Le 8 octobre 2025, le prestigieux court Philippe-Chatrier de Roland-Garros vivra un moment historique. Trente-trois personnes amputées, dont une dizaine de personnalités du sport et de la société civile, défileront sur la terre battue mythique, quelques jours après la Fashion Week parisienne. Cet événement inédit, orchestré par l’association Debout en Bouts, porte un message fort : dénoncer les inégalités criantes dans l’accès aux prothèses en France. Derrière cette mobilisation, une volonté claire de faire évoluer la législation et de changer le regard porté sur le handicap et l’amputation.
Un défilé inédit pour une cause urgente
L’initiative est portée par Matthieu Lartot, journaliste sportif reconnu, amputé de la jambe droite en 2023 suite à un cancer. En juillet 2025, il fonde l’association Debout en Bouts avec un objectif clair : alerter sur les disparités d’accès aux prothèses et accompagner concrètement les personnes amputées dans leur quotidien.
Le choix de Roland-Garros n’est pas anodin. Ce lieu emblématique du sport français devient le théâtre d’un message politique et social majeur. 33 participants, âgés de 9 à 70 ans, fouleront le court central. Parmi eux, des anonymes côtoieront des figures publiques engagées dans la cause du handicap et de l’inclusion.
Des personnalités engagées au cœur de l’événement
Le défilé réunira des visages connus du grand public et des champions paralympiques :
- Pauline Déroulède et Stéphane Houdet, numéros 1 français de tennis fauteuil
- Arnaud Assoumani, champion paralympique
- Grace Wembolua, membre de l’équipe de France de basket fauteuil
- Mathieu Baumel, quadruple vainqueur du Dakar
- Cléo Ginterdaele, première ramasseuse de balles en fauteuil à Roland-Garros
- Priscille Déborah, première femme bionique française
- Charles Asselineau, chef cuisinier équipé d’un bras bionique
- Sandrine Graneau, infirmière victime d’un choc toxique menstruel
Ces personnalités incarnent la résilience et la capacité d’adaptation, mais aussi les obstacles administratifs et financiers auxquels se heurtent quotidiennement les personnes amputées.
« Organiser ce défilé dans ce lieu de prestige, c’est un acte fort, à la fois symbolique et politique… Un pas de plus vers l’équité et la visibilité, où les corps souvent invisibilisés s’affirment. » – Matthieu Lartot
Les inégalités d’accès aux prothèses : un scandale silencieux
En France, l’accès aux prothèses de nouvelle génération reste profondément inégalitaire. Selon l’origine de l’amputation – accident du travail, maladie, accident domestique ou de la route – et le statut assurantiel de la personne, la prise en charge varie considérablement.
Quelles sont les principales disparités ?
Les prothèses de base, permettant la marche et les gestes essentiels du quotidien, sont généralement prises en charge par l’Assurance Maladie. Mais les équipements de pointe, notamment ceux permettant la pratique sportive, les activités professionnelles spécifiques ou une meilleure qualité de vie, restent hors de portée pour de nombreuses personnes.
Facteurs d’inégalité majeurs :
- L’origine de l’amputation : une personne victime d’un accident du travail bénéficie souvent d’une meilleure couverture qu’une personne amputée suite à une maladie
- Le statut professionnel : les travailleurs indépendants ou sans emploi rencontrent davantage de difficultés
- La localisation géographique : l’accès aux centres spécialisés et aux orthoprothésistes qualifiés varie selon les régions
- Le type de prothèse : les prothèses bioniques, myoélectriques ou adaptées au sport restent très coûteuses et rarement remboursées
En France, une prothèse de jambe de base coûte entre 3 000 et 8 000 euros. Une prothèse sportive ou bionique peut atteindre 50 000 à 100 000 euros.
Cette situation crée une société à deux vitesses où seules les personnes bénéficiant d’une assurance complémentaire solide ou de ressources financières importantes peuvent accéder à l’autonomie complète et à la pratique d’activités diverses.
Objectifs du défilé : sensibiliser et faire évoluer la loi
L’événement du 8 octobre poursuit plusieurs objectifs complémentaires, à la fois symboliques et concrets.
Changer le regard sur le handicap
Rendre visibles les corps amputés dans un lieu prestigieux participe à la déconstruction des stéréotypes. Le choix d’un défilé mode, discipline associée à l’esthétique et à la beauté, n’est pas neutre : il revendique le droit à l’élégance, à la visibilité et à la dignité pour tous les corps.
Mobiliser les pouvoirs publics
L’association Debout en Bouts souhaite faire évoluer la législation pour garantir une prise en charge équitable des prothèses, quelle que soit l’origine de l’amputation. Cela passe par :
- L’harmonisation des remboursements entre les différents régimes d’assurance
- L’intégration des prothèses sportives et de confort dans le panier de soins remboursables
- Le soutien financier renforcé pour les personnes sans couverture complémentaire
- La reconnaissance du droit au sport et à la mobilité comme composantes essentielles de la santé
Collecter des fonds pour agir sur le terrain
Au-delà de la sensibilisation, l’événement permet de récolter des dons pour financer directement l’achat de prothèses et l’accompagnement des personnes amputées. La réservation pour assister au défilé se fait par dons, à partir de 40 euros, déductibles fiscalement. Près de 300 invités sont attendus en tribunes, aux côtés du grand public.
Les fonds récoltés permettront à l’association d’intervenir lorsque les institutions échouent à couvrir les besoins réels des personnes concernées.
Un événement soutenu par des partenaires engagés
Le défilé bénéficie du soutien de la Fédération Française de Tennis et de plusieurs grands partenaires, témoignant de l’ampleur de la mobilisation.
Les engagements des partenaires
Zalando, leader européen de la mode en ligne, affirme :
« La mode doit être accessible à tous… soutenir Debout en Bouts, c’est défendre une mode inclusive. »
Sanofi, groupe pharmaceutique international, explique son engagement :
« Notre programme vise à renforcer la confiance et l’accès à la santé pour tous, notamment les personnes handicapées. »
Le Groupe APICIL, acteur majeur de la protection sociale, précise :
« Offrir des prothèses et mettre en lumière l’absence de prise en charge. »
La Fondation Salomon, engagée dans le sport outdoor, défend :
« Le sport comme levier d’inclusion et de mobilité. »
Gilles Moretton, président de la Fédération Française de Tennis, salue l’initiative :
« Un message fort pour un sport plus accessible. »
Un programme riche et engageant
Au-delà du défilé, la journée comprendra :
- Des performances artistiques mettant en valeur le talent et la créativité des personnes amputées
- Une vente aux enchères d’objets dédicacés et d’expériences inédites pour soutenir financièrement l’association
- Des temps d’échanges avec le public pour sensibiliser et informer sur les réalités de l’amputation
Les réservations et les dons sont centralisés sur le site officiel deboutenbouts.fr, permettant à chacun de contribuer à la cause, que ce soit en assistant à l’événement ou en soutenant financièrement l’association.
Le sport comme vecteur d’inclusion et de réadaptation
L’un des enjeux majeurs défendus par Debout en Bouts concerne l’accès au sport pour les personnes amputées. Trop souvent considérée comme un luxe, la pratique sportive est pourtant essentielle à la réadaptation physique et psychologique.
Les bienfaits reconnus du sport adapté
Les études médicales et les témoignages convergent : la pratique sportive améliore considérablement la qualité de vie des personnes amputées. Elle permet :
- Une meilleure rééducation et un renforcement musculaire ciblé
- Une confiance en soi retrouvée et une image corporelle positive
- Des liens sociaux renforcés par la pratique collective
- Une autonomie accrue dans les gestes du quotidien
Pourtant, les prothèses sportives restent largement inaccessibles faute de prise en charge adaptée. Cette situation prive de nombreuses personnes amputées des bénéfices physiques et psychologiques du sport.
Des champions qui inspirent
Les personnalités sportives présentes au défilé incarnent cette réalité : avec des équipements adaptés, l’amputation n’est plus un frein à la performance. Leur présence envoie un message d’espoir et de possibilité à toutes les personnes récemment amputées.
Un changement de regard nécessaire
Au-delà des aspects techniques et financiers, l’événement vise à transformer la perception sociale du handicap et de l’amputation.
Dépasser les préjugés
Les personnes amputées sont souvent confrontées à :
- Des regards gênés ou apitoyés dans l’espace public
- Des discriminations à l’embauche malgré leurs compétences
- Une invisibilité médiatique qui maintient les stéréotypes
- Une exclusion de certains espaces par manque d’accessibilité ou de compréhension
Organiser un défilé sur le court Philippe-Chatrier, lieu de prestige et de spectacle, participe à la normalisation de la diversité corporelle et à la reconnaissance de la beauté et de la dignité de tous les corps.
Vers une société plus inclusive
L’inclusion ne se décrète pas : elle se construit par des actions concrètes et des prises de position fortes. Ce défilé s’inscrit dans un mouvement plus large de revendication du droit à l’autonomie, à la mobilité et à la participation sociale pleine et entière.
Les enjeux de société soulevés :
- Reconnaître le handicap comme une variation normale de la condition humaine
- Garantir l’accès aux équipements permettant l’autonomie et la qualité de vie
- Valoriser les compétences et les talents plutôt que de se focaliser sur les limitations
- Adapter l’environnement pour permettre la participation de tous
Perspectives et impacts attendus
L’événement du 8 octobre 2025 marque une étape symbolique majeure, mais l’association Debout en Bouts vise des changements structurels durables.
Les suites espérées
À court terme, l’association espère :
- Sensibiliser massivement le grand public et les décideurs politiques
- Collecter des fonds significatifs pour financer des prothèses
- Créer un réseau de soutien entre personnes amputées et professionnels de santé
- Interpeller les pouvoirs publics sur les inégalités de prise en charge
À moyen et long terme, les objectifs sont plus ambitieux :
- Faire adopter une réforme de la prise en charge des prothèses par l’Assurance Maladie
- Obtenir la reconnaissance du droit au sport adapté comme élément de santé publique
- Développer des programmes d’accompagnement pour les personnes récemment amputées
- Multiplier les événements de sensibilisation dans d’autres lieux emblématiques
Un modèle d’engagement associatif
L’initiative de Matthieu Lartot et de Debout en Bouts illustre la puissance de l’engagement citoyen face aux carences institutionnelles. En combinant action terrain et plaidoyer politique, l’association propose un modèle efficace de mobilisation.
Les clés du succès :
- Une communication moderne et impactante
- Des partenariats stratégiques avec des acteurs publics et privés
- Une diversité de profils parmi les participants et soutiens
- Une approche positive centrée sur les solutions plutôt que sur la victimisation
L’impact médiatique et social
Un événement d’une telle ampleur, dans un lieu aussi prestigieux que Roland-Garros, bénéficie d’une couverture médiatique importante. Cette visibilité permet de toucher un public large, au-delà des cercles habituellement sensibilisés au handicap.
L’effet attendu est double :
- Sensibiliser le grand public à une réalité méconnue
- Créer une pression sociale et politique pour faire évoluer la législation
Le défilé du 8 octobre 2025 à Roland-Garros restera comme une première historique dans la visibilité des personnes amputées en France. Au-delà du symbole, cet événement porte l’espoir d’un changement profond dans la prise en charge des prothèses et dans la reconnaissance du droit à l’autonomie pour tous. L’association Debout en Bouts ouvre ainsi la voie à une société plus juste, où l’équipement médical ne dépend plus du hasard de la vie ou du porte-monnaie, mais devient un droit universel. Les regards portés sur le court Philippe-Chatrier ce jour-là pourraient bien transformer durablement la perception collective du handicap et accélérer les évolutions législatives attendues depuis trop longtemps.
