Le répit des proches aidants sort progressivement de l’expérimentation pour devenir un dispositif structuré. Entre le décret n° 2025-827 du 19 août 2025 qui pérennise les prestations de relayage, la montée en charge des plateformes financées par la CNSA et la revalorisation de l’allocation journalière du proche aidant au 1er janvier 2026, les professionnels du médico-social disposent d’un cadre plus lisible pour orienter les familles. Décryptage à l’usage des ESMS et des coordinateurs de parcours.
Un cadre juridique consolidé pour le relayage
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Le relayage — l’intervention prolongée d’un seul professionnel au domicile, en relais de l’aidant — repose désormais sur une base pérenne. Le décret publié au Journal officiel est explicitement relatif à la mise en œuvre de prestations de suppléance à domicile du proche aidant et dans le cadre de séjours dits de répit aidant-aidé dérogeant au droit du travail. Il s’inscrit dans le prolongement de la loi visant à améliorer le repérage et l’accompagnement des personnes présentant des troubles du neuro-développement et à favoriser le répit des proches aidants, dont le dispositif est entré en vigueur le 1er janvier 2025.
Concrètement, ces établissements, lorsqu’ils recourent à leurs salariés volontaires afin d’effectuer des prestations de suppléance à domicile du proche aidant, peuvent déroger au droit du travail. Le texte borne strictement ces interventions : une intervention ne peut excéder six jours consécutifs et le nombre de journées d’intervention au cours d’une période de douze mois consécutifs ne peut excéder, pour chaque salarié, quatre-vingt-quatorze. En contrepartie, la durée du repos compensateur est égale à celle du repos quotidien et du temps de pause dont le salarié n’a pas pu bénéficier. Cette montée en charge prolonge l’expérimentation pilotée par la CNSA, qui recensait plus de 220 établissements autorisés, pouvant mettre en œuvre l’expérimentation sur 54 départements et 14 régions.
Mettre en œuvre le relayage : qualification et convention
Pour les établissements qui s’engagent, le décret pose des conditions précises. L’intervenant doit justifier d’un diplôme ou titre au minimum de niveau 3 inscrit au répertoire national des certifications professionnelles, ce qui sécurise la qualité de la suppléance. Avant chaque intervention, une convention d’intervention est signée entre l’établissement ou le service, le proche aidant et la personne accompagnée ou son représentant légal. Cette logique de continuité est au cœur du dispositif : un professionnel unique peut désormais intervenir jusqu’à six jours consécutifs auprès de la personne aidée, ce qui évite la multiplication des intervenants au domicile et préserve les repères de la personne accompagnée. La mécanique de financement, elle, reste interinstitutionnelle : C’est la CNSA qui finance l’AJPA versée aux aidants par la caisse d’allocations familiales (CNAF).
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Plateformes, baluchonnage, séjours : un paysage qui s’étoffe
Au-delà du relayage, l’offre de répit se décline en plusieurs solutions complémentaires que les professionnels doivent savoir mobiliser. La fiche « Les solutions de répit » de monparcourshandicap.gouv.fr distingue notamment le baluchonnage : une ou plusieurs personnes se rendent chez vous pour vous aider ou vous soulager en prenant soin de votre proche et les plateformes d’accompagnement et de répit (PFR). La CNSA, qui pilote ce déploiement avec le Service public de l’autonomie, indique que la France compte environ 320 plateformes d’accompagnement et de répit dédiées aux proches aidants de personnes en perte d’autonomie ou en situation de handicap. Pour l’état des lieux le plus récent de ces structures, voir notre article sur les plateformes de répit mesurées par l’enquête DGCS.
L’effort financier est significatif : la CNSA a soutenu ces dispositifs pour plus de 24,2 millions d’euros en 2024, dans un contexte où huit à onze millions de personnes en France accompagnent régulièrement un parent, un enfant, un conjoint ou un proche en perte d’autonomie. L’objectif affiché reste de couvrir tous les départements français avec une plateforme de répit dédiée aux proches aidants de personnes en perte d’autonomie. Ces dispositifs viennent compléter les aides aux aidants familiaux et le soutien aux jeunes aidants.
Ce que cela change pour chaque profil
Pour les directeurs d’ESMS et de services à domicile, le décret ouvre la possibilité d’organiser des prestations de relayage avec leurs salariés volontaires, sous réserve de respecter les plafonds de durée et de nombre d’interventions ainsi que le régime de repos compensateur. Pour les coordinateurs de parcours et travailleurs sociaux, l’enjeu est d’identifier la bonne solution — plateforme, baluchonnage, séjour aidant-aidé — selon la situation de la famille et de l’articuler avec les droits financiers de l’aidant. Pour les agents MDPH et les équipes d’évaluation, le répit doit être pensé en lien avec le plan de compensation et les aides existantes, notamment la PCH aidant familial et, plus largement, la prestation de compensation du handicap.
Perspectives : des droits financiers revalorisés
Le soutien au répit s’accompagne d’une amélioration des droits de l’aidant. L’allocation journalière du proche aidant (AJPA) atteint, au 1er janvier 2026, 71,43 euros par jour et 35,71 euros par demi-journée, dans la limite de 66 jours et de 22 jours par mois selon la fiche AJPA de monparcourshandicap.gouv.fr. L’aidant qui réduit ou suspend son activité peut aussi mobiliser le congé de proche aidant, d’une durée maximale de 3 mois — dont nous proposons un modèle de demande — et bénéficier de l’assurance vieillesse des aidants (AVA), gratuite, qui permet de valider des trimestres pleins de retraite. Pour les professionnels, l’enjeu des prochains mois sera de faire connaître ces dispositifs encore sous-mobilisés et de fluidifier l’orientation des familles vers la bonne solution de répit.
Mini-FAQ : le répit des proches aidants en pratique
Combien de jours un professionnel de relayage peut-il intervenir d’affilée ?
Quel est le montant de l’AJPA en 2026 ?
Quelles solutions de répit peut-on proposer à une famille ?
Sources officielles
- Décret n° 2025-827 du 19 août 2025 (suppléance à domicile et séjours de répit aidant-aidé) — Légifrance
- Une deuxième campagne nationale destinée aux aidants — CNSA
- Relayage et séjours de répit aidants-aidés — CNSA
- Les solutions de répit pour les aidants — monparcourshandicap.gouv.fr
- Allocation journalière du proche aidant (AJPA) — monparcourshandicap.gouv.fr





