La rentrée 2025 marque un tournant décisif pour l’école inclusive avec la transformation majeure des équipes mobiles d’appui à la scolarisation (EMAS). Une nouvelle circulaire du 4 septembre 2025 redéfinit complètement leurs missions, élargit leur public cible et les positionne comme pilier des nouveaux pôles d’appui à la scolarité (PAS). Cette évolution, portée par 400 millions d’euros d’investissement, vise à accompagner 513 000 élèves en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire.
Un changement de paradigme pour les EMAS
Des missions élargies et renforcées
La circulaire n° DGCS/SD3B/2025/119 du 4 septembre 2025, émise par la Direction générale de la cohésion sociale, révolutionne le fonctionnement des EMAS. Ces équipes, traditionnellement cantonnées à un rôle consultatif auprès des équipes pédagogiques, peuvent désormais intervenir directement auprès des élèves.
« L’objectif principal est de mettre en œuvre le nouveau cahier des charges des EMAS et d’en faire l’assise des pôles d’appui à la scolarité », précise la circulaire ministérielle.
Les nouvelles missions incluent :
– Interventions directes auprès d’élèves identifiés via les PAS
– Appui médico-social aux pôles d’appui à la scolarité
– Accompagnement élargi aux élèves à besoins éducatifs particuliers
– Conseil et expertise aux équipes pédagogiques (mission maintenue)
Un public cible considérablement élargi
L’extension du public constitue l’une des évolutions les plus significatives. Les EMAS ne s’adressent plus uniquement aux élèves en situation de handicap avérée, mais aussi à :
- Élèves dont la situation est susceptible de présenter ou d’évoluer vers une situation de handicap
- Élèves en cours de reconnaissance ou disposant d’une notification CDAPH
- Élèves à besoins éducatifs particuliers sans notification MDPH
Cette approche préventive vise à éviter les ruptures de parcours et à proposer des solutions avant même la saisine des Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH).
Les pôles d’appui à la scolarité : nouveau cadre d’action
Un binôme innovant au cœur du dispositif
Chaque PAS repose sur un binôme inédit associant :
– Un coordonnateur de l’Éducation nationale (enseignant spécialisé)
– Un éducateur spécialisé du secteur médico-social
Cette collaboration directe entre les deux secteurs constitue une première dans l’organisation de l’école inclusive. Les équipes interviennent en réponse de premier niveau avant toute saisine MDPH, permettant un diagnostic rapide des besoins et la mise en place de solutions immédiates.
Un déploiement territorial ambitieux
Le calendrier de généralisation s’échelonne sur trois ans :
2024 : Phase expérimentale avec 100 PAS préfigurateurs dans quatre départements pilotes (Aisne, Côte-d’Or, Eure-et-Loir, Var)
2025 : Création d’environ 400 PAS supplémentaires, financés par une enveloppe de 50,7 millions d’euros
2027 : Objectif de 3 000 PAS sur l’ensemble du territoire français
Cette montée en puissance progressive permettra d’accompagner les 513 000 élèves en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire, selon les derniers chiffres officiels.
Un investissement financier sans précédent
400 millions d’euros du plan « 50 000 solutions »
Le financement de cette transformation s’inscrit dans le plan « 50 000 solutions » (2024-2030), qui consacre 400 millions d’euros spécifiquement à l’appui aux établissements scolaires. Cette enveloppe exceptionnelle couvre :
- Postes d’éducateurs spécialisés dédiés aux PAS
- Renforcement des EMAS : effectifs, encadrement, frais de fonctionnement
- Consolidation logistique : transport, informatique, matériel
Modalités de financement ciblées
L’allocation budgétaire privilégie le recrutement massif d’éducateurs spécialisés et le renforcement des structures existantes. Chaque territoire pourra adapter son maillage selon ses besoins spécifiques, une EMAS pouvant couvrir plusieurs PAS selon la densité démographique et les besoins identifiés.
Recrutement massif et nouveaux profils
Des besoins en ressources humaines considérables
La généralisation des PAS nécessite le recrutement de milliers d’éducateurs spécialisés. Le profil recherché combine compétences techniques et connaissance du milieu scolaire :
Exigences :
– Diplôme d’État d’Éducateur Spécialisé (DEES) obligatoire
– Expérience minimum 2 ans idéalement en milieu ouvert
– Connaissance des enjeux de scolarisation et du champ du handicap
– Permis B obligatoire pour les déplacements territoriaux
Missions opérationnelles des éducateurs PAS
Les éducateurs spécialisés intégrés aux PAS développent de nouvelles pratiques professionnelles :
Accompagnement direct :
– Accueil et écoute des familles avec orientation personnalisée
– Observation et évaluation des besoins en milieu scolaire
– Proposition d’aménagements pour l’inclusion
– Soutien aux professionnels de l’Éducation nationale
Coordination :
– Réception et traitement des demandes d’intervention
– Organisation des interventions des personnels
– Développement des partenariats territoriaux
– Suivi des indicateurs d’activité
Conditions d’emploi attractives
Pour attirer les candidats, les employeurs proposent des conditions salariales compétitives :
- Classification CCN66 : Éducateur spécialisé
- Salaire brut : 2 100,71 € par mois (hors reprise d’ancienneté)
- Avantages : reprise d’ancienneté, indemnités, mutuelle collective
- Types de contrat : CDD évolutif en CDI majoritairement
Organisation territoriale et gouvernance
Maillage adaptatif
L’organisation territoriale privilégie la flexibilité :
- Une EMAS peut couvrir plusieurs PAS selon les besoins locaux
- Ajustement du maillage en fonction de la démographie scolaire
- Évolution possible du nombre d’EMAS pour optimiser la couverture
Cette approche permet une adaptation fine aux spécificités de chaque territoire, des zones rurales peu denses aux agglomérations urbaines concentrées.
Gouvernance partagée
Le rattachement hiérarchique innove par sa double dimension :
- Éducateur PAS sous l’autorité de la direction de l’EMAS
- Coopération avec les pilotes locaux (IEN + chef d’établissement)
- Bureau partagé avec le coordonnateur Éducation nationale
Cette gouvernance hybride vise à concilier expertise médico-sociale et connaissance du terrain scolaire.
Défis et résistances
Opposition parlementaire et débats
La généralisation des PAS fait face à des résistances politiques. L’échec en Commission mixte paritaire le 1er juillet 2025 illustre les tensions autour du dispositif. Les opposants craignent :
- Transfert de compétences des MDPH vers l’Éducation nationale
- Précarisation des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH)
- Complexification des parcours administratifs
Défis opérationnels majeurs
Pénurie de professionnels :
La pénurie d’éducateurs spécialisés constitue le principal frein au déploiement. Certains territoires peinent à recruter, face à la concurrence d’autres secteurs médico-sociaux offrant parfois de meilleures conditions.
Coordination complexe :
L’articulation entre Éducation nationale et secteur médico-social nécessite l’adaptation de cultures professionnelles différentes. Les EMAS existantes doivent intégrer le nouveau cahier des charges tout en maintenant leurs missions traditionnelles.
Suivi et évaluation du dispositif
Reporting obligatoire
La circulaire impose un suivi rigoureux via :
- Rapports annuels aux ARS et autorités académiques
- Indicateurs de suivi : nombre d’interventions, répartition direct/indirect
- Identification des bonnes pratiques et difficultés rencontrées
Cette évaluation continue permettra d’ajuster le dispositif selon les retours terrain et d’optimiser son efficacité.
Points clés à retenir
- Transformation majeure des EMAS avec interventions directes auprès des élèves
- 3 000 PAS prévus d’ici 2027 pour accompagner 513 000 élèves
- 400 millions d’euros d’investissement sur 6 ans
- Recrutement massif d’éducateurs spécialisés nécessaire
- Binôme innovant Éducation nationale / secteur médico-social
Perspectives d’avenir
Cette révolution des EMAS s’inscrit dans une transformation profonde de l’école inclusive française. La convergence programmée PAS-EMAS à horizon 2027 vise une cohérence territoriale renforcée et une optimisation des ressources.
L’enjeu principal réside désormais dans la capacité de recrutement et l’adaptation des pratiques professionnelles aux nouvelles missions. Le succès du dispositif dépendra largement de la formation des équipes et de leur appropriation des enjeux collaboratifs entre secteurs éducatif et médico-social.
Cette mutation structurelle pourrait redéfinir durablement l’accompagnement des élèves à besoins éducatifs particuliers, passant d’une logique de réparation à une approche préventive et inclusive. Un pari ambitieux qui nécessitera un suivi attentif de sa mise en œuvre effective sur le terrain.
