familles accompagnées par les ESMS, cette situation constitue une rupture de parcours directe — documentée et non résolue.
La transformation PIAL → PAS : ce qui change pour les ESMS
La transformation des PIAL (Pôles Inclusifs d’Accompagnement Localisés) en Pôles d’Appui à la Scolarité (PAS) — engagée depuis 2024, avec 500 PAS actifs à la rentrée 2025 et une généralisation à 3 000 visée d’ici 2027 — modifie profondément les articulations entre l’école et le médico-social.
Dans l’architecture des PAS, chaque pôle est co-piloté par un binôme enseignant coordonnateur / éducateur spécialisé. Ce profil — issu du secteur médico-social — devient un acteur clé de la coordination. Les directeurs d’IME, SESSAD et ITEP doivent anticiper ce nouveau rôle : leurs éducateurs spécialisés peuvent être sollicités pour co-piloter un PAS, ce qui suppose une disponibilité et une compétence en ingénierie de partenariat.
Les Équipes Mobiles d’Appui à la Scolarisation (EMAS), renforcées depuis la rentrée 2025, constituent désormais le point d’entrée principal des acteurs médico-sociaux dans les PAS. Les dispositifs d’inclusion en milieu ordinaire et les conventions école-ESMS doivent être actualisés pour intégrer ce nouveau circuit.
Ce que les directeurs d’ESMS doivent anticiper
La crise d’attractivité des AESH n’est pas sans lien avec les difficultés que rencontre le secteur médico-social. La crise de recrutement et de fidélisation dans les ESMS touche deux chaînes professionnelles qui convergent autour de l’enfant ou du jeune adulte accompagné.
- Cartographier les ruptures : identifier quels enfants suivis par la structure sont sans AESH en début d’année et alerter les ARS et MDPH partenaires
- Actualiser les conventions école-ESMS pour intégrer le rôle des PAS et les nouvelles responsabilités des éducateurs spécialisés
- Former les équipes : les éducateurs sollicités pour co-piloter un PAS ont besoin d’une formation spécifique à l’ingénierie de coordination inter-institutionnelle
- Protéger la continuité du projet personnalisé : un AESH qui part en cours d’année fragilise le projet personnalisé de scolarisation et impose une coordination renforcée avec les familles
- Remonter les signaux au CVS et dans les instances de pilotage : les difficultés liées à la pénurie d’AESH sont des données de pilotage pertinentes pour les CPOM
Vers un statut de fonctionnaire ?
La revalorisation salariale de +11 à +14 % intervenue en janvier 2024 et la CDIsation accélérée depuis la loi de décembre 2022 constituent des avancées concrètes. Mais elles n’ont pas résolu le problème structurel du temps partiel subi. En janvier 2026, le Sénat a rejeté une proposition de loi créant un corps de fonctionnaires de catégorie B pour les AESH. Le ministère de l’Éducation nationale s’est dit « ouvert à l’étude » d’un véritable statut dans le cadre de la prochaine négociation collective. Pour les professionnels travaillant avec les familles — coordinateurs de parcours, assistants sociaux, référents MDPH — comprendre l’environnement professionnel des AESH est désormais indispensable pour anticiper les fragilités dans les parcours de scolarisation inclusive. L’accompagnement éducatif et social en ESMS et la mission des AESH partagent d’ailleurs une même réalité : engagement fort pour un niveau de reconnaissance encore insuffisant. Pour en savoir plus, consultez les 500 000 postes à pourvoir dans le médico-social d’ici 2030.
Un ESMS peut-il recruter directement des AESH ?
Que faire si un enfant suivi par notre structure se retrouve sans AESH à la rentrée ?
Les voies d’évolution professionnelle constituent un levier fort de fidélisation : un AES ou un AESH peut accéder au diplôme aide-soignant en cursus partiel en 3 à 4 mois, transformant un emploi souvent précaire en carrière soignante structurée.
