En avril 2026, l’Unapei et le Conseil national des loisirs et du tourisme adaptés (CNLTA) ont rendu public un sondage mené auprès de 1 600 personnes en situation de handicap, familles et professionnels du secteur. Le constat soulève un débat dans le médico-social : si 90 % des répondants ayant accédé à un séjour adapté en sont satisfaits, 40 % des familles déclarent renoncer à ces vacances pour des raisons financières. Ce double signal place le droit aux loisirs et au répit au cœur des chantiers 2026 des ESMS et des services d’accompagnement.
Ce que dit le sondage Unapei/CNLTA
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L’enquête, conduite entre avril et juin 2025 et restituée à l’occasion de l’assemblée générale du CNLTA en mars 2026, a recueilli 1 600 réponses. Trois constats structurent le résultat :
- 40 % de renoncements aux vacances adaptées organisées (VAO), le frein financier étant identifié comme la principale cause par les familles ;
- 90 % de satisfaction chez les personnes ayant pu partir, signe d’une qualité d’accompagnement reconnue par les vacanciers et leurs proches ;
- 80 % des vacanciers présentent une déficience intellectuelle ou psychique, traduisant une concentration du dispositif sur les publics les plus autonomes et un accès plus difficile pour les personnes polyhandicapées ou présentant des troubles sévères du neurodéveloppement.
Pour le CNLTA, ces chiffres révèlent à la fois la valeur ajoutée du dispositif et son caractère inégalitaire. Trois pistes de travail ont été retenues pour 2026 : clarifier le fonctionnement des services pour les familles, harmoniser les réglementations entre régions et constituer un observatoire national des VAO. L’Unapei plaide en parallèle pour une articulation plus lisible entre la PCH et le coût réel des séjours adaptés.
Un cadre juridique récemment refondu
Les vacances adaptées organisées sont définies à l’article L. 412-2 du Code du tourisme. Trois conditions cumulatives caractérisent une VAO : un séjour de plus de cinq jours, un groupe de plus de trois adultes en situation de handicap, et un accompagnement assuré par un opérateur agréé. La procédure d’agrément, modernisée par le décret du 10 mars 2015, est valable cinq ans depuis sa réforme.
Depuis le 30 avril 2024, les demandes d’agrément se déposent exclusivement sur la plateforme nationale vao.social.gouv.fr. Cette dématérialisation a réduit les délais d’instruction mais n’a pas, à ce stade, harmonisé les pratiques régionales : selon le CNLTA, les écarts d’interprétation du cahier des charges restent importants entre les services préfectoraux et les ARS, ce qui complique la lisibilité du marché pour les familles et pour les ESMS prescripteurs.
Côté financement, l’aide humaine de la PCH peut être mobilisée pour rémunérer un accompagnateur pendant un séjour, dans la limite des plans personnalisés validés par la CDAPH. Le volet aidant familial de la PCH peut également couvrir une partie des frais lorsque l’aidant accompagne la personne. Le plan « 50 000 solutions » lancé en 2024, doté d’un budget de 1,5 milliard d’euros sur la branche autonomie, intègre les séjours adaptés mais sans ligne budgétaire dédiée — un point que le CNLTA souhaite voir consolidé d’ici à 2027.
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Pourquoi quatre familles sur dix renoncent
Le frein financier domine les réponses du sondage, mais il n’épuise pas l’explication. L’analyse croisée des verbatims révèle trois facteurs de renoncement convergents :
- Reste à charge élevé — un séjour d’une semaine en VAO se situe couramment entre 1 200 et 4 000 euros, après mobilisation des aides. Pour une famille au revenu modeste percevant l’AAH, l’engagement représente plusieurs mois de prestations.
- Méconnaissance du dispositif — la moitié des familles interrogées ignore l’existence de l’agrément VAO, des opérateurs agréés sur leur territoire, ou des aides mobilisables (PCH, caisses primaires, CCAS, comités d’entreprise). Cette méconnaissance est particulièrement forte pour les familles d’adultes en MAS et FAM, où l’information transite peu par l’établissement.
- Tension RH chez les opérateurs — la crise d’attractivité du secteur médico-social touche aussi les VAO. Les opérateurs peinent à recruter des animateurs et accompagnateurs qualifiés pour la haute saison estivale, ce qui réduit l’offre disponible et pousse les prix à la hausse.
L’effet cumulé de ces trois facteurs concentre l’accès aux séjours sur les familles informées, économiquement insérées et accompagnées par un service prescripteur actif. Les autres renoncent ou se rabattent sur des modes de garde de proximité, parfois assurés en interne par les ESMS sur des dispositifs de répit limités à quelques jours. L’accessibilité physique des lieux de loisirs reste d’ailleurs un enjeu plus large, comme le montre le bilan des ERP de proximité après la suppression du fonds territorial.
Impact concret pour les professionnels
Pour les directions d’ESMS (IME, MAS, FAM, foyers)
Le sujet des séjours adaptés gagne à figurer dans les projets personnalisés d’accompagnement, avec un volet « accès aux loisirs » co-construit avec la famille. Pour les directions, c’est un levier de fidélisation des familles et un indicateur qualité valorisable lors de l’évaluation HAS. Les conventions avec les opérateurs VAO, les fonds départementaux d’aide aux vacances et les CCAS méritent d’être systématisés. Le sondage suggère une marge de progression importante sur l’information donnée aux familles, en particulier dans les structures pour adultes.
Pour les chefs de service et coordonnateurs
La préparation d’un séjour adapté implique une chaîne de tâches : repérage des opérateurs agréés, dossier de candidature, certificat médical, vérification des compatibilités traitements et alimentation, transmission des consignes de sécurité. Inscrire ces étapes dans un parcours type, partagé avec les familles, sécurise le départ. Le calendrier est exigeant : la plupart des opérateurs clôturent leurs inscriptions estivales entre janvier et mars de l’année du séjour.
Pour les éducateurs spécialisés et AES
Le séjour adapté est un temps fort du parcours de la personne accompagnée. Il appelle un travail préparatoire individualisé : autodétermination du choix du séjour, expression des besoins, préparation au départ. Pour les professionnels qui acceptent d’encadrer ces séjours, le contrat d’engagement éducatif (CEE) reste le cadre majoritaire ; les évolutions issues de la revalorisation Ségur ne s’appliquent pas à ce statut, ce qui alimente la pénurie d’encadrants en VAO.
Pour les agents MDPH et travailleurs sociaux
L’instruction d’un plan personnalisé de compensation peut intégrer un volet vacances et loisirs lorsqu’il est cohérent avec le projet de vie. La PCH aide humaine et le forfait aidant familial sont les deux leviers les plus mobilisés. Les jeunes aidants accompagnant un proche bénéficient d’un repérage renforcé en 2026, qui peut accélérer l’accès au répit. Les MDPH gagneraient à diffuser, en lien avec les CDCA, un guide local des opérateurs VAO agréés et des aides territoriales.
Le chantier 2026 ouvert par le CNLTA
Le CNLTA a transmis aux pouvoirs publics, en avril 2026, une feuille de route en quatre axes :
- Lisibilité du marché : annuaire national des opérateurs agréés, harmonisation des cahiers des charges régionaux, simplification du parcours d’information des familles.
- Soutenabilité financière : cofinancement renforcé via la CNSA et les départements, intégration explicite des séjours adaptés dans le plan « 50 000 solutions », élargissement de l’aide aux vacances de l’AAF aux foyers à revenus moyens.
- Qualité de l’encadrement : statut renforcé pour les animateurs VAO, articulation entre formation BAFA, BAPAAT et diplômes du social, diffusion de référentiels qualité.
- Observatoire national : production de données fiables sur le nombre de personnes parties, le profil des vacanciers, les coûts moyens et les motifs de renoncement.
La conférence nationale de l’autonomie prévue à l’automne 2026 devrait offrir une fenêtre de portage politique. Pour les directions d’ESMS, l’articulation entre offre interne et opérateurs externes reste un axe de pilotage stratégique : le séjour adapté n’est pas une externalité au projet d’établissement, c’est un prolongement de l’accompagnement.
Questions fréquentes des professionnels
Quelles aides peuvent financer un séjour adapté pour un usager d’ESMS ?
Quels critères d’agrément doit respecter un opérateur VAO ?
L’ESMS peut-il organiser lui-même un séjour adapté ?
Sources officielles
- Article L. 412-2 du Code du tourisme (Légifrance)
- Décret n° 2015-267 du 10 mars 2015 relatif à l’agrément VAO (Légifrance)
- Plateforme nationale d’agrément des organisateurs de VAO
- Guide d’agrément VAO (handicap.gouv.fr)
- Plan 50 000 solutions, point d’étape (CNSA)
- Unapei — publications et études sur les vacances adaptées





