Avec 3 080 IPA diplômés depuis 2019 et 1 934 étudiants en cours de formation fin 2024 — un chiffre en hausse de 11,4 % par rapport à l’année précédente —, l’infirmier en pratique avancée (IPA) est en train de s’imposer comme un professionnel clé du système de soins français. Si ce nouveau métier est surtout connu en soins primaires et en milieu hospitalier, son intégration dans les établissements et services médico-sociaux (ESMS) ouvre des perspectives concrètes pour améliorer la qualité des soins, répondre aux polypathologies des usagers et compenser la pénurie de médecins coordonnateurs.
Qui est l’IPA ? Cadre légal, formation et compétences
L’infirmier en pratique avancée est un infirmier diplômé titulaire d’un Master IPA (diplôme d’État conférant un grade de master, niveau BAC+5). La création de ce statut repose sur deux textes fondateurs :
- La loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation du système de santé (article 119), qui a créé le cadre législatif de la pratique avancée infirmière
- Le décret n° 2018-629 du 19 juillet 2018, qui définit les domaines d’intervention, les activités autorisées et les conditions d’exercice de l’IPA
Pour accéder à la formation, l’infirmier doit justifier d’au moins 3 ans d’exercice. Le master se déroule en 2 ans (120 ECTS, environ 2 900-3 200 heures), dans l’une des 33 universités habilitées en France.
Le diplôme confère des compétences élargies par rapport à l’infirmier diplômé d’État : évaluation clinique approfondie, prescription d’examens complémentaires et de certains médicaments dans le cadre d’un protocole, ajustement thérapeutique, éducation thérapeutique du patient. L’IPA n’est pas un médecin et exerce en complémentarité avec lui, dans le cadre d’un protocole de coopération formalisé.
Les cinq mentions IPA et leur pertinence pour les ESMS
Le diplôme d’IPA se décline en cinq mentions spécialisées, dont la pertinence varie selon le type d’ESMS :
- Pathologies chroniques stabilisées, prévention et polypathologies courantes en soins primaires (PCS) — mention choisie par plus de 50 % des étudiants IPA, c’est la plus pertinente pour les ESMS handicap (suivi des comorbidités, prévention, coordination)
- Oncologie et hématologie — pour les ESMS accueillant des personnes atteintes de cancer
- Maladie rénale chronique, dialyse, transplantation — très spécialisée
- Psychiatrie et santé mentale — en stagnation selon les données DREES 2024, mais potentiellement pertinente pour les IME et MAS accueillant des profils TSA ou TFC
- Urgences — en forte croissance (+55 % en 4 ans), peu applicable en ESMS hors contexte hospitalier
Pour les ESMS handicap (MAS, FAM, IME), la mention PCS est la plus adaptée : elle couvre la gestion des pathologies chroniques stabilisées, la prévention des complications et la coordination du parcours de soins, trois enjeux majeurs pour les populations accueillies.
À lire : Guide des soins paramédicaux en ESMS — IME, MAS, FAM : composition des équipes médicales
Rôle et missions concrètes de l’IPA en ESMS
Dans un ESMS, l’IPA peut prendre en charge un ensemble de missions médicales avancées, définies par un protocole de coopération formalisé avec le médecin coordinateur :
- Évaluation clinique des usagers : bilan de santé approfondi, identification des comorbidités, orientation vers le médecin pour les cas complexes
- Gestion des pathologies chroniques : suivi du diabète, de l’HTA, de l’épilepsie, des troubles respiratoires — avec possibilité d’ajuster les traitements dans le cadre du protocole
- Prescription d’examens : biologie, imagerie, dans les domaines définis par le protocole
- Éducation thérapeutique : accompagnement des usagers et des aidants sur la gestion de leur traitement et de leur maladie chronique
- Prévention et dépistage : vaccination, dépistage de la dénutrition, prévention des chutes et des escarres
- Coordination du parcours de soins : lien avec les spécialistes, les hospitalisations, les services d’urgence
La distinction fondamentale avec l’infirmier diplômé d’État est l’autonomie clinique dans les domaines définis par le protocole. L’IPA n’est pas un exécutant des prescriptions médicales : il évalue, décide et agit dans son périmètre de compétences, puis coordonne avec le médecin.
Voir aussi : Projet personnalisé d’accompagnement en ESMS — Crise RH et attractivité dans le médico-social
Formation, financement et rémunération en ESMS
Pour les directeurs d’ESMS qui souhaitent recruter ou former un IPA, plusieurs paramètres sont à connaître :
Financement de la formation :
- OPCO Santé : prise en charge des contrats en alternance et des formations continues dans le cadre du plan de développement des compétences
- CPF : le salarié peut mobiliser son Compte Personnel de Formation, avec abondement possible de l’employeur
- Congé de formation professionnelle : l’établissement peut maintenir la rémunération pendant la formation, avec remboursement partiel par l’OPCO
Rémunération en ESMS (CCN 66) : il n’existe pas encore de coefficient IPA clairement défini dans la Convention Collective Nationale du 15 mars 1966. En pratique, les établissements positionnent l’IPA à un niveau supérieur à l’IDE, avec une majoration négociée. La valeur du point CCN 66 est de 3,93 € depuis 2022 (Nexem). Des négociations de branche sont en cours pour créer une grille spécifique IPA.
Profil de recrutement : les ESMS de type MAS, FAM et EHPAD sont les plus actifs dans le recrutement d’IPA depuis 2024. Les principaux freins identifiés restent la grille salariale moins attractive que le secteur hospitalier et la méconnaissance du rôle par les équipes.
À lire : VAE dans le médico-social : guide complet — Encadrement et direction en ESMS
Perspectives et bonnes pratiques d’intégration
Les projections DREES indiquent une montée en puissance continue : 986 admissions en première année de master IPA en 2025, contre 634 en 2020 (+55 %). Le secteur médico-social reste cependant sous-représenté dans ces cohortes, la majorité des IPA s’orientant vers les soins primaires et le milieu hospitalier.
Pour réussir l’intégration d’un IPA dans un ESMS, les conditions suivantes sont déterminantes :
- Protocole de coopération formalisé avec le médecin coordinateur, définissant précisément le périmètre d’autonomie de l’IPA
- Réunions pluridisciplinaires régulières incluant l’IPA comme expert clinique, et non comme simple participant
- Communication auprès des équipes : les éducateurs, aides-soignants et chefs de service doivent comprendre le rôle de l’IPA pour éviter les confusions avec l’IDE
- Traçabilité des décisions autonomes de l’IPA dans le dossier de l’usager
- Accès à des formations complémentaires sur les spécificités du handicap
L’IPA en ESMS ne vient pas remplacer le médecin coordinateur : il le complète, libère du temps médical pour les cas les plus complexes et apporte une continuité des soins que la pénurie de médecins ne permet plus toujours de garantir seuls.
Sur le même sujet : Management des ESMS : piloter l’organisation des soins — Réformes et législation dans le médico-social
Sources officielles : Décret n° 2018-629 — Légifrance · DREES — Études et Résultats n° 1319 (déc. 2024) · ANFIPA — Textes législatifs IPA
