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Accompagnement éducatif & social

Jeunes aidants : la CNSA retient 12 projets pour améliorer le repérage

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Sur 117 candidatures reçues, la CNSA a sélectionné 12 projets pour renforcer le repérage et l’accompagnement des jeunes aidants en France. Ces projets, financés jusqu’à 200 000 euros chacun pour 18 mois, s’adressent à une population que les professionnels du médico-social côtoient quotidiennement sans toujours disposer des outils pour l’identifier : entre 500 000 et 700 000 mineurs sont jeunes aidants en France, soit 3 à 4 élèves par classe en moyenne.

117 candidatures, 12 lauréats et un signal fort de la CNSA

La publication de la liste des lauréats par la CNSA le 30 mars 2026 marque l’aboutissement d’un appel à projets lancé le 17 novembre 2025 dans le cadre de la stratégie nationale « Agir pour les aidants ». Le nombre de candidatures reçues — 117 — traduit une mobilisation importante du secteur associatif, des conseils départementaux, des universités et des structures médico-sociales autour de ce sujet longtemps resté dans l’angle mort des politiques d’accompagnement.

Chaque projet lauréat peut bénéficier d’une subvention CNSA allant jusqu’à 200 000 euros sur 18 mois, couvrant l’année scolaire 2026-2027 (jusqu’au 31 juillet 2027). L’Éducation nationale et l’Enseignement supérieur ont participé à l’élaboration du cahier des charges, signe que les jeunes aidants sont désormais reconnus comme un enjeu transversal dépassant le seul champ médico-social.

La grande majorité des lauréats (10 sur 12) ont été retenus sous forme de consortiums multi-acteurs, associant par exemple : une ADAPEI, une UDAF, une université, une association d’aidants et un conseil départemental. Cette architecture reflète la conviction de la CNSA que le repérage des jeunes aidants ne peut reposer sur un seul acteur institutionnel, mais requiert une coordination de terrain entre médico-social, scolaire, universitaire et associatif.

Qui sont les jeunes aidants en France : les chiffres de référence

La définition retenue par la CNSA et l’Éducation nationale est précise : un jeune aidant est un enfant ou jeune adulte entre 5 et 25 ans qui apporte une aide régulière et significative à un proche en situation de handicap, de maladie chronique ou de perte d’autonomie. Cette aide peut être quotidienne (soins, courses, gestion administrative) ou périodique, mais elle empiète sur le temps d’apprentissage, de socialisation ou de repos.

Les données de l’enquête VQS 2021 de la DREES permettent de cerner l’ampleur du phénomène :

  • 500 000 mineurs (5-18 ans) aidants en France, dont 308 000 apportent une aide quotidienne concrète
  • 12,3 % des collégiens sont aidants (environ 3 par classe)
  • 14,3 % des lycéens (3 à 4 par classe)
  • 15,9 % des étudiants (1 sur 6)
  • 75 % aident un parent, 72 % vivent avec la personne aidée
  • 86 % des jeunes aidants identifiés par l’association JADE sont des jeunes femmes

Les impacts documentés sur la scolarité sont préoccupants : 33 % ont été en retard à l’école, 34 % ont été absents au moins une fois par trimestre, 30 % ont modifié leur orientation pour des études plus courtes, et 24 % ont « décroché » scolairement. Ces données expliquent pourquoi l’Éducation nationale a rejoint la CNSA dans la co-conception de cet appel à projets.

Trois axes de travail pour les 12 projets lauréats

Les projets retenus se structurent autour de trois axes prioritaires définis dans le cahier des charges :

  • Axe 1 — Repérage et soutien : développer des outils de détection en milieu scolaire, ESMS et sanitaire, en allant vers les jeunes plutôt qu’en attendant l’auto-identification
  • Axe 2 — Parcours de formation : prévenir le décrochage scolaire, faciliter l’orientation, soutenir les étudiants aidants dans la continuité de leur cursus
  • Axe 3 — Bien-être et santé mentale : espaces de répit, groupes de parole, soutien psychologique, prévention de l’épuisement

Les porteurs lauréats incluent des structures déjà spécialisées comme JADE (Jeunes AiDants Ensemble), des acteurs habituellement centrés sur l’aide à domicile (ADMR, UNA), des universités (Bretagne Sud, Nîmes, Saint-Étienne), des conseils départementaux (Seine-Saint-Denis, Meurthe-et-Moselle) et des associations d’aidants actives en outre-mer. Cette diversité vise une couverture représentative des territoires et des profils de jeunes aidants.

Pourquoi les professionnels des ESMS sont directement concernés

Pour les équipes des établissements et services médico-sociaux, les jeunes aidants ne sont pas une réalité abstraite. Dans chaque IME, SESSAD, SAVS ou FAM accompagnant des adultes, il peut y avoir dans la fratrie ou le foyer un enfant ou adolescent qui porte discrètement un rôle d’aidant — sans l’avoir choisi, sans le nommer, et parfois sans que sa famille en soit consciente.

Les SESSAD, qui interviennent à domicile et en milieu scolaire, sont en position privilégiée pour repérer un enfant aidant dans la fratrie de l’enfant accompagné. Un coordinateur de SESSAD qui connaît bien la dynamique familiale peut observer des signes : fatigue chronique, absences répétées, retrait social, propos indiquant des responsabilités domestiques disproportionnées.

Les équipes des SAVS et SAMSAH accompagnant des adultes handicapés à domicile peuvent, lors des visites à domicile, identifier des situations où un enfant ou adolescent du foyer assume des tâches d’aide au quotidien. Le signalement interne vers le chef de service ou le travailleur social, quand la structure en dispose, est alors la voie appropriée.

Les équipes MDPH ont également un rôle potentiel lors des évaluations à domicile ou des entretiens avec les familles : une question systématique sur la composition du foyer et la répartition des tâches peut permettre d’identifier des situations de jeunes aidants non déclarées. Cette dimension n’est pas encore intégrée dans les outils d’évaluation MDPH standardisés, mais les 12 projets financés par la CNSA devraient produire des ressources transférables à l’ensemble du secteur.

Le principal point de vigilance pour les professionnels : la frontière entre participation familiale normale et situation de jeune aidant en souffrance. Les critères de fréquence (aide régulière), d’intensité (aide significative) et d’impact (retentissement sur la scolarité, la santé ou le développement) sont les indicateurs à mobiliser, en évitant la sur-identification aussi bien que la sous-détection.

Ressources pratiques pour les équipes

Les professionnels souhaitant se former ou trouver des outils peuvent s’appuyer sur plusieurs ressources existantes :

La coordination avec les équipes d’accompagnement éducatif et social et les projets personnalisés d’accompagnement est la clé pour intégrer la dimension « jeune aidant » dans les pratiques courantes, sans attendre la publication des outils issus des 12 projets lauréats.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois

Les 12 projets démarrent en 2026 pour une durée de 18 mois. À horizon juillet 2027, la CNSA disposera d’un retour d’expérience structuré sur les approches les plus efficaces de repérage et d’accompagnement. Les outils produits — guides, protocoles, formations — vocation à être diffusés à l’ensemble du secteur médico-social.

Pour les directeurs d’ESMS, une veille sur les publications CNSA relatives à ces projets s’impose, notamment pour les structures ayant une forte composante « interventions à domicile » (SESSAD, SAVS, SAMSAH, SAAD) ou accompagnant des enfants scolarisés. Les résultats pourraient alimenter des formations internes, des révisions de protocoles d’accueil des familles, et potentiellement des évolutions dans les outils d’évaluation utilisés au sein des structures.

Comment un professionnel d’ESMS peut-il signaler une situation de jeune aidant ?
Il n’existe pas encore de procédure nationale standardisée pour le signalement depuis un ESMS. La voie recommandée est d’abord interne (chef de service, travailleur social de la structure), puis externe si nécessaire (service social départemental, MDPH, association JADE locale). Les 12 projets financés par la CNSA ont précisément pour objectif de produire des protocoles et logigrammes de signalement adaptés aux différents contextes professionnels, attendus d’ici mi-2027.
Un jeune aidant peut-il bénéficier d’un accompagnement spécifique ?
Oui. Selon la situation, plusieurs dispositifs peuvent être mobilisés : les plateformes de répit locales (pour le jeune aidant et sa famille), les groupes de parole jeunes aidants organisés par JADE et ses partenaires, le soutien scolaire via le conseiller principal d’éducation ou le service de santé scolaire, et dans les cas les plus complexes, une orientation vers un service de protection de l’enfance si le rôle d’aidant porte atteinte au développement du jeune. L’orientation vers la Stratégie nationale « Agir pour les aidants » (solidarites.gouv.fr) fournit une cartographie des dispositifs locaux.

Sources officielles : CNSA — Liste des 12 lauréats (30 mars 2026)DREES — Enquête VQS 2021Stratégie nationale « Agir pour les aidants »

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Rédaction SOS Handicap

Média et support de référence professionnelle du secteur du handicap en France. Contenus experts rédigés et vérifiés par des professionnels du médico-social.

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